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n°129 - Automne 06
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Les hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes restent durement touchés par l'épidémie, au Nord mais aussi au Sud.
En prélude à la Conférence, le Global Forum on MSM&HIV organisait les 10 et 11 août 2006 à Toronto une pré-conférence consacrée au VIH et aux hommes gays et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH)1. Son objectif : inaugurer la mise en place dun forum mondial sur ces questions et mettre en lumière lurgente nécessité daugmenter les fonds et les actions en direction de cette population, dans la mesure où, selon le rapport 2006 de lOnusida, seul un HSH sur vingt dans le monde a accès aux services de prévention et de soins dont il a besoin2, bien que les estimations de prévalence du VIH dans ce groupe soient plus élevées que dans tout autre groupe. Autre objectif, négocier la tenue dune session plénière lors de la prochaine conférence de 2008 à Mexico. Cette année, les questions HSH ont surtout été débattues lors de sessions satellites, lors dateliers de renforcement des compétences, ou au village global. Seule une session dabstracts3 et un symposium4 étaient explicitement centrés sur les HSH. Que ce soit à la pré-conférence ou dans les sessions consacrées aux HSH, les intervenants étaient dans une très grande majorité anglo-saxons (Etats-Unis, Canada, Australie, Royaume-Uni), puis mexicains et asiatiques, les autres pays européens nétaient peu ou pas représentés.
OU EN EST-ON AU NORD ?
La situation épidémique chez les HSH reste préoccupante dans les pays industrialisés, avec des prévalences élevées (voir tableau).
Ron Stall5 a présenté les premiers résultats dune revue de littérature sur les enquêtes ayant mesuré lincidence chez les HSH ou les gay/bi de 1995 à nos jours, en Amérique du Nord, en Europe de lOuest, en Australie et en Nouvelle-Zélande. 22 études indépendantes ont été retenues, fournissant 90 estimations annuelles dincidence. Lincidence moyenne était de 1,93% dans les enquêtes avec un échantillonnage communautaire. Ron Stall a montré quune telle incidence, appliquée à une cohorte dhommes ayant une prévalence de 8% à lâge de 20 ans, en supposant une absence de mortalité liée au VIH avant lâge de 60 ans, induisait une prévalence de lordre de 25% à 30 ans, et dun peu moins de 50% à 50 ans.
Il a particulièrement insisté sur la situation des Afro-américains, chez lesquels une incidence annuelle de 4% a été observée chez les 15-22 ans, et de 15% chez les 23-29 ans dans une étude réalisée dans sept villes américaines entre 1994 et 2000. La prévalence chez les Afro-américains non hispaniques dans une enquête réalisée en 2005 dans cinq villes américaines était de 46%, tandis quelle était de 21% chez les Blancs non hispaniques, de 19% chez les personnes appartenant à plusieurs groupes ethniques, et de 17% chez les HSH hispaniques. De telles différences ne sont pas nouvelles puisquelles avaient déjà été observées dès les années 19806.
Peu de données concernant lEurope ont été présentées. Le dernier rapport de surveillance du VIH/sida en Europe7, sorti en août, met en évidence que la majorité des enquêtes réalisées sont basées sur le statut sérologique déclaré par les enquêtés, ou sur des sous-groupes spécifiques (patients atteint dune IST, personnes ayant effectué un test dans un centre de dépistage...). Il est alors difficile davoir une image précise de la prévalence réelle, ou de lincidence, ou de pouvoir mettre en évidence une augmentation de celle-ci depuis 2000 (dans la mesure où les biais de recrutement induisent inévitablement une variation de la prévalence mesurée). Cependant, laugmentation très importante (+45%) des cas de séropositivité rapportés chez les HSH indique clairement une augmentation des nouvelles infections dans cette population, la prévalence se situant entre 10 et 20% en Europe de lOuest, et probablement en dessous des 5% dans les pays de lEst.ET AU SUD ?
Sous limpulsion de lOnusida, une importante méta-analyse a été réalisée sur les rapports sexuels entre hommes dans les pays à faibles et moyens revenus8 (voir tableau). Il en ressort que le nombre détudes sur les HSH dans ces pays reste limité. La majorité a été réalisée en Amérique Latine, en Asie du Sud et dans les Caraïbes. Seulement moins dun tiers de ces enquêtes a mesuré la prévalence du VIH. Bien quil semble enfin admis que lhomosexualité est une réalité sur ce continent, lAfrique subsaharienne reste la région la moins étudiée. Seules 8 études ont été recensées, et aucune ne fournit de données de prévalence9.
Les prévalences observées chez les HSH sont largement supérieures à celles observées en population générale. Cela a été confirmé par Chris Beyer10 qui a présenté des résultats montrant que la prévalence chez les HSH était, dans des pays à faible prévalence au niveau national, 10 à 20 fois supérieure à celle observée en population générale11.
Dans un grand nombre de pays, ces épidémies se développent de manière "masquée" dans des contextes de stigmatisation, de discrimination et/ou de criminalisation de lhomosexualité masculine.
De nombreux intervenants ont par ailleurs rappelé que les droits de lindividu et le droit à vivre sa sexualité de manière épanouie étaient fondamentaux dans la lutte contre le VIH/sida, dans la mesure où le non-respect de ces droits augmente significativement la vulnérabilité des individus et limite laccès à des services de prévention, de soins et de prise en charge thérapeutique.
Les résultats de cette méta-analyse montrent par ailleurs quune large majorité des HSH ont également eu des rapports avec des femmes. Ce fait ne concerne pas que les pays à revenus faibles et moyens, mais aussi certains HSH des pays du Nord, amenant ainsi quelques présentateurs à parler dHSHF (Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et des femmes).DE QUI PARLE-T-ON ?
Plusieurs intervenants sont revenus sur les concepts utilisés pour caractériser les homosexuels12. Le paradigme LGBT (Lesbienne Gay Bi Trans), issu dune construction culturelle occidentale, nest pas adapté pour rendre compte de la diversité des homosexualités, que ce soit dans les pays du Sud, où dautres formes de construction culturelle de lérotisme entre hommes existent, ou bien dans les pays du Nord, où de nombreux HSH ne se reconnaissent pas dans ces définitions. Il importe dêtre vigilant dans les comparaisons, à la fois entre différents pays, mais aussi au sein dune même société. Certains termes, comme celui de bareback sex, sont ainsi abusivement utilisés dans des contextes où ils perdent leur sens.
La terminologie HSH (Hommes ayant des rapports sexuels avec dautres hommes) est également problématique. Permettant didentifier les individus par ce quils font et non ce quils sont, cette terminologie induit régulièrement une focalisation sur les comportements en omettant le contexte socio-historico-culturel dans lequel sinscrivent les pratiques et qui leur donne sens. Gary Dawsett a souligné lors dun satellite combien lapproche HSH agrège différentes formes de cultures érotiques entre personnes de même sexe dans une seule et même catégorie, masquant ainsi des différences fondamentales pour la compréhension des comportements et pratiques et pourtant nécessaires pour développer des actions de prévention appropriées et efficaces.
Dautre part, la construction des normes et des rôles chez les HSH ne peut être appréhendée sans une prise en compte plus globale des représentations de genre et de la masculinité dans les sociétés où ils vivent13.
Vingt-cinq ans après le début de lépidémie, les HSH restent particulièrement touchés et vulnérables face au VIH. En Occident, lépidémie continue de progresser, interrogeant une prévention qui sessouffle. Dans dautres pays, notamment en Afrique, on commence à peine à se rendre compte de la situation. Si les activistes et les associations commencent à sorganiser, la recherche, elle, peine à suivre.
1 - www.msm-aids2006.org
2 - Onusida,
Rapport global sur lépidémie VIH/sida,
2006
3 - Jones K. et al.,
"What is Working (or not) for HIV prevention Among MSM ?",
MOAC01
4 - Session
"Emerging and Re-Emerging HIV Epidemics among Gay and non-Gay Identified MSM",
THBS02
5 - Stall R.,
"Re-Emerging HIV epidemics among MSM in the United States and other industrialized nations : evidence and insight",
THBS0202
6 - Samuel M. et al.,
"Prevalence of HIV in Ethnic Minority Homosexual/Bisexual Men",
JAMA, 1987, 257, 1901-2
7 - EuroHIV, HIV/AIDS surveillance in Europe,
Mid-year report 2005, 2006, n° 72,
www.eurohiv.org
8 - Caceres C.,
"Global overview oh HIV prevalence and risk behaviours among MSM in low and middle income countries",
THBS0201
Les résultats de cette étude ont été publiés en juin 2006 dans STI, 82 Suppl 3, iii3-9
9 - Il existe néanmoins une étude sénégalaise ayant mesuré la prévalence du VIH chez les HSH mais elle na semble-t-il pas été prise en compte. La prévalence observée était de 21,5% à Dakar
(Wade I. et al.,
"HIV infection and sexually transmitted infections among men who have sex with men in Senegal",
AIDS, 2005, 19(18):2133-40).
10 - Beyrer C.,
"Overview of HIV Epidemics Among MSM in Developing Countries",
THSA09
11 - Sénégal, Cambodge, Thaïlande, Singapour, Etats américains frontaliers avec le Mexique, Pérou, Argentine, Ukraine
12 - Dowsett G.,
"The Problematic Category of MSM : Masculinity, sexuality and HIV/AIDS",
THSA09
13 - Satellite
"Gender, Culture and Male Sexual Identities : Implications for HIV/STI Prevention",
SUSA24
Discussion de posters,
"All Men are Not the Same : Masculinities, Risk and HIV",
TUPDD