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n°120 - février/mars 05

 


VHC - VIH

Transmission sexuelle du VHC et infection VIH

 

Christine Larsen

Institut de veille sanitaire (Saint-Maurice)

 




Increased numbers of acute hepatitis C infections in HIV positive homosexual men ; is sexual transmission feeding the increase ?
Browne R., Asboe D., Gilleece Y., Atkins M., Mandalia S., Gazzard B., Nelson M.
Sexually Transmitted Infections, 2004, 80(4), 326-7

Acute hepatitis C in HIV-infected men who have sex with men
Ghosn J., Pierre-Francois-- S., Thibault V., Duvivier C., Tubiana R., Simon A., Valantin M.A., Dominguez S., Caumes E., Katlama C.
HIV Medicine, 2004, 5(4), 303-6

Si la transmission sexuelle du VHC paraît exception-nelle, elle reste pourtant toujours -discutée en présence de -certains facteurs, comme l'infection par le VIH ou les infections sexuellement transmissibles. Deux articles récents contribuent à la réflexion sur la transmission du VHC lors de rapports sexuels chez les homosexuels masculins.

 

Une équipe française a décrit dans HIV Medicine 5 cas d’hépatite C aiguë asymptomatique survenus entre juin 2002 et juillet 2003 chez des homosexuels masculins atteints par le VIH. Pour chacun des cas, le diagnostic d’hépatite C aiguë avait été suspecté devant l’élévation des transaminases lors d’un bilan de syphilis, primaire ou secondaire. Le diagnostic d’hépatite avait été porté devant une séroconversion en anticorps anti-VHC datant de moins de six mois. L’infection à VIH de ces patients tous traités était bien contrôlée à la fois sur le plan immunologique (CD4>200/mm3) et virologique (charge virale indétectable). Aucun facteur habituel de transmission du VHC n’était retrouvé à l’interrogatoire des personnes. Seuls des rapports anaux et bucaux non protégés avec des partenaires multiples dans les six mois précédant l’hépatite étaient rapportés. Après avoir rappelé le rôle favorisant de l’infection à VIH (réceptivité accrue des sujets sexuellement exposés au VHC et infectiosité accrue des personnes coinfectées VIH-VHC par l’augmentation de la charge virale VHC dans les sécrétions génitales), les auteurs discutent des autres facteurs contributifs que sont la présence d’une infection sexuellement transmissible (IST) concomitante, et des rapports sexuels non protégés avec des partenaires multiples. Dans le contexte épidémiologique actuel d’une augmentation de l’incidence des IST chez les homosexuels masculins VIH+, les auteurs concluent à la nécessité d’actualiser les messages de prévention concernant la sexualité sans prise de risque.

Un second article paru dans Sexually transmitted infections concerne une analyse rétrospective mettant en évidence l’augmentation de l’incidence des séroconversions VHC observée entre janvier 1997 et décembre 2002 au sein de la population fréquentant un dispensaire londonien de soins pour le VIH et les IST. Cette augmentation touchait plus spécifiquement des homosexuels masculins (26 cas sur 8,5) et des personnes atteintes par le VIH (25/27) traitées par antirétroviraux (15/25) dont la médiane de CD4 était à 359cellules/mm3 et la charge virale souvent indétectable (11/25). La médiane entre les deux tests VHC négatif et positif était de 5 mois.
Le diagnostic d’hépatite C avait le plus souvent été suspecté devant une élévation des transaminases lors du bilan effectué en routine au cours du suivi de l’infection à VIH (21/27), et plus rarement à l’occasion de symptômes (3/27) ou d’une exposition connue au VHC (3/27). Une IST dans l’année avait été diagnostiquée chez 12 cas. Les rapports sexuels non protégés multiples associés à la présence d’une IST ou d’une infection à VIH étaient retenus comme facteurs de risque d’infection à VHC dans la majorité des cas (21/27). Après avoir abordé les biais possibles de leur analyse rétrospective (possibilité de modification des pratiques de dépistage VHC, de sous-déclaration de l’usage de drogue par voie intraveineuse, d’un recrutement particulier du centre de soins), les auteurs concluent à la nécessité d’un dépistage ciblé sur le VHC en cas de facteurs de risque de transmission du VHC ou d’IST chez les homosexuels masculins.

Ces deux articles décrivent des cas d’hépatite C aiguë survenus chez des homosexuels masculins VIH+ sexuellement actifs, majoritairement traités pour une infection à VIH bien contrôlée sur le plan virologique et immunologique. Ces hommes ont avec leurs partenaires multiples des pratiques sexuelles non protégées déclarées à l’interrogatoire, ou bien suspectées, à l’examen clinique, en présence d’une IST.
Si l’augmentation de l’incidence des séroconversions VHC chez les homosexuels VIH+ décrite par l’équipe britannique est également observée en Suisse1 et aux Pays-Bas2, elle n’est cependant pas retrouvée dans les cohortes françaises de patients VIH+ (Vespa, DMI2, GECSA, Primo). Toutefois le recueil des données concernant l’infection à VHC n’est pas systématisé après l’inclusion dans ces cohortes, ou bien les données sont encore trop récentes pour avoir fait l’objet d’une analyse complète.
Le motif de dépistage de l’hépatite C le plus fréquemment observé dans ces 2 études (élévation des ALAT) s’inscrit dans le cadre d’une surveillance de routine de la tolérance aux antirétroviraux. Le nombre de cas pourrait donc être sous-estimé dans la population homosexuelle masculine infectée ou non par le VIH engagée dans des pratiques sexuelles non protégées multiples. La recrudescence récente de la syphilis3 et de la lymphogranulomatose vénérienne2,4 observée parmi les homosexuels masculins traduit un relâchement des conduites préventives vis-à-vis du VIH et des IST. Si le risque de transmission du VHC lors des rapports sexuels est très faible au sein de couples monogames (incidence: 0,37 pour mille personne-année)5, ce risque est, néanmoins, accru en cas d’infection à VIH, d’IST, d’un nombre élevé de partenaires sexuels ou de certaines pratiques sexuelles non protégées2,6,7. Les homosexuels masculins décrits ici présentent tous les facteurs favorisant cette voie de transmission du VHC.
L’hépatite C n’est pas une infection sexuellement transmissible. La transmission du VHC lors de rapports sexuels non protégés est sans doute accrue en présence de lésions cutanéo-muqueuses sanglantes liées aux IST, ou en cas de pratiques sexuelles traumatiques. Il convient donc de cibler les messages de prévention sur ces facteurs de risque auprès des homosexuels masculins infectés par le VIH en rappelant la nécessité du port du préservatif et/ou de gants lors de ces pratiques sexuelles.



1 - Rauch A, Rickenbach M, Weber R, Hirschel , et al.
"Incidence of hepatits C virus infection in the swiss HIV cohort study"
XVth International AIDS Conference, 2004, Abstract MoPeB3335
2 - Götz HM, van Doornum G, Niesters HGM, et al.
"Public health implications of a cluster of acute HCV among men having sex with men : results from contact tracing"
9th Epiet scientific seminar, Minorca, Spain, October 2004, Abstract 23
3 - Couturier E, Michel A, Dupin N, et al.
"Surveillance de la syphilis en France métropolitaine, 2000-2003"
www.invs.sante.fr/publications/2004/surv_syphilis_230604/surv_syphilis_2000_2003.pdf
4 - Herida M, Sednaoui P, Couturier E, et al.
"Outbreak of rectal lymphogranuloma venereum in France"
Emerging Infectious Diseases 2005, in press
5 - Vandelli C, Renzo F, Romano L, et al.
"Lack of evidence of sexual transmission of hepatitis C among monogamous couples : results of a 10-year prospective follow-up study"
Am J Gastroenterol, 2004, 99(5), 855-859
6 - Craib KJP, Sherlock CH, Hogg RS, et al.
"Evidence of sexual transmission of hepatitis C (HCV) in a cohort of homosexual men"
8th Annual Retrovirus Conference, Chicago, February 2001, session 68, Abstract 561
7 - Thomas DL, Zenilman JM, Alter HJ, et al.
"Sexual transmission of hepatitis C virus among patients attending sexually transmitted diseases clinics in Baltimore – an analysis of 309 sex partnerships"
J Infect Dis, 1995, 171(4), 768-775