TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
Recherche dans les archives Transcriptases avec google.
Les archives contiennent les articles parus dans les N° 1 à 137.
Les articles des n° 138 et suivants sont publiés sur
www.vih.org


n°124 - novembre/décembre 05

 


Gratuité : le tournant de l'OMS

 

Mélanie Heard

PISTES

 








 

 

L’initiative "3 by 5" s’était promis de marquer une étape dans l’accès universel aux antirétroviraux. Même si l’objectif numérique n’a pas été atteint, pour Jim Kim, directeur du programme, "à la tristesse se mêle un constat satisfaisant: des pays que personne ne pensait capables d’élargir leur distribution d’ARV y sont parvenus". Les bienfaits de l’ambition et du volontarisme, et la nocivité des préjugés défaitistes, comptent au nombre des leçons que Jim Kim peut se targuer de léguer à la communauté internationale au terme de son mandat à l’OMS.
Parmi les idées reçues en matière d’accès aux ARV au Sud, après la question de la non-adhérence et celle des infrastructures de santé insuffisantes, c’est au tour de la contribution des patients à leur traitement de confirmer une déchéance sans appel (voir Transcriptases n°118).
Dans un communiqué paru à Abuja, l’OMS se prononce en faveur de la gratuité de l’accès aux ARV. Sans qu’il s’agisse encore d’une recommandation formelle (à venir), les pays sont invités à renoncer aux dispositifs de participation des patients aux coûts de leur traitement. "Nous pouvons désormais nous fonder sur des données conséquentes pour affirmer que la gratuité est préférable", a ainsi affirmé lors de la conférence de presse Yves Souteyrand, responsable de la recherche et de l’information pour le VIH à l’OMS.
Le premier argument en faveur de la gratuité concerne l’efficacité des programmes: la gratuité permet une meilleure observance des patients, moins d’abandons, et, à terme, une meilleure survie. La collaboration de cohortes ART-LINC l’a montré de façon frappante (voir Transcriptases n°123).
Le second argument concerne l’efficience des dispositifs ; les systèmes participatifs ne sont pas coût-efficaces comparés aux systèmes gratuits. Sur ce point, c’est l’expérience sénégalaise qui a démontré l’inefficience des dépenses consacrées à déterminer le niveau socio-économique des patients et le montant de leur contribution.
Le dernier point de l’argumentaire concerne la pérennité du financement des programmes. C’est en effet l’objection que l’on pourrait opposer à l’absence de participation des patients à leur traitement : que se passera-t-il si les financements externes se tarissent ? Et quand bien même, répond l’OMS, la participation des patients ne saurait être la réponse à ce problème, puisqu’elle ne représenterait en tout état de cause qu’une part mineure des besoins financiers. En revanche, il y a bien urgence à réfléchir à des dispositifs de pérennisation des systèmes de financements ; au niveau des pays, des pistes de taxes ou d’assurances pourraient se dessiner, avec par exemple, comme l’a proposé la ministre de la Santé du Botswana, une taxe sur les ventes d’alcool. Au niveau international, Michel Kazatchkine a souligné que la taxation des billets d’avion, qui a d’ores et déjà le soutien de la France, de l’Algérie, de l’Allemagne, de l’Espagne, du Chili et du Brésil, assurerait une rentrée d’argent fiable et pérenne d’en moyenne 250 millions de dollars par pays et par an, soit un quart des dépenses annuelles du Fonds global allouées à l’achat des médicaments.



OMS
Discussion paper : "The practice of charging user fees at the point of service delivery for HIV/AIDS treatment and care"
Décembre 2005