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n°118 - septembre/novembre

 


Une interview de Naphat Phisanbut, représentant de la Youth Force

"Dépasser l'étape du plaidoyer pour s'investir dans l'action et la participation"

 

Propos recueillis par Bérénice Staedel


 








 

 

Contrairement aux précédentes conférences, à Bangkok les jeunes n’ont pas été oubliés. Pour autant, ils étaient à peine plus nombreux qu’à la conférence de Barcelone. Comment l’expliquez-vous ?
Je pense que l’argent constitue la principale raison. Pour la plupart des jeunes, tout particulièrement ceux qui ne viennent pas d’Asie, le coût du billet d’avion pour Bangkok est quasiment impossible à assumer sans sponsor. Sur les 400 jeunes présents, je pense qu’à peu près la moitié d’entre eux étaient Thaïlandais. Et dans le cas des 200 autres, ils étaient soit soutenus par de grandes organisations telles que l’UNICEF ou bien encore par les organisations membres de la Youth Force (telles que Family Health International, Advocates for Youth, Save the Children...), soit ils avaient bénéficié de bourses. Cette année, seulement 50 bourses ont été allouées à des jeunes par le comité du programme communautaire, et un petit nombre de bourses ont été attribuées par le comité d’organisation générale de la Conférence. Mais en dehors de ces exceptions, je pense que très peu de jeunes ont pu s’y rendre sur leurs fonds personnels.

Les jeunes ont-ils eu accès à des tarifs d’hébergement préférentiels ? Les frais d’inscription à la Conférence étaient-ils suffisamment bas pour permettre à davantage de jeunes de venir ? Certaines organisations non gouvernementales ont-elles accepté de payer les billets d’avion pour de jeunes leaders ?
Les organisateurs de la Conférence ont proposé un tarif d’inscription préférentiel à ceux âgés de moins de 24 ans (250 dollars). A vrai dire, au départ cela s’adressait aux moins de 21 ans, ce qui correspond à l’âge de la majorité en Thaïlande, mais les jeunes et leur coordinateur ont mené des actions de lobbying afin d’élever la limite à 24 ans. Cependant, il y a beaucoup de jeunes à peine plus âgés, qui travaillent dans le secteur du VIH/sida, et pour lesquels c’est encore une somme trop élevée pour l’assumer sur leurs propres revenus.

Certaines organisations non gouvernementales ont-elles accepté de financer les billets d’avion pour de jeunes leaders ?
Je pense qu’il s’agit aussi d’une question d’opportunité. De nombreuses organisations qui travaillent sur les problématiques spécifiques aux jeunes étaient présentes à Bangkok. Mais je ne crois pas que beaucoup d’entre elles aient inclus des jeunes dans leur délégation (en dehors bien sûr des organisations membres de la Youth Force). Si la Youth Force participe à la conférence de Toronto, nous pensons communiquer sur un slogan comme "deux à Toronto" pour inciter chaque organisation à emmener deux jeunes. Quand on pense au coût du transport, des hôtels, sans parler des autres dépenses, Toronto sera d’un coût encore plus élevé que Bangkok.

Que pensez-vous de la qualité de la participation et de l’investissement des jeunes lors de la conférence de Bangkok ?
Je pense que leur participation était plutôt réussie et que leurs activités étaient bien organisées. Ils ont des connaissances, sont engagés et ont apprécié leur chance de pouvoir se trouver sur place. En règle générale, ils ont pris part aux débats sur de nombreux sujets, et ont cherché à prouver qu’ils sont capables de travailler en partenariat avec les professionnels plus avertis dans la lutte contre l’épidémie. Ils ont combiné leurs efforts de façon à dépasser l’étape du plaidoyer pour s’investir dans l’action et la participation. De nombreux jeunes ont eu la possibilité de montrer leur travail et leurs compétences lors des sessions de posters, de construction de compétences, et en participant à des panels. Cependant, des progrès restent à accomplir, et cela notamment concernant les sessions sur les thématiques liées à la jeunesse, qui auraient pu déboucher sur des discussions et conclusions d’un meilleur niveau.

Un article paru dans le bulletin quotidien de la Conférence, The Correspondent, apporte un éclairage différent sur l’investissement des jeunes : on y lit que les jeunes ont été mal considérés et peu écoutés lors de cette conférence, mais qu’ils étaient aussi mal organisés et que leurs actions étaient insuffisamment préparées.
L’auteur de cet article s’est interrogé sur l’investissement des jeunes lors de cette conférence après s’être rendu à l’une des sessions portant sur des "thématiques jeunesse". Je suis d’accord sur le fait que davantage de jeunes auraient dû être présents dans la salle, mais il faut cependant rappeler que de nombreuses sessions avaient lieu au même moment sur des thèmes auxquels les jeunes peuvent également être intéressés. N’oublions pas qu’en plus d’être des jeunes, représentants de la jeunesse lors de ces conférences, ils peuvent aussi être les représentants d’autres groupes sociaux, tels que les femmes, les jeunes séropositifs ou bien encore des associations militant pour les droits de l’homme... Nous ne pouvons pas exiger d’eux qu’ils soient uniquement les porte-parole des problématiques abordées par la Youth Force.