TranscriptaseRevue critique
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n°124 - novembre/décembre 05

 


Des nouvelles du Sénégal

 

Mélanie Heard

PISTES

 








 

 

Qu’en est-il aujourd’hui de cette Initiative sénégalaise d’accès aux ARV (ISAARV) qui, à son initiation en 1998, avait marqué une étape essentielle dans la mobilisation pour l’accès des pays du Sud aux ARV ?
Le Sénégal a désormais opté pour la gratuité totale de la prise en charge (des ARV aux laits artificiels en passant par les hospitalisations et le traitement des infections opportunistes). L’enjeu aujourd’hui est de permettre à tous les Sénégalais d’accéder à cette prise en charge, y compris dans les zones rurales, en décentralisant la distribution des traitements.
A Abuja, dans le cadre d’un satellite de l’OMS consacré aux approches intégrées IMAI (Integrated Management of Adult Illness, voir encadré), Papa Salif Sow a présenté l’expérience sénégalaise de décentralisation de l’accès aux ARV. Une expérience qui est désormais présentée comme "le modèle sénégalais" de la décentralisation.
De 6 sites de distribution d’antirétroviraux au Sénégal entre 1998 et 2001, ce pays est passé en 2005 à 32 sites répartis aux différents échelons de la prise en charge (district, régional, national). Les prescripteurs, de 12 initialement, sont à présent au nombre de 94, pour plus de 4000 patients traités. Il n’y a cependant encore que 9 centres de prise en charge de la transmission mère-enfant, et, dans de nombreux districts, le nombre de patients traités reste encore très limité.
Le processus de décentralisation a reposé sur un effort systématique de formation des soignants à tous les échelons de la prise en charge médicale, grâce aux manuels IMAI fournis par l’OMS. Un dispositif de tutorat systématique ("mentoring approach") assuré par des médecins spécialisés dans la prise en charge du VIH permet une supervision étroite de la prescription décentralisée d’ARV. Les infirmières et les travailleurs sociaux des centres de santé de tous les échelons du système de santé ont été spécifiquement formés ; même s’ils ne prescrivent pas d’ARV, leur sensibilisation est cruciale pour que chaque contact individuel avec le système de soin soit une porte d’entrée vers le dépistage, la prise en charge et la prévention du VIH. Malgré un effort évident pour systématiser le recueil de données dans tous les centres de distribution d’ARV, le monitoring et l’évaluation du système décentralisé demeurent, de l’aveu même des Sénégalais, encore insuffisants. Il reste qu’il s’agit bien d’une occasion essentielle de moderniser l’ensemble du système de santé : "nous pensons que le VIH doit être un leader pour booster la qualité de tout notre système de soins", a ainsi affirmé Papa Salif Sow.

L’approche IMAI a pour objet d’accélerer le scaling-up de l’accès aux traitements antirétroviraux, et notamment de permettre la décentralisation de la distribution dans les pays. L’idée est d’intégrer la prévention et le suivi du VIH dans les systèmes de santé dès l’échelon des soins primaires (voir Transcriptases n°118). Il s’agit de pallier le déficit de personnels soignants, et d’assurer une meilleure équité géographique dans l’accès aux traitements - la proximité des centres de soins étant un facteur important d’observance pour les patients.
Les recommandations émises par l’OMS dans le cadre de l’approche intégrée IMAI fournissent des outils standardisés pour la formation des personnels soignants des centres de santé de district et des lieux d’accueil de jour, en zone urbaine et rurale. Des modules pédagogiques sur les soins chroniques des patients VIH, les soins palliatifs, ou les traitements antirétroviraux sont proposés par l’OMS, qui devraient "permettre de confier aux infirmières, aux auxiliaires médicaux, et aux autres catégories de personnel travaillant dans les établissements de premier niveau, des tâches habituellement dévolues aux médecins, pour soutenir les traitements antirétroviraux et prendre en charge les infections opportunistes".



OMS, Satellite meeting
"An operational package for Integrated Management of HIV/AIDS prevention, treatment and care in the health sector"
5/12/05