TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
Recherche dans les archives Transcriptases avec google.
Les archives contiennent les articles parus dans les N° 1 à 137.
Les articles des n° 138 et suivants sont publiés sur www.vih.org

n°19 - octobre 93


NEUROLOGIE

Lymphomes primitifs du système nerveux central : l'identification par PCR du virus d'Epstein-Barr dans le liquide céphalo-rachidien, une méthode prometteuse

Mohamed El Amrani
Service de Neurologie Hôpital Tenon (Paris)
Etienne Roullet
Service de Neurologie Hôpital Tenon (Paris)






Epstein-Barr virus DNA in cerebrospinal fluid from patients with AIDS-related primary lymphoma of the central nervous system
Cinque P., Brytting M., Vago L., Castagna A., Parravicini C., Zanchetta N., D’Arminio Monforte A., Wahren B., Lazzarin A., Linde A.
The Lancet, 1993, 342, 398-401

Le diagnostic des lymphomes primitifs du système nerveux central par la recherche du génome de l'EBV dans le liquide céphalo-rachidien a été réalisé par une équipe italo-suédoise grâce à la technique d'amplification génique (double PCR), avec de très bons résultats.

Le diagnostic des lymphomes primitifs du système nerveux central (LPSNC) nécessite actuellement la réalisation d'une biopsie cérébrale. Ce geste neurochirurgical est parfois techniquement difficile, voire impossible, et, bien que sa morbidité soit faible, certains neuro-chirurgiens sont réticents à opérer les patients atteints de sida, dont l'état général est souvent précaire. Le virus d'Epstein-Barr (EBV) est retrouvé de manière constante par hybridation in situ dans les LPSNC du sida. La recherche dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) du génome de l'EBV chez les patients suspects de LPSNC est donc logique.

C'est le travail qu'ont réalisé P. Cinque et une équipe mixte italo-suédoise, en utilisant une technique d'amplification génique par double PCR. La technique comportait 2 amorces amplifiant deux régions différentes du gène EBNA-1. Cette recherche était effectuée sur le LCR congelé de patients ayant eu une autopsie.

Dix-sept patients avaient un lymphome primitif du système nerveux central. Chez 16 d'entre eux (sur 16) le virus EBV était retrouvé par hybridation in situ au sein des lésions.

La détection du DNA viral par PCR était positive dans le LCR chez ces 17 patients. Parmi les 67 contrôles (lymphomes systémiques sans localisation neurologique, infections opportunistes, sujets séronégatifs), 1 seul était positif. Chez les patients ayant subi plusieurs ponctions lombaires, la positivité était notée par cette technique entre 1 et 185 jours avant le décès. Chez ces derniers patients, les examens neuroradiologiques réalisés lors de la première ponction lombaire étaient encore normaux. Le lymphome fut découvert à l'autopsie chez deux d'entre eux, et chez un autre les premiers signes radiologiques furent notés 80 jours après la positivité dans le LCR. Par la même technique, le DNA viral était présent dans le sang de 2 de 13 patients et chez un des 30 témoins séropositifs. La sensibilité de cette technique de détection est ainsi de 100 % et sa spécificité de 98,5 %.

On ne peut manquer d'être impressionné par ces résultats, même s'ils demandent bien sûr à être confirmés par d'autres équipes et aussi probablement par des études prospectives. Cependant, ils sont extrêmement logiques et cette technique doit d'ores et déjà pouvoir être utile dans certaines circonstances. Ainsi, un résultat positif peut conduire à envisager plus rapidement une biopsie, et constituer un argument diagnostique complémentaire permettant de décider d'un traitement, si celle-ci est impossible à réaliser ou trop risquée, compte tenu de l'état général du patient. Surtout, l'existence du virus d'Epstein-Barr dans le LCR doit conduire à une surveillance accrue des patients ayant une imagerie normale. A terme, le suivi de patients positifs mais asymptomatiques devrait permettre de mieux comprendre la physiopathologie du LPSNC.

Le système nerveux central n'est pas un site de latence du virus d'Epstein-Barr, et le mode et la date de pénétration de l'EBV dans le système nerveux sont inconnus chez les patients ayant une immunodépression profonde. La fréquence des pathologies multiples justifie la recherche systématique dans le LCR de plusieurs virus par cette technique très sensible, lorsque la neuro-imagerie n'apporte pas d'élément d'orientation.

La spécificité de cette technique, par contre, ne pourra être véritablement connue qu'à l'issue d'études prospectives comportant une vérification anatomique du (des) diagnostic(s). Les interactions de ces différents pathogènes entre eux et avec le VIH pourront ainsi être mieux comprises et le recours à la biopsie chirurgicale probablement limité.

- Mohamed El Amrani, Etienne Roullet