TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
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n°122 - mai/juin 05

 


Edito n°122

 

France Lert,


Gilles Pialoux








 

 

Ce 25 juin, la fierté homosexuelle s’affirmait dans les rues en cortèges festifs, tantôt gais tantôt graves, démontrant à la fois le chemin parcouru et ce qu’il reste à conquérir.
Dans ces combats à mener pourtant, il est urgent que le sida reprenne sa place - et en haut de liste. L’épidémie s’aggrave chez les hommes homosexuels, avec des taux de prévalence comparables à ceux de l’Afrique subsaharienne : 13%. Tous les clignotants du risque majeur ont viré au rouge depuis plusieurs années ; syphilis, LGV1, hépatite C sexuelle, amphétamines désinhibant tout contrôle. Les récents résultats de l’Enquête Presse Gay2 le confirment, rien ne semble désormais arrêter ce glissement continu dans le risque : 77% des répondants ont eu au moins un partenaire occasionnel dans l’année ; 36% une pénétration anale non protégée, soit 70% d’augmentation depuis 1997, et 24% la pratiquent régulièrement avec leurs partenaires occasionnels (2 fois plus qu’en 1997). Et les hommes séropositifs ont des indicateurs de risque beaucoup plus élevés encore.
Peut-on accepter ce prix pour une liberté sexuelle enfin débarrassée de la hantise de la mort, une vie qui s’invente en revendiquant aussi bien le "bordel" que l’homoparentalité ? Quelles voies/voix pour reprendre le cercle vertueux dans lequel liberté rime avec prévention ?
Tout est disponible, croit-on, aujourd’hui :
- l’information : aucune communauté frappée par la catastrophe VIH n’est aussi éduquée et informée ;
- les préservatifs : ils sont distribués en principe dans les lieux de consommation sexuelle et accessibles partout ;
- le dépistage : il est largement utilisé (2 hommes sur 3 se sont faits tester dans les 2 dernières années environ 3 fois) ;
- la prophylaxie post-exposition : elle est gratuite et disponible en principe dans toutes les urgences hospitalières ;
- le traitement antirétroviral : il contrôle la charge virale chez plus des deux tiers des séropositifs, et sans lui les transmissions seraient sans doute encore plus nombreuses.
Mais sont là aussi aujourd’hui :
- Internet, ce formidable démultiplicateur de rencontres, machine à faire prendre des risques virtuels, mais qui ne le demeurent pas toujours ;
- un secteur économique qui prospère dans l’organisation du sexe à risque sans toujours prendre ses responsabilités.

La communauté de la lutte contre le sida est là aussi, mais affaiblie. Elle s’exprime pourtant, à contre-courant, pour faire entendre le message préventif, parfois au prix de l’invective. Un message préventif qui en devient aujourd’hui bien ténu et dissonant dans un monde qui exalte la drague et la performance sexuelle.
Ceux qui le portent doivent pourtant persévérer et faire un pas de plus. Affronter la question qui fâche : celle du rapport entre comportement sexuel et prise de risque.



1 - Lymphogranulomatose vénérienne
2 - Enquête Presse Gay 2004, InVS et Anrs, 22 juin 2005