TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
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n°127 - avril/mai 06

 


Edito n° 127

 

Gilles Pialoux


Mélanie Heard

PISTES








 

L’aide publique au développement s’est trouvée bouleversée par la lutte contre le sida ; la redistribution des bénéfices de la mondialisation pour l’accès aux traitements au Sud n’est pas seulement un impératif éthique : c’est la condition même du développement économique et politique de ces continents. Mais investir dans la "gouvernance globale" de la santé, c’est constater que les difficultés sont tenaces.
Parmi les obstacles que d’aucuns opposent aux investissements de la solidarité internationale dans la lutte contre le sida figure le risque de gabegie, voire de détournement des dons. A ce titre, on retiendra l’analyse que fait Gilles Raguin (dans ce numéro) du rapport consacré cette année par l’association Transparency International à la corruption des systèmes de santé dans le monde. Un chapitre entier est consacré à la corruption liée au VIH ; des chiffres révoltants quand on apprend où va l’argent de la lutte contre le sida. Il est clair que la solidarité internationale génère des sommes d’argent si massives qu’elle dépasse les systèmes de contrôle locaux, qui sont souvent archaïques ou inexistants. Il est clair, par conséquent, que c’est aux financeurs de la lutte contre le sida qu’il appartient de se doter de moyens de régulation et de contrôle : face aux organes de pouvoir, qui ont tendance, là comme ailleurs, à des abus de pouvoir, il faut encourager, comme s’y efforce le Fonds global, la transparence démocratique et la participation de la société civile
.
Comme aime à le souligner Michel Kazatchkine, cette dimension politique est une composante incontournable de la collaboration Nord-Sud.
Soutenir la lutte contre le sida dans des pays qui sont en développement économique, c’est donc aussi soutenir leur développement politique lui-même : la capacité des Etats à gérer les fonds en transparence, mais aussi à protéger les droits des personnes séropositives (voir l'article "Nouvelles perspectives chinoises : optimisme et/ou scepticisme ?"). C’est aussi garder un œil sur les enjeux généraux de la pauvreté et du développement économique - et sur le premier d’entre eux, la malnutrition endémique dans bien des pays du Sud. Katia Castetbon (voir l'article "Nutrition et infection par le VIH en Afrique :synthèse des connaissances vue par l’OMS") livre ici une revue des connaissances sur les enjeux croisés de la nutrition et du VIH qui nous convoque, là encore, à la dimension politique globale de la lutte contre le sida dans ces pays.
Corruption, droits de l’homme, faim : autant d’enjeux grandissants de la lutte contre le sida au Sud, qui confirment peut-être la "normalisation" du sida en tant que déclinaison de l’enjeu global du développement politique et économique de ces pays – autant d’éléments qui, tout autant, confirment l’exceptionnelle gravité, l’exceptionnelle complexité, et l’exceptionnelle priorité de cette épidémie, et la nécessité d’une solidarité Nord/Sud exceptionnelle.