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n°128 - juin/juillet 06
Gilles Pialoux
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Stigmatiser
v.t. flétrir, blâmer avec dureté et publiquementDiscrimination
n.f. action disoler et de traiter différemment certains individus ou un groupe entier par rapport aux autresPetit Larousse grand format 2005
Cest un constat indiscutable : la lutte contre les discriminations et la stigmatisation des personnes atteintes par le VIH est une composante essentielle de la lutte contre le sida.
Sur le strict plan du droit, tout dabord, puisque la non-discrimination figure dans larticle 2 de la Déclaration des droits de lhomme, et que la France sest dotée en 1990 dune loi punissant la discrimination*, puis en 2004 dune Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour légalité (HALDE).
Sur le plan de lhistoire ensuite, puisque ce combat a été constitutif de la création de nombreuses associations de défense des personnes atteintes, à commencer par les associations historiques Aides et Act up-Paris.
Le contexte national sy prête, encore et encore, comme en atteste lenquête de Sida info service (SIS) auprès de ses appelants, qui montre - dans son cru 2005 - que "plus de six personnes sur dix déclarent avoir subi au moins un événement discriminatoire dans leur vie sociale comme dans leur vie privée". Discrimination qui sopère dans les loisirs, les services publics, le voisinage, les assurances, les banques, lemploi et... les consultations médicales ou dentaires (43,7%). Un tel risque discriminatoire amplifie dautant le poids du secret et les processus individuels dévitement. En effet, dans le même temps, lenquête VESPA révélait que dans 62% des cas la séropositivité était tue sur le milieu du travail ; mais aussi dans lintimité de la rencontre, puisque 47,7% des appelants de Sida info service nont pas révélé leur séropositivité lors dun rapport occasionnel. Les liens entre peurs, réelles ou phantasmatiques, de la stigmatisation, et non-annonce de la séropositivité constituent en soi un sujet de recherche.
Face à un tel constat, la réponse de lInstitut national de prévention et déducation pour la santé (Inpes) nous était livrée en juin 2006 sous la forme dune "campagne de communication à forte visibilité" sur le thème : "Sida : ensemble luttons contre les discriminations des personnes séropositives".
Soit trois spots TV** assez édifiants : une jeune femme blanche, Claire, à la terrasse dun café, filmée en caméra subjective et une voix off qui interpelle le spectateur : "Claire est séropositive ; est-ce que cela change quelque chose pour vous ?" ; puis un jeune couple hétéro, noir, sérodifférent (Myriam et Alexis) ; et enfin un autre couple homo (blanc/blanc), tout aussi sérodifférent, dans leur cuisine (Benjamin et Arnaud).
Les deux derniers spots mettent en scène les populations les plus exposées au VIH/sida aujourdhui. Les scénarii sont ancrés sur la parole unique de la personne séronégative : "quand on sest rencontrés, Alexis (ou Benjamin) ma dit quil avait le virus du sida ; mais pour moi, cela na rien changé. (..) La seule chose qui soit difficile à vivre cest votre regard".
Ces spots ont lintérêt de montrer des personnes séropositives qui osent parler de leur séropositivité et des personnes séronégatives favorisant une identification positive.
Mais le message, quant à lui, dans la pure tradition publicitaire des raccourcis simplificateurs, ignore la réalité de la souffrance liée à la connaissance de son statut, pour rester dans un discours de déni et de projection culpabilisante : "la seule chose difficile, cest votre regard".
A croire que, pour cibler linformation sur les migrants et les homos, et lutter contre la stigmatisation et pour lacceptation, il faille nier à ce point la complexité, la singularité, les difficultés et plus globalement le bouleversement de la vie dune personne atteinte par le VIH. Sans parler de celle de son (ou ses) partenaire(s). Comme les prémices dune stigmatisation positive ?
* Loi relative à "la protection des personnes contre les discriminations en raison de leur état de santé ou de leur handicap", loi votée pendant le congrès de San Francisco, boycotté par la France en réponse à la législation américaine.
** films diffusés sur les ondes hertziennes du 11 au 25