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n°132 - mars/avril 07
Caroline Moreau
Office of Population research, Princeton University
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Hormonal contraception and the risk of
HIV acquisition |
Une étude récemment publiée dans AIDS s'est intéressée à la relation entre l'utilisation de contraception hormonale (sous forme orale ou injectable) et l'incidence de l'infection à VIH en Afrique subsaharienne.
Létude, conduite en Ouganda et au Zimbabwe, consistait à comparer lincidence de survenue de linfection à VIH dans 3 groupes de femmes utilisant des contraceptifs différents : pilule oestroprogestative minidosée (30 microg dethyniloestradiol), injection progestative (DepoProvera (DMPA)) ou méthodes non hormonales.
Au total, 6109 femmes séronégatives à linclusion étaient suivies sur une durée de 24 mois. Au cours de la période denquête, les femmes revenaient en consultation toutes les 12 semaines afin de réaliser des tests biologiques (test sérologique VIH avec confirmation diagnostique par PCR, et dépistage dautres IST : HSV2, infections bactériennes). Lors de ces consultations trimestrielles, elles fournissaient également des informations concernant leurs pratiques sexuelles et préventives depuis le dernier suivi.AssociationSur lensemble de la population, létude ne montre pas dassociation entre lutilisation de contraception hormonale et le risque dacquisition du virus VIH (risque relatif RR = 0,99 [0,69-1,42] dans le cas de la contraception orale, risque relatif RR = 1,25 [0,89-1,78] dans le cas du DMPA). Si lon sintéresse plus spécifiquement aux femmes considérées comme les plus à risque, cest-à-dire celles ayant contracté une autre infection cervicale ou vaginale pendant la durée de létude, les résultats ne montrent pas non plus dassociation.
En revanche, et cest le résultat original de létude, dans une sous population de femmes moins exposées au VIH (femmes séronégatives pour HSV2), lutilisation de contraception hormonale saccompagne dune augmentation dincidence de linfection VIH (risque relatif RR = 2,85 [1,39-5,82] dans le cas de la contraception orale, risque relatif RR = 3,97 [1,98-8,00] dans le cas du DMPA).
Sur le plan méthodologique, tant du point de vue de la taille de la population étudiée que de la précision des indicateurs considérés, cette étude est sans doute la plus rigoureuse conduite à ce jour sur le sujet. Elle sajoute à une littérature encore clairsemée sur la question, et dont les conclusions sont contradictoires.
Lhypothèse de lexistence dun éventuel effet de la contraception hormonale sur lincidence de survenue de linfection à VIH semble soulever un enjeu de santé publique important, en particulier dans les régions les plus touchées par lépidémie de VIH.Deux risquesLa contraception hormonale est un traitement préventif de la grossesse : elle na pas vocation à protéger des infections sexuellement transmissibles. Son efficacité se mesure avant tout en termes de réduction de lincidence des grossesses non prévues et de réduction de la mortalité maternelle qui sensuit : dès lors, pourquoi sintéresser au risque de transmission des IST ?
Le problème nest évidemment pas aussi simple, car IST et grossesse accidentelle sont deux risques associés à lactivité sexuelle, dont seul le préservatif permet une protection concomitante. Les auteurs cherchent donc à identifier si le type de méthode utilisé pour la prévention de lun de ces risques (grossesse non prévue) peut avoir un impact sur le second : transmission des IST.
Dans ce cadre, on pourrait sinterroger sur une éventuelle baisse de lusage du préservatif induite par lutilisation de contraceptifs hormonaux, et dont la conséquence serait une augmentation de lincidence des IST. Ceci revient en fait à inverser la question de leffet potentiellement délétère des campagnes de promotion du préservatif sur lefficacité contraceptive et sur lincidence des grossesses non prévues, largement débattue dans les pays industrialisés.Arguments biologiquesCette approche nest toutefois pas lobjet de lattention principale des auteurs de létude qui névoquent que succinctement la possibilité dun effet négatif des contraceptifs hormonaux sur les pratiques préventives vis-à-vis des IST. Ils choisissent de centrer leur discussion sur une approche essentiellement biologique, en discutant lhypothèse de lexistence de mécanismes physiologiques directs déclenchés par les contraceptifs hormonaux et qui modifieraient la susceptibilité au VIH. Tout en admettant quune telle explication reste aujourdhui largement hypothétique, les auteurs évoquent les diverses possibilités rapportées dans la littérature, allant de lectopie cervicale aux modifications de la flore vaginale, en passant par une diminution de la réponse immunitaire locale.
Cette hypothèse physiologique, qui demanderait encore à être approfondie, semble toutefois un peu vite invoquée dans le cadre de la présente étude. En effet, le caractère observationnel de cette étude (les femmes choisissaient leur mode de contraception avant le début de létude) ne permet pas dexclure la possibilité dune exposition différentielle des trois groupes détude au risque dinfection par le VIH. Les indicateurs dactivité sexuelle et préventive diffèrent dailleurs significativement entre les trois groupes, aussi bien à linclusion quaux différents temps du suivi. Lanalyse tente certes dajuster sur ces facteurs de confusion, mais, comme le reconnaissent les auteurs, ces indicateurs dexposition restent relativement imprécis. Que dire ainsi du niveau dexposition des femmes utilisant des contraceptifs non hormonaux qui rapportent à la fois moins de rapports sexuels, une utilisation plus systématique du préservatif, mais qui dans le même temps déclarent des partenaires potentiellement plus à risque que celles qui utilisent des méthodes hormonales ?
PerspectivesSeule une étude randomisée, consistant à tirer au sort la méthode contraceptive utilisée par les femmes au cours de la période détude, permettrait de pallier ces bais de sélection potentiels, du moins à linclusion dans létude. Cette solution na pas été envisagée par les auteurs pour des raisons éthiques. Ceux-ci, à juste titre, nenvisagent pas dentreprendre un essai dans lequel les participantes se verraient attribuer des méthodes contraceptives aux taux defficacité variables (méthodes hormonales versus méthodes barrières). Ils ne semblent toutefois pas avoir considéré toutes les options contraceptives disponibles, et en particulier le stérilet, qui offre une efficacité équivalente voire supérieure aux méthodes hormonales. Un essai randomisé opposant méthodes hormonales et dispositif intra-utérin serait sans doute utile pour avancer sur cette question.
En tout état de cause, la conclusion des auteurs est importante et leurs réflexions méritent dêtre poussées plus avant. Devant lexistence dun lien faible entre contraception hormonale et incidence de linfection à VIH parmi les femmes moins à risque de contracter le virus et la disparition de ce lien sur la population totale (le lien étant potentiellement masqué par dautres cofacteurs plus prédictifs), les auteurs concluent que lassociation, si elle existe, reste très modeste. Il semble par ailleurs nécessaire de garder à lesprit que, dans une perspective de santé publique, un risque ne sévalue pas de manière absolue mais en regard des bénéfices de santé escomptés. Dans le cas présent, il est sans doute utile de rappeler que la contraception hormonale est un moyen efficace déviter les grossesses accidentelles, un état physiologique qui en lui-même augmente lexposition potentielle au risque de transmission du VIH de la mère par baisse de limmunité maternelle1, et de lenfant par transmission materno-foetale.
Au final, et indépendamment des résultats des recherches discutées ici, il est avant tout essentiel de promouvoir dans tout programme de planning familial, et ce quel que soit le mode de contraception choisi, lutilisation de préservatif, seule méthode efficace pour prévenir les risques de transmission du VIH. Cest dailleurs la conclusion des auteurs de létude.
1 - Gray RH et al.
"Increased risk of incident HIV during pregnancy in Rakai, Uganda : a prospective study"
Lancet, 2005, 366(9492), 1182-1188