TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
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n°91 - mars/avril 2001


Les principaux résultats de l'enquête

Pierre-Olivier de Busscher
Sida Info Service, CSE-IRESCO
Christophe Broqua
CRIPS Ile-de-France, CEF-MNATP








Financée par l'ANRS et la DGS, l'enquête a été réalisée à l'été/automne 2000 par l'Institut de veille sanitaire, dans vingt titres de la presse gay. Elle a obtenu 4753 réponses. On compte moins de jeunes parmi les répondants qu'en 1997 (13% de moins de 25 ans vs 19%, et 15% de plus de 45 ans vs 10%) et le niveau d'éducation est un peu plus élevé (supérieur au 2e cycle universitaire pour 47% vs 43%). L'échantillon est très urbain (29% à Paris).

Evolution de la sexualité
Une poursuite de l'augmentation du nombre de partenaires - 18 partenaires en moyenne au cours des 12 derniers mois - est observée. En augmentation constante depuis le début des années 90, la proportion d'hommes ayant plus de 10 partenaires est restée stable par rapport à 1997 (1997 et 2000 : 34%). 72% des hommes séropositifs traités déclarent que le bénéfice des traitements se manifeste dans la vie sexuelle. La moitié des répondants ont une relation stable en cours, et 78% ont des partenaires occasionnels.
On note une diversification des pratiques avec le partenaire stable (augmentation de la fellation systématique, de 49% en 1997 à 55%, et de la pénétration systématique, de 11 à 17%) et une légère baisse de la relation systématiquement sans pénétration (de 26 à 24%) ; les tendances sont les mêmes avec les partenaires occasionnels : augmentation de la fellation systématique de 38 à 47%, de la pénétration systématique de 5 à 10%. On observe une baisse continue de la proportion de personnes qui disent ne jamais pratiquer la pénétration avec les partenaires occasionnels (19% en 1993 ; 17% en 1995 ; 15% en 1997 ; 13% en 2000).

Les pratiques de protection
Avec le partenaire stable, la fellation n'est presque jamais protégée (88%, chiffre en augmentation : 83% en 1997) et la pénétration jamais protégée est plus fréquente (37% vs 31% en 1997 ; 26% ont des rapports non protégés au moins une fois par semaine). La prévention est liée aux statuts sérologiques des partenaires du couple. 44% des non testés, 53% des séroconcordants positifs, 67% (63% en 1997) des séroconcordants négatifs et 26% (24% en 1997) des sérodifférents ont eu au moins une relation non protégée dans l'année.
Les changements de pratiques préventives sont plus nets encore dans les relations avec les partenaires occasionnels. La fellation n'est jamais protégée pour 75% des répondants (vs 57% en 1997) ; la pénétration est toujours protégée pour 70% (vs 74%) ; les hommes ayant au moins une pénétration non protégée par mois passent de 1,7% à 3,6%.
L'augmentation des prises de risque concerne tous les groupes d'âge mais elle est plus nette chez les moins de 25 ans et les plus de 30 ans, et particulièrement nette en Ile-de-France entre 30 et 45 ans et chez les plus de 45 ans en province.
En ce qui concerne les changements en fonction du statut sérologique, on observe que la fréquence des rapports non protégés avec des partenaires occasionnels augmente dans tous les groupes avec un taux maximum pour les hommes séropositifs.
Le pourcentage d'hommes déclarant plus de 3 pénétrations non protégées dans l'année passe de 7 à 9% chez les séronégatifs et de 15 à 25% chez les séropositifs.

Les MST dans l'année
16% des répondants contre 13% en 1997 disent avoir eu une MST dans l'année ; 21% chez les Parisiens et 14% chez les provinciaux ; la variation est aussi importante avec l'âge : 11% chez les moins de 25 ans et 19% entre 35 et 44 ans, 30% chez les séropositifs.

Attitude à l'égard des traitements
La perception du relâchement de la prévention est forte (70% adhèrent à cette idée vs 45% en 1997). Les séropositifs sont les plus nombreux à déclarer eux-mêmes se protéger moins (25% vs 10% chez les séronégatifs et les non testés).
Les attitudes optimistes sont par contre plutôt mesurées pour la maladie elle-même.

En résumé, les données 2000 confirment ce que l'on percevait depuis plusieurs mois : les comportements préventifs se sont relâchés, avec une sexualité qui expose davantage au VIH : plus de partenaires, plus de pratiques à risques, moins de protection, un clivage entre la sexualité et le sida qui reste vu avec toute sa gravité. Cette situation est d'autant plus critique pour la prévention du VIH que cette dérive est prononcée au cœur de l'épidémie : à Paris, chez les hommes mûrs et chez les séropositifs.