TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°118 - septembre/novembre

 


Edito n° 118

 

Gilles Pialoux


 








 

 

La XVe Conférence internationale sur le sida aurait pu être l’occasion unique d’une leçon de pragmatisme à la manière thaï. Cité régulièrement par l’Onusida comme l’un des pays phares du développement réussi en matière de prévention et aussi d’accès aux antirétroviraux, le pays organisateur de la "grand-messe" 2004 du VIH n’a eu de cesse d’aligner les chiffres : 1 million de séropositifs, une prévalence globale qui a reculé de 2,5% à 1,4% sous le poids de la prévention, une baisse drastique de la transmission mère-enfant, ou la multiplication par neuf du nombre de personnes sous traitement, en seulement quatre ans, etc. Ce à quoi les rares associations humanitaires présentes sur le terrain rétorquent : désengagement de l’Etat thaï, criminalisation des usagers de drogues et stigmatisation des migrants, jusqu’au refus de financement par le Fonds global des programmes de réduction des risques. Ou comment le "modèle" thaïlandais résume à lui seul, en un exemple plutôt peu exportable, la difficile articulation entre investissement dans le développement, investissement dans la santé et... politique.
Après Yokohama, Vancouver, Durban et Barcelone, Transcriptases et l’ANRS publient ce numéro spécial Bangkok. Par l’omniprésence du débat politique, la conférence de Bangkok renvoie avant tout à celle de Durban. Avec la même présence minimale et circonspecte de la délégation nord-américaine, le même désinvestissement progressif des sciences dites dures, et l’absence quasi totale d’avancées majeures en matière de recherche thérapeutique ; sans parler de la qualité parfois problématique des communications en sciences sociales. C’est là sans doute une évolution générale des conférences internationales, particulièrement nette à Bangkok : aux enjeux des présentations scientifiques semble parfois avoir succédé un programme plus ancré dans des débats idéologiques, qui épouse finalement les enjeux politiques de l’épidémie.
Dire toutefois que la Conférence en terre thaïlandaise manquait de thèmes de réflexion serait faux, voire injurieux pour les 19843 participants (et pour le budget total, de 17 millions de dollars !). Qu’on en juge par ces quelques interrogations, ouvertes dans cette livraison spéciale de Transcriptases/ANRS, et reflet forcément partiel de la Conférence :
Dans le débat autour de la gratuité de l’accès aux antirétroviraux dans les pays du Sud, faut-il penser que mettre le prix d’un bien à zéro est synonyme d’équité ? (voir "Acccès gratuit aux soins et aux traitements : une perspective communautaire")
Comment l’OMS compte-t-elle relever le défi de l’ambitieux programme "3 by 5" ? (voir "Comment l’OMS compte-t-elle relever le défi "3 by 5")
"Access for all", le slogan de la XVe Conférence, doit-il valoir aussi pour les tests immunologiques – et si oui, à quel prix ? (voir "Le point sur les mesures immunologiques dans les pays à ressources limitées")
Comment accroître l’accès aux molécules et combinaisons génériques, dont l’excellent rapport coût/efficacité ne fait plus désormais débat ? (voir "Les "génériques" ne sont pas des médicaments au rabais")
Pourquoi n’y a-t-il aucune mobilisation en faveur des substituts du lait maternel en Afrique ? (voir "Transmission par l’allaitement : la prévention par les substituts du lait maternel négligée")
La prédominance du préservatif au sein des stratégies de prévention est-elle battue en brèche, au nom du slogan ABC (abstinence, be faithful, condom) ? (voir "Une remise en cause des principes fondateurs de la lutte contre le sida")
Au bout du compte, la XVe conférence internationale sur le sida aura accouché de plus de questions que de réponses. Sans doute le propre des conférences très politiques. Les activistes ne s’y sont pas trompés, qui ont dénoncé sans relâche le manque de constance et de consistance de l’engagement des Etats, du Nord comme du Sud.