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La Conférence de Toronto s'est malheureusement caractérisée par la pauvreté des communications du "volet A" concernant l'ensemble des recherches fondamentales sur la biologie et la pathogenèse de l'infection à VIH. La féminisation de l'épidémie de VIH/sida a rendu impératif le développement et le lancement de stratégies de prévention dont les femmes seraient maîtresses. La circoncision a été citée lors de toutes les conférences scientifiques plénières consacrées à la prévention. La circoncision peut-elle constituer une méthode de prévention pour diminuer significativement le nombre de nouvelles infections par le VIH ? Au-delà des données scientifiques elles-mêmes, présentées dans ce numéro par Bertran Auvert, la question fait débat. Le principal fait marquant de la XVIe Conférence internationale sur le sida a été le regain d'intérêt pour la prévention, contrastant avec les éditions précédentes focalisées principalement sur le volet thérapeutique et l'accès aux antirétroviraux dans les pays à ressources limitées. L'infection à Herpes simplex virus type 2 (HSV-2), responsable de l'herpès génital, fait un retour remarqué dans la lutte contre le VIH. A Toronto, une session de late breaker a présenté les résultats d'essais cliniques de monothérapies, de multithérapies, et de molécules orientées sur de nouvelles cibles. Une session orale et plusieurs posters ont été consacrés aux essais d'interruption de traitement chez les patients à la phase chronique de l'infection par le VIH et bien contrôlés par un traitement antirétroviral efficace. Passage à l'échelle, décentralisation, passage aux actes, tenir ses promesses. Tous ces mots n'ont pas de sens si les deux questions suivantes ne sont pas posées : premièrement, "comment fait-on pour délivrer un service à ceux qui n'y ont pas encore accès et, notamment, loin des capitales, des centres universitaires, des centres de recherche et de référence ?" Deuxièmement, "comment être sûr qu'on le fait bien ?" et, en particulier, "comment vérifier qu'on est efficace ?" Si (presque) plus personne ne conteste la nécessité de la surveillance biologique dans les pays du Sud, il reste à trouver les outils simples, abordables et faisables en zone rurale… Antigénémie p24, mesure de l'activité réverse transcriptase, PCR en temps réel, dipstick : "En attendant l'arrivée du test idéal qui n'est pas encore pour demain, mieux vaut faire avec ce que l'on a, car il y a urgence" conseille Christine Rouzioux. 2006 aura été pour le VIH l'année du réveil de la prise en charge de l'enfant. "Donner des antirétroviraux à des personnes qui ont faim aura peu d'effet" est une évidence à laquelle, semble-t-il, beaucoup de programmes VIH dans les pays d'Afrique ont accordé une place limitée. D'après le Programme alimentaire mondial, plus de 6 millions de personnes placées sous ARV en 2008 devront aussi bénéficier d'un support nutritionnel. L'allongement de la durée de vie des personnes infectées par le VIH, grâce à l'accès aux traitements antirétroviraux, introduit un nouveau challenge : celui de prendre désormais en considération les maladies ou manifestations associées au vieillissement. Un symposium était consacré aux soins palliatifs du VIH dans les pays à ressources limitées. Une occasion de faire reconnaître les soins palliatifs comme partie intégrante du continuum des soins dans la prise en charge globale du VIH. Le thème des coinfections avec les virus des hépatites B et C n'a fait l'objet que d'une seule session lors de la Conférence. Un sujet majeur a émergé lors de la Conférence de Toronto : la pénurie des personnels de santé dans les pays les plus affectés par l'épidémie constitue une contrainte qui entrave l'élargissement de la prise en charge des personnes séropositives. Près de 200 résumés d'expériences et réflexions ont contribué aux discussions sur les stratégies de dépistage du VIH pendant la Conférence internationale de lutte contre le sida à Toronto cet été. "Nous ne pouvons pas gagner la bataille contre le sida si nous ne combattons pas également la tuberculose" : ainsi Nelson Mandela avait-il conclu la XVe Conférence internationale de Bangkok il y a deux ans. Même alarmisme et même constat à Toronto : l'action face à la double épidémie de tuberculose et de VIH est insuffisante, et, pour les experts, la tuberculose est désormais le "talon d'Achille" du combat contre le VIH. Les hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes restent durement touchés par l'épidémie, au Nord mais aussi au Sud. L'épidémie est toujours active chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes. Où en est-on avec la prévention ? Quelques pistes d'intervention étaient ouvertes à Toronto. A Toronto, 24 abstracts étaient dédiés aux trans' : une population dont la vulnérabilité au VIH mal connue et mal prise en charge commence tout juste à être reconnue. La recherche en sciences sociales présentée à Toronto était-elle à la hauteur des attentes que l'on pouvait légitimement concevoir ? Les déterminants sociaux de l'épidémie, pour être reconnus, n'en demeurent pas moins insuffisamment adressés, souvent par manque de rigueur dans le questionnement scientifique : cas d'école avec une session consacrée aux femmes. La Conférence de Toronto a entériné la faisabilité économique de l'accès aux traitements au Sud, marquant un tournant dans le débat sur le bien-fondé du principe d'accès universel aux antirétroviraux. A l'occasion de l'Assemblée générale des Nations Unies, Unitaid a été lancée à New York le 19 septembre. Afin de mieux connaître ce que le langage courant a appelé la "taxe sur les billets d'avion", Transcriptases a rencontré Michel Kazatchkine, qui présentait à Toronto cet outil novateur pour soutenir la riposte au sida, au paludisme et à la tuberculose dans les pays du Sud. |