TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°124 - novembre/décembre 05

 


Introduction

 

Laurent Aaron

service d'hépato-gastroentérologie, Hôpital Necker (Paris)

 








 

 

La 14e Conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA) s’est déroulée du 4 au 9 décembre à Abuja, capitale du Nigeria.
Sans doute déconcertés par le choix du Nigeria comme pays hôte, de nombreux chercheurs et cliniciens, notamment d’Afrique francophone, s’étaient semble-t-il abstenus.
Le Nigeria, symbole ambigu de la lutte contre le sida en Afrique : pays où fut lancée l’idée d’un Fonds mondial, à Abuja, en avril 2001, par Kofi Annan et les chefs de gouvernement africains ; mais aussi pays même où le Fonds mondial vient d’interrompre ses subventions pour cause d’inefficience (voir l'article "L’aide internationale aux 3,2 millions de Nigerians séropositifs ne leur est pas parvenue")...
Une organisation exceptionnellement chaotique ne favorisait guère l’accès aux sessions, où nombre d’orateurs manquaient d’ailleurs à l’appel. Si Transcriptases n’a jamais été un chantre du scientifiquement correct, on se permettra tout de même de souligner le nombre impressionnant de présentations en forme de psalmodies, et l’absence totale de résultats conséquents présentés en sciences sociales, sans compter la rareté des résultats cliniques présentés.
Conformément au thème de la Conférence, "Le VIH et la famille", plusieurs présentations étaient consacrées à la prévention de la transmission du VIH à l’enfant - prévention qui, rappelle l’Onusida, concerne encore moins de 10% des femmes enceintes dans le monde. Une thématique chère aux femmes activistes qui ont manifesté plusieurs fois à Abuja en scandant "Nos droits : c’est tout ce que nous demandons". Parmi les abus stigmatisants dont elles sont les victimes, l’un, simple à combattre, faisait l’objet à Abuja d’une revendication inédite : que l’on cesse enfin d’employer l’expression consacrée "transmission mère-enfant" pour parler désormais de "transmission parents-enfant" - puisqu’aussi bien il faut être "two to tango", les pères ne sont-ils pas eux aussi responsables de la protection de leurs enfants ? A fortiori vis-à-vis du VIH.
De très nombreuses sessions, satellites et ateliers étaient consacrées aux enfants, qu’ils soient séropositifs ou orphelins du sida et vulnérables. Selon les dernières estimations 2005 de l’Onusida, 2,3 millions d’enfants de moins de quinze ans vivent avec le VIH dans le monde, dont une grande majorité au Sud. L’Unicef estime à 20 millions le nombre d’orphelins du sida en Afrique. Il y aurait, chaque jour dans le monde, 1800 nouvelles contaminations chez les enfants, et 1 400 décès d’enfants liés à la maladie. Médecins sans frontières a lancé une campagne pour réclamer aux laboratoires pharmaceutiques des formulations d’antirétroviraux pédiatriques (voir encadré).

Chaque minute, chaque jour, un enfant est infecté par le VIH
Selon l’Onusida, 700000 enfants de moins de quinze ans ont besoin d’un traitement antirétroviral. Or les formulations pédiatriques d’antirétroviraux font défaut. Selon Médecins sans frontières, il existe bien quelques formulations en sirop, mais qui sont inadaptées sur le terrain, car difficiles à conserver au frais, et à doser. De surcroît, selon Felipe Garcia de la Vega, de MSF, traiter un enfant revient actuellement à 816$ par an, contre 182$ pour la même trithérapie chez un adulte. L’Unicef confesse que "certains laboratoires pharmaceutiques ont hésité à investir dans les ARV pédiatriques, parce que les enfants contaminés étaient peu nombreux dans les pays industrialisés", mais se félicite que Cipla et Ranbaxy prévoient de lancer à la mi-2006 des combinaisons à doses fixes (fixed dose combination, FDC) pour enfants. MSF, qui compte 6% d’enfants parmi les 57000 patients sous ARV dans ses programmes, lance une campagne à l’intention des laboratoires pharmaceutiques : hormis la stavudine en capsules de Cipla ou BMS et le nelfinavir en poudre de Roche, aucune molécule antirétrovirale n’est actuellement disponible à dosage pédiatrique sous forme solide. Lors d’un symposium en ouverture de la Conférence, MSF invitait chaque participant à écrire aux firmes pour réclamer des formes pédiatriques, et distribuait à chacun la liste des molécules nécessaires par laboratoire.
MSF a présenté une étude portant sur l’efficacité et la toxicité des ARV chez 2047 enfants, âgés en moyenne de 7 ans (4,6-9,3) dans 5 pays d’Afrique (Mozambique, Zimbabwe, Kenya, Ouganda, Malawi) et deux pays d’Asie (Cambodge, Thaïlande). Le suivi médian était de 6 mois, avec 1 enfant sur 4 suivi plus de 12 mois. Les enfants étaient à 97% naïfs de tout traitement antirétroviral, et 60% d’entre eux recevaient la combinaison d4T/3TC/NVP en doses fixes, coupées ou en entier. Les analyses ont montré qu’un effet secondaire au moins des ARV était reporté dans 4% des cas, et qu’il donnait lieu à un changement de molécule dans 2,2% des cas - les auteurs reconnaissant toutefois une probable sous-déclaration. Aucun décès, sur les 36 enregistrés au cours du suivi (3%), n’était attribuable à des effets secondaires. La probabilité de survie était de 0,95 (0,93-0,97) à 12 mois, ou de 0,87 (0,84-0,89) en ajoutant aux décès les perdus de vue. Chez les enfants âgés de 5 à 13 ans, la part de ceux qui avaient plus de 200 CD4/mm3 est passée de 10% à l’inclusion à 54% à six mois (sur 91 bilans disponibles), et est restée constante à 12 mois (pour 54 bilans disponibles). Tout en pointant les limites des résultats immunologiques disponibles dans cette étude, ainsi que l’absence de résultats virologiques, les auteurs insistaient sur la faisabilité, à titre transitoire, d’un traitement antirétroviral chez les enfants utilisant des combinaisons à doses fixes pour adultes. Ils soulignaient l’intérêt de ces stratégies par rapport aux rares sirops existants, les soignants se félicitant sur le terrain de la plus grande facilité de la prise en charge. Ils martelaient surtout l’urgence de disposer de dosages adaptés et simples à administrer aux enfants.


D.O’Brien, MSF HIV/AIDS Working Group
"Adult FDC tablets can successfully be given to children who urgently nee HAART in resource-limited settings"
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