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n°129 - Automne 06
Serge Benichou
Institut Cochin, Inserm U567, CNRS UMR8104 (Paris)
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La Conférence de Toronto s'est malheureusement caractérisée par la pauvreté des communications du "volet A" concernant l'ensemble des recherches fondamentales sur la biologie et la pathogenèse de l'infection à VIH.
Il sagissait, à la fois dun point de vue quantitatif mais surtout qualitatif, du volet le moins développé de la Conférence, en raison de labsence quasi totale des équipes de recherche nord-américaines (à lexception bien sûr des équipes canadiennes), mais également européennes (y compris françaises), leaders dans ces domaines de recherche.
Dans ces conditions, il semble donc difficile dextraire des communications affichées et orales présentées lors de la Conférence la moindre vision densemble des progrès de la recherche fondamentale. Deux sessions sont cependant susceptibles de retenir lattention : un symposium sur létat de la recherche concernant certaines étapes du cycle de réplication virale (entrée, rétro-transcription, assemblage, bourgeonnement, et immunité innée) qui pourraient permettre la caractérisation de nouvelles cibles pour le développement de molécules thérapeutiques1 ; et une session faisant le point sur les études cliniques en cours concernant le développement de formulations à activité "microbicide" destinées à la prévention de la transmission sexuelle des VIH2.
Devant les difficultés évidentes rencontrées dans le développement de stratégies vaccinales efficaces pour prévenir linfection par le VIH, décrites en session plénière par Françoise Barré-Sinoussi3, lattention sest en effet particulièrement orientée vers la nécessité dintensifier les recherches vers dautres méthodes de prévention, et notamment vers le développement de formulations microbicides. Ces dernières ont fait lobjet dune insistance toute particulière dans les exposés des orateurs de plénière, en particulier Gita Ramjee4 et Melinda Gates5.APOBEC
Lors du symposium sur les nouvelles cibles, W.C. Greene6 a présenté une communication dont lobjectif était de faire le point sur létat de la recherche sur les mécanismes moléculaires dimmunité innée, notamment anti-VIH, développée à léchelle cellulaire par les protéines de la famille APOBEC3, et notamment dAPOBEC3G et 3F. Ces protéines, possédant une activité enzymatique de type cytidine déaminase, ont fait lobjet, comme les autres facteurs de restriction de la réplication virale, dune masse importante de travaux au cours de ces dernières années7. Il sagit de protéines constituant des inhibiteurs intracellulaires puissants de la réplication rétrovirale (VIH et VIS, mais également dautres rétrovirus). Lactivité antivirale la mieux documentée résulte de lincorporation dAPOBEC3G dans les particules virales, qui par son activité enzymatique, va augmenter de façon létale la fréquence de mutation dans lADN viral résultant de la rétro-transcription de lARN viral. En induisant la dégradation dAPOBEC3G dans la cellule productrice, la protéine Vif du VIH-1 permet de prévenir son incorporation dans les particules virales, assurant ainsi la production de particules au pouvoir infectieux intact.
W. Greene a également présenté des données plus récentes concernant un autre type dactivité antivirale de la protéine APOBEC3G, indépendante de son activité enzymatique, et qui permettrait dexpliquer la restriction des lymphocytes T CD4+ quiescents du sang périphérique et des monocytes circulant à linfection par le VIH-1. Ce blocage de la réplication virale résulte dune inhibition dune étape précoce du cycle et se caractérise par un retard dans lapparition des produits de la rétro-transcription. Il serait lié à la présence dAPOBEC3G dans un complexe de faible poids moléculaire ; lactivation des lymphocytes circulants ou la différenciation des monocytes en macrophages induirait le recrutement dAPOBEC3G dans un complexe ribonucléoprotéique de haut poids moléculaire, permettant alors létablissement dun cycle réplicatif productif complet. La compréhension des mécanismes moléculaires responsables des différentes activités antivirales des protéines APOBEC pourrait donc aider au développement de nouvelles stratégies antivirales.PARTICULES VIRALES
Léquipe canadienne dE. Cohen8 a fait le point sur les connaissances concernant les étapes tardives dassemblage et de bourgeonnement des particules virales, qui constituent également des cibles séduisantes pour le développement de nouvelles stratégies antivirales. Ces étapes se trouvent directement conditionnées par le trafic intracellulaire du précurseur viral Pr55, codée par le gène gag, qui possède la propriété de sauto-assembler dans la cellule infectée pour former une pseudo particule virale capable de bourgeonner dans le milieu extracellulaire. Même si les mécanismes du trafic intracellulaire du précurseur Pr55 restent encore en grande partie énigmatiques, des données concernant le ciblage de Pr55 vers des compartiments membranaires de la voie dendocytose se sont accumulées au cours de ces dernières années. Alors que lassemblage et le bourgeonnement du VIH seffectuent principalement à la membrane plasmique des cellules lymphocytaires, ces étapes tardives du cycle viral semblent se réaliser au niveau de compartiments endosomaux tardifs, correspondant aux corps multivésiculaires (ou "MVB" pour "multivesicular bodies"), dans les cellules de type macrophage. Dans les deux types cellulaires, le passage de Pr55 par ces compartiments membranaires constituerait une étape obligatoire dans le trafic intracellulaire du précurseur, indiquant que les MVB constitueraient une véritable plateforme de tri, dassemblage et même de bourgeonnement des particules virales. La libération des particules dans le milieu extracellulaire se ferait ensuite par un mécanisme dexocytose après fusion de ces compartiments avec la membrane plasmique9. Les travaux récents du groupe dE. Cohen suggèrent que certaines molécules du complexe majeur dhistocompatibilité de classe II, et notamment HLA-DR, joueraient un rôle actif dans le trafic et le routage intracellulaire de Pr55 dans les macrophages. Lexpression de certaines molécules de classe II serait donc responsable de la redistribution du précurseur de la membrane plasmique vers les compartiments MVB où les particules virales vont alors sassembler et bourgeonner massivement.MICROBICIDES
Une communication de léquipe américaine de J. Moore10 était destinée à faire le point des études précliniques destinées à évaluer lefficacité de molécules inhibitrices de létape dentrée des VIH dans des formulations à visées microbicides. Il semble en effet que plusieurs essais de phase I, ou même de phases II et III, destinés à tester des formulations de "première génération" ont été initiés au cours de ces dernières années, sans vraiment disposer de données concernant leur efficacité dans un modèle simien dinfection. Les études ont été réalisées dans le modèle de linfection expérimentale du macaque par voie vaginale par des virus chimériques VIS/VIH ("SHIV"). Il sagissait donc de tester lefficacité de molécules inhibitrices de lentrée, ligands du corécepteur CCR5 (PSC-RANTES et CMPD-167) ou ligands de la glycoprotéine virale denveloppe gp120 (développés par BMS), seuls ou en combinaison avec dautres molécules, et notamment des inhibiteurs de la transcriptase inverse, sous la forme de gels à application vaginale. Alors que pas mal détudes sont encore actuellement en cours, les résultats présentés par J. Moore indiquent que les inhibiteurs de lentrée sont capables, même utilisés seuls, dinduire une certaine protection, de lordre de 70%, contre une épreuve infectieuse réalisée jusquà plus de 6 heures après lapplication vaginale (20/28 animaux protégés). Cependant, le niveau de la protection est augmenté par lassociation de 2 molécules antivirales (80%, 16/20 animaux protégés), pour atteindre, sur un faible nombre danimaux actuellement testé, 100% (3/3 animaux protégés) par lassociation de 3 molécules ; cette protection semble se manifester contre différentes souches virales.
La session orale consacrée aux microbicides approfondissait les connaissances disponibles.
Après une introduction générale réalisée par Robin Shattock11 destinée à définir les critères et les conditions dutilisation de formulations à activités microbicides, puis à présenter rapidement les différents études précliniques (dans le modèle simien) et cliniques (de phases I, IIb et III) actuellement en cours de développement, Joseph Romano12 a rapporté les résultats dune étude clinique de phase I réalisée dans le cadre du Consortium international ("International Partnership for Microbicides") dont les objectifs sont de promouvoir les recherches et le développement de formulations à usage microbicide.TMC120 DÉLIVRÉ PAR ANNEAU VAGINAL
Le dispositif évalué dans cet essai est constitué dun anneau à application vaginale capable de délivrer un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse, le TMC120 (ou dapivirine). Des concentrations efficaces de TMC120 ont pu être détectées dès 4 heures après lapplication, et se sont maintenues pendant toute la durée de lessai (7 jours). A lexception de quelques désagréments locaux relevés chez une femme du groupe placebo (3 femmes disposant dun anneau vaginal ne délivrant aucune substance active), les auteurs indiquent quaucun effet indésirable notable na été détecté chez les 7 femmes dont le dispositif vaginal délivrait le TMC120.
Lorateur suivant, Osmond DCruz13, a présenté les résultats des études réalisées chez lanimal, dans le modèle de linfection vaginale de souris immunodéficientes SCID reconstituées par des lymphocytes circulants humains, concernant lactivité microbicide de dérivés thio-urée inhibiteurs de la transcriptase inverse, appliqués sous la forme de micro-émulsions.TRAPPIN-2
Enfin, le dernier orateur, Shehzad Iqbal14, a présenté des données concernant la caractérisation dun polypeptide, la Trappin-2 ou Elafin, à activité anti-VIH, naturellement retrouvé à des concentrations élevées dans les sécrétions vaginales de femmes exposées résistantes à linfection. Ce polypeptide naturel appartient à la même famille que le SLPI ("secretory leukocyte protease inhibitor"), peptide également sécrété par les cellules épithéliales dans les liquides muqueux et connu depuis plusieurs années pour son activité antivirale. La Trappin-2 et le SLPI pourraient donc constituer des molécules à inclure éventuellement dans les formulations de 2e ou 3e génération constituées par lassociation de plusieurs molécules anti-VIH capables de cibler spécifiquement différentes étapes du cycle de réplication virale.
1 - Symposium "Novel Targets for Drug Development",
MOSY08
2 - Session orale "Microbicide Development",
WEAA05
3 - Barré-Sinoussi F.,
"Dynamics of HIV/AIDS vaccine research : From dream and nightmare to reality and hope",
TUPL03
4 - Ramjee G.,
"Microbicides and other prevention technologies",
TUPL02
5 - Gates M.,
Special session "Women at the Frontline in the AIDS Response",
MOSS01
6 - Greene W.C.,
"Cell-virus interactions as targets for drug development : The Vif-APOBEC3G Axis",
MOSY0801
7 - pour revue, voir Chiu Y-L, Greene WC.,
"Multifaceted antiviral actions of APOBEC3 cytidine deaminases",
Trends Immunol, 2006, 27, 291-297
8 - Cohen E.A.,
"HIV Assembly in the endocytic pathway : Opportunities for the identification of novel anti-HIV drug targets",
MOSY0802
9 - pour revue, voir Demirov D.G., Freed E.O.,
"Retrovirus budding",
Virus Res, 2004, 106(2), 87-102
10 - Moore J.P.,
"Entry inhibition as models for microbicide development",
MOSY0803
11 - Shattock R.,
"Invited Presentation : Overview of Microbicide Development",
WEAA0501
12 - Romano J. et al.,
"Characterization of in vitro release and in vivo delivery of TMC120 with an intravaginal ring : implications for microbicide delivery",
WEAA0503
13 - DCruz O. et al.,
"Contraceptive and non-contraceptive Thiourea non-nucleoside inhibitor-based anti-HIV microbicides",
WEAA0502
14 - Iqbal S. et al.,
"Trappin-2 : discovery of a novel inhibitor of HIV highly elevated in HIV-resistant sex workers",
WEAA0504