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n°129 - Automne 06
Jean-François Delfraissy
Antonio Ugidos
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En 2005, 4 millions de personnes ont été contaminées par le virus VIH. Grâce aux efforts constants des acteurs sur le terrain et de la communauté internationale, ce sont environ 600000 personnes qui ont pu débuter un traitement antirétroviral en 2005 - ce qui a porté à 1,6 million le nombre de personnes sous traitement aujourdhui dans les pays en développement *.
"Lan dernier, pour chaque personne séropositive mise sous traitement, presque dix personnes ont été nouvellement contaminées par le VIH". Cette déclaration de Bill Gates à louverture de la XVIe Conférence mondiale sur le sida à Toronto illustre les thèmes qui ont dominé cette conférence. Laccès aux traitements des personnes séropositives dans les pays du Sud, mais également la prévention de linfection à léchelle de la planète. La prévention de linfection revient dorénavant au sommet des priorités et doit sinscrire à lagenda des réunions internationales et des agences de recherche. Traitement et prévention sont à prendre en compte. Il faut réduire le nombre des personnes qui se contaminent et qui auront besoin à leur tour dun traitement. A Toronto, de nombreuses communications ont mis ainsi laccent sur la nécessité daccélérer le développement de nouveaux outils de prévention, quil sagisse des microbicides, de la prophylaxie pré-exposition, ou encore de limpact potentiellement protecteur de la circoncision. De nouvelles stratégies de prévention de la transmission mère-enfant, pendant la grossesse et durant lallaitement, ont été également présentées.
Limportance de la prévention na toutefois pas masqué la nécessité daméliorer la prise en charge des personnes séropositives. Toronto a confirmé la préoccupation essentielle que représente linsuffisance des personnels de santé au Sud. Comment faire face à un nombre croissant de personnes séropositives dans des pays aux systèmes de santé fragiles dotés de structures et de personnels spécialisés ne pouvant répondre à limportance de lépidémie ? Comment retenir dans leurs pays des personnels soignants attirés par des conditions de vie plus attractives proposées ailleurs ? Ces questions concrètes réclament des mesures concrètes et une volonté politique de la communauté internationale mais aussi des pays concernés eux-mêmes.
Le pragmatisme est revenu également sur le devant de la scène avec la question du dépistage, dont la promotion en routine fait toujours lobjet dune controverse, initiée il y a deux ans à Bangkok. Les questions sont simples dans ce domaine, mais les réponses sont beaucoup plus complexes et engagent une réflexion que nous devons tous avoir sur limpact des stratégies de dépistage en santé publique, mais aussi sur leurs répercussions sociales, éthiques, économiques.
On pourrait croire, à lénoncé de ces questions, que la recherche était absente du champ de lamélioration de la prise en charge. Si on a pu regretter la moindre présence des équipes françaises par rapport aux années précédentes et constaté le débat désormais ouvert sur la nécessité de ce type de conférences dans lagenda des cliniciens, il faut reconnaître la qualité des présentations sur de nouvelles stratégies thérapeutiques, sur la prise en charge des enfants, et sur la coinfection avec les virus des hépatites, qui ont fait lobjet de communications souvent encourageantes. Par contre, il est vrai que la recherche fondamentale était très peu représentée.
Si la gratuité des traitements paraît - et cest une avancée heureuse depuis Bangkok - ne plus faire débat, lextension de leur accessibilité à tous ceux qui en ont besoin est toujours problématique, avec une couverture atteignant au maximum 20% des patients concernés à léchelle mondiale. Un succès très hétérogène selon les pays, et qui ne masque pas les difficultés quil reste à surmonter, à commencer par la disponibilité encore très limitée des traitements de seconde ligne. Lurgence est également de combattre lexclusion persistante de minorités hors des programmes de prévention et de traitement : les populations les plus vulnérables au VIH sont aussi, encore trop souvent, ignorées des autorités de santé.
Comme on le verra à la lecture de ce numéro spécial de ANRS Information et de Transcriptases, la Conférence de Toronto a été riche de participations diverses. Cette conférence a encore une fois nourri notre réflexion, que nous soyons cliniciens, chercheurs, politiques, décideurs, représentants associatifs. Nous avons voulu revenir sur les grands thèmes abordés à Toronto, et donner la plume à une vingtaine de témoins de cette conférence. Nous espérons ainsi montrer quil est vain dopposer à cette conférence des réunions plus scientifiques telles que la CROI, et entendons ainsi contribuer à la diffusion de ce que nous avons retenu, à la pluridisciplinarité des débats, et à la mobilisation de tous. Rendez-vous en 2007 à la CROI et à la Conférence de lIAS "Pathogénèse et traitement". Rendez-vous également en 2008 à Mexico, pour la XVIIe Conférence !* données OMS juin 2006