TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
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n°124 - novembre/décembre 05

 


Edito n° 124

 

Gilles Pialoux


 








 

 

Autour de la journée du 1er décembre, et au terme d’une année de "sida grande cause nationale" assez morose, sont parus les chiffres à jour de l’épidémie - autant dire de mauvaises nouvelles.
En France, d’abord, les représentations publiques sur le sida révélées par l’enquête IFOP/Sidaction/Paris match publiée le 22 novembre dernier laissent pantois... 35% des répondants considèrent "qu’il existe des médicaments pour guérir du sida"; 29% d’entre eux pensent savoir qu’"un vaccin existe déjà contre le sida", et 11% croient qu’aujourd’hui "on ne meurt plus du sida". Ils considèrent pour 16% d’entre eux que le fait de n’avoir de rapports sexuels qu’avec un seul partenaire est un moyen de prévention efficace contre le virus du sida ; en revanche, pour 26% d’entre eux, le VIH serait transmissible par la salive, pour 21% par piqûre d’insecte, pour 13% par la sueur et les postillons, pour 13% en s’asseyant sur la cuvette des toilettes, et pour 5% (seulement) par le touché...
A la persistance des fausses croyances répondait celle de l’effroi devant les mises à jour numériques de l’épidémie mondiale de l’Onusida et de l’OMS : 5 millions de nouvelles infections en 2005, 40,3 millions de personnes infectés par le VIH contre 37,5 millions en 2003 (voir carte), et 3 millions de morts dont plus de 500000 enfants.

Il existe pourtant ça et là des signes encourageants en faveur du recul modéré de l’infection, notamment au Kenya, au Zimbabwe ou dans les zones urbaines du Burkina Faso, où la prévalence du VIH diminue sensiblement - à la condition que les systèmes de recueil soient bien restés les mêmes. Dans les pays de la région des Caraïbes, plusieurs éléments récents permettent quelque regain d’optimisme, avec à la fois des baisses de prévalence chez les femmes enceintes, une utilisation accrue du préservatif parmi les professionnels du sexe, et des signes d’expansion de l’accès au dépistage.
Surtout, en termes d’accès aux traitements antirétroviraux, même si le projet "3 by 5" n’a pas atteint son objectif quantitatif, l’Onusida souligne que l’accès au traitement s’est très singulièrement amélioré ces deux dernières années, avec 1 million de personnes sous traitement antirétroviral et 250000 à 350000 décès évités.
En France, au 31 décembre 2004, le nombre total de cas de sida notifié depuis le début de l’épidémie était de 59495 personnes. Le nombre de personne vivantes ayant développé un sida est estimé à environ 25700, et 27800 personnes sont décédées. Déclarations de VIH à l’appui, l’InVS fait état de 7000 nouvelles découvertes de séropositivité VIH entre janvier et décembre 2004 - une fois tenu compte d’une certaine sous-déclaration.
Parmi les personnes découvrant leur séropositivité durant cette période, 56% étaient contaminées par rapport hétérosexuel, 22% par rapport homosexuel et 2% par usage de drogue injectable (voir ci-desous). Si ces chiffres signent donc clairement l’efficacité de la politique de réduction des risques, il en va différemment de la part des séropositivités découvertes chez des homosexuels, qui a progressivement augmenté entre le premier semestre 2003 et le deuxième semestre 2004 (de 19% à 27%, P<10-4), tandis que celles des personnes contaminées par rapport hétérosexuel diminue.

La part des personnes d’Afrique Subsaharienne se confirme (voir ci-dessous), puisqu’elles représentent le tiers des découvertes de séropositivité en 2003 et 2004 (51% chez les femmes et 20% chez les hommes). Parmi les rares enfants (n=44) nés avec le VIH, 20 sont nés en Afrique subsaharienne, 15 en France et 9 dans un pays non renseigné. La plus mauvaise nouvelle réside dans le taux de personnes dépistées en présence de signes cliniques ou biologiques, qui atteint 24% pour les femmes et 50% pour les hommes - à noter que la proportion des personnes diagnostiquées à un stade symptomatique (sida ou non) est la même dans les différentes populations étudiées : 29%.

C’est dans cette réalité que s’inscrit le très intéressant et copieux rapport sur la prévention en France métropolitaine qu’a rendu récemment le Conseil national du sida. Un rapport courageux, qui rappelle que le plan national de lutte contre le VIH pour les années 2001-2004 s’était donné plusieurs objectifs dont ceux d’enrayer la reprise épidémique chez les homosexuels masculins, et de réduire les écarts existants entre la population française et les personnes étrangères vivant en France.
Chacun jugera des raisons pour lesquelles la lutte contre le VIH/sida en France n’a pu que effleurer ces objectifs.