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n°128 - juin/juillet 06
Stanislas Pol
Unité d'hépatologie, Hôpital Laënnec
(Paris)
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CPG 7909 adjuvant improves hepatitis B
virus vaccine seroprotection in antretroviral-treated
HIV-infected adults |
Une équipe nord-américaine a évalué l'efficacité du CPG 7909 comme adjuvant du vaccin Engerix B chez des sujets infectés par le VIH sous traitement antirétroviral n'ayant pas répondu à une vaccination antérieure.
Létude parue dans AIDS évalue lefficacité dun oligo-déoxy-nucléotide de synthèse, le CPG 7909, contenant des motifs immuno-stimulants CPG, comme adjuvant du vaccin Engerix B. Un essai contrôlé, randomisé en double aveugle a été mené pour en déterminer la tolérance et limmunogénécité chez des sujets infectés par le VIH sous traitement antirétroviral efficace, et dont la moitié navait pas répondu à une vaccination antérieure.
Les sujets ont reçu une vaccination à 0, 1 et 2 mois avec une double dose dEngérix B (soit un total, à chaque injection, de 40 microg dantigène HBs adsorbés sur de lhydroxyde dalumine) en association ou non avec 1 mg de CPG 7909. Les sujets immunisés (anticorps anti-HBs >= 10 mUI/ml) ont reçu le CPG 7909 seul ou du chlorure de sodium. La tolérance, les titres danti-HBs et les réponses prolifératives lymphocytaires spécifiques de lantigène HBs ont été évalués sur une période de 12 mois.
La vaccination avec lEngérix B associée ou non à limmuno-stimulant, était bien tolérée sur un plan local et général. La viro-suppression VIH et le taux de CD4 étaient maintenus. Les anticorps anti-HBs étaient significativement supérieurs chez les vaccinés recevant le CPG 7909 après la seconde dose ; limmunogénécité (anti-HBs >= 10 mUI/ml) à 6 et 8 semaines et à 12 mois était significativement plus élevée chez les sujets recevant le CPG 7909 (89, 89 et 100% respectivement) que chez les sujets contrôles (53, 42 et 63%). Les réponses prolifératives lymphocytaires spécifiques étaient significativement supérieures jusquà 12 mois après la vaccination chez les sujets ayant reçu limmunostimulant.
Ainsi, chez les patients infectés par le VIH, laddition du CPG 7909 à la vaccination anti-VHB permet dobtenir une séro-protection anti-VHB plus élevée et plus prolongée. Limmuno-stimulant augmente les réponses spécifiques anti-VHB au vaccin. Ces résultats confirment le rôle potentiel adjuvant du CPG 7909 dans les populations peu répondeuses au vaccin, incluant les patients vivant avec le VIH.Effets indésirablesLes adjuvants augmentent les réponses immunes antigène spécifique par lamélioration de la localisation physique et de la présention de lantigène et par linduction des réponses immunes inflammatoires et innées. Les oligo-déoxy-nucléotides synthétiques contenant des motifs CPG sont des stimulants puissants des réponses immunes innées qui agissent comme agonistes du récepteur immun toll-like recepteur 9 (TLR 9) ; ils stimulent de façon puissante les réponses immunes TH1 quand ils sont administrés avec un nombre important dantigènes incluant lantigène HBs chez la souris ou chez le primate. Lefficacité pré-clinique des oligo-nucléotides CPG dans les situations dimmuno-suppression a été démontrée dans le modèle de linfection par le SIV chez le macaque rhésus.
Cette étude randomisée a concerné 38 sujets non immuns pour le VHB (19 séronégatifs non vaccinés et 19 non répondeurs au vaccin) et 20 sujets immuns (anti-HBs >= 10 mUI/ml) ayant reçu au moins 1 injection dans létude. Tous les patients, sauf un, ont terminé létude qui na pas identifié de problème de tolérance hormis les classiques douleurs au point dinjection et syndromes pseudo-grippaux associés à la vaccination, majorés par ladjuvant CPG 7909. Trois événements indésirables sérieux sont survenus : un angor deux mois après, une inflammation pelvienne 16 jours après lassociation vaccin-CPG 7909, et une thrombose portale avec bactériémie 7 mois après une vaccination seule. Il est difficile de rapporter ces événements indésirables au schéma thérapeutique.VIHIl ny a pas eu de signe suggérant linduction dune auto-immunité. Sur le plan immunologique, il ny a pas eu de variation significative de la charge virale VIH ou du niveau de CD4.
Chez le patient infecté par le VIH, lune des inquiétudes de lutilisation des oligonucléotides CPG était une modification de lhistoire naturelle VIH. Plusieurs études ont montré que la stimulation du TLR 9 par des oligo-nucléotides CPG pouvait activer la transcription du LTR VIH, entraînant une augmentation de la réplication VIH, in vitro chez les souris transgéniques, et apparemment in vivo chez lhomme. Ceci faisait craindre des dangers potentiels du TLR 9 in vivo chez lhomme. Dans cette étude, chez les patients bien contrôlés par une multithérapie anti-rétrovirale. Les CD4 ont néanmoins diminué de façon provisoire. Les auteurs concluent que la stimulation in vivo du TLR 9 avec des faibles doses de CPG 7909 ninduit pas daugmentation de la virémie VIH en présence de traitement antirétroviral.Immunogénicité vaccinaleLamélioration de limmunogénicité vaccinale par le CPG 7909 est attestée par la présence et la persistance jusquà 48 semaines chez tous les sujets vaccinés, danticorps anti-HBs (contre 89% chez les vaccinés seuls) avec des titres significativement supérieurs au-delà de la 2e semaine suivant la 3e injection. Chez les sujets immuns, le CPG 7909 ne modifiait pas significativement le titre danti-HBs qui est resté stable. A noter quune diminution transitoire du taux total de lymphocytes et de CD4 le jour suivant la première, la deuxième et la troisième injection dEngérix B en association avec le CPG 7909 a été notée, sans retentissement cliniquement significatif et avec un retour aux valeurs de base. Les réponses prolifératives lymphocytaires ex vivo à lantigène HBs étaient significativement plus élevées dans le cadre dune association de la vaccination au CPG 7909 à 4, 8, 12, 24 et 48 semaines.
Ce travail confirme la tolérance satisfaisante comme adjuvant vaccinal du CPG 7909 chez des sujets infectés par le VIH et contrôlés par une multithérapie antirétrovirale, comme cela avait été précédemment rapporté chez des volontaires adultes sains en association avec lEngérix B. Limmunogénécité accrue de la vaccination antivirale B en association au CPG 7909 est un indiscutable bénéfice pour les patients infectés par le VIH. En effet, même si le renforcement des doses vaccinales a permis daméliorer limmunogénécité des vaccins, des patients non répondeurs ou faibles répondeurs persistent, et linfection par le VIH risque dentraîner une décroissance plus rapide des anticorps anti-HBs. Etant donné la fréquence de linfection virale B dans la population infectée par le VIH en France (7%), et la diminution des mesures préventives de transmission virale (VIH, VHB ou du VHC) dans la population infectée par le VIH, un tel avantage fait peu de doute - dautant que la cirrhose virale B est plus rapidement compliquée dans le cadre de la coinfection VIH que dans le cadre de la mono-infection.En résumé, le CPG 7909, oligo-nucléotide synthétique, améliore limmunogénicité du vaccin contre lhépatite B chez les patients infectés par le VIH, traités par antirétroviraux. On pourrait discuter son utilisation dans les stratégies vaccinales quil faut impérativement renforcer dans le cadre de linfection VIH, chez les patients naïfs dexposition au virus de lhépatite B mais aussi chez les non répondeurs à une vaccination antérieure. Ces immuno-stimulants constituent aussi un adjuvant intéressant pour les vaccinations dans les populations faibles ou non répondeuses représentant 10 à 15% de la population générale, et pourraient constituer une aide supplémentaire dans les démarches de vaccinothérapie utilisant des vaccins protéiques ou des vaccins ADN.