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n°117 - juillet/août 04

 


BANGKOK / 11-16 JUILLET 2004

Bangkok, une conférence pragmatique et politique

 

Gilles Pialoux

Pistes (Paris)

 








 

 

La 15e Conférence sur le sida aura donné l’occasion d’une étonnante confrontation avec l’Asie, assortie d’une certaine leçon de pragmatisme pondéré, à la thaïlandaise.
Ce congrès a vu converger vers la capitale thaïlandaise quelque 19800 participants, pour un budget de 17 millions de dollars. Dans la mégapole surpeuplée de Bangkok, les 19000 congressistes ont dû chercher, parfois avec patience, le chemin des posters et des sessions orales. Le tout à près de 50 km du centre ville. On avait prédit des kilomètres de bouchons, des crises d’agoraphobie par centaines, une dérive touristique et sexuelle. Officiellement, il n’en a rien été... Pour l’occasion, les autorités avaient modifié les conditions de circulation des taxis (notamment dans les bandes d’arrêt d’urgence, frisson garanti...) et donné vacances aux étudiants et scolaires afin de libérer un peu les voies dites rapides.
Mais le pragmatisme thaïlandais, c’est d’abord et avant tout le modèle de lutte contre le VIH. Soixante millions d’habitants, 1 million de séropositifs, 19000 contaminations par an. La Thaïlande, c’est surtout le pays qui a fait reculer la prévalence globale de 2,5% à 1,4% et la transmission mère-enfant de 40% à 2%. Parallèlement à un modèle coercitif et efficace de prévention de la transmission sexuelle et de la mère et l’enfant, la Thaïlande a aussi engagé des dizaines de milliers de "volontaires", pour la plupart usagers de drogues, dans des essais vaccinaux de phase III.
La Thaïlande est aussi l’un des pays, avec le Brésil, qui a le mieux appliqué le principe des génériques (GPO ou Government Pharmaceutical Organization) afin de favoriser la mise à disposition des antirétroviraux. La couverture antirétrovirale reste encore insuffisante (autour de 20%), mais la palette des génériques disponibles est assez impressionnante et pour le moins singulière : Nafavir®, Neravir®, Lamivir®, Divir®, Antivir®, Zilavir®, GPO-Vir®, etc.
On le sait, la Thaïlande n’est pas par excellence le pays des droits de l’homme – même s’il y a pire dans la région – et la place réservée aux usagers de drogues dans les essais thérapeutiques ou vaccinaux demeure un épais mystère.
Côté tourisme sexuel, il est difficile – mais possible – de passer une semaine à Bangkok sans croiser les chemins si télévisuels de la ville de Pattaya, le plus grand bordel du monde. Une industrie du sexe qui a aussi vu arriver 60 millions de préservatifs gratuits. En 1991, la transmission du VIH dans les commerces du sexe représentait 90% des 140000 contaminations recensées ; en 2002, le sexe tarifé ne représentait plus "que" 15% des 20000 cas d’infection à VIH (voir figure 1). Entre 1991 et 1995, le taux de jeunes Thaïlandais (21 ans) qui déclaraient avoir des contacts avec les prostituées sans préservatif est passé de 40% à moins de 10%.

Certains observateurs ont néanmoins constaté que le modèle thaïlandais, confronté désormais à la question des minorités, des usagers de drogue, des migrants et de la défense des libertés individuelles avait, d’une certaine manière, vécu "ses plus belles années".
Cette conférence a été pour la première fois l’enjeu de débats aussi politiques que scientifiques : la névirapine et la transmission mère-enfant dans les pays en développement; la mortalité observée dans les essais thérapeutiques en Afrique, notamment au Malawi ; l’avenir du Fonds global avec la question des "centres locaux" (CCM) récemment soulevée par The Lancet (voir sur ce point l’analyse critique du Dr Gilles Raguin dans ce numéro) ; et plus généralement des questions autour du lien entre investissement dans le développement et investissement dans la santé des pays en développement.
Sur ces différents thèmes Transcriptases a, comme par le passé et en partenariat actif avec l’ANRS, établi le sommaire d’un numéro spécial. Comme à Barcelone, Vancouver, Yokohama et Durban. Où il sera question, entre autres, des mesures alternatives de CD4 (L.Weiss et P.M.Girard), du sida en milieu carcéral (F.Berdougo), de la question de l’allaitement dans les PED (A.Desclaux), du sida pédiatrique (C.Courpotin), ou encore de la coinfection VIH/VHC et VIH/VHB. Sans oublier les témoignages d’expériences menées en Thaïlande, et des analyses consacrées à l’épidémie asiatique (P.Benkimoun). Afin de ne pas oublier le contenu même de la conférence, en dépit de la prédominance d’un discours politique qui a pu faire dire à certains scientifiques – des sciences dures ou non – qu’ils se retrouvaient à Bangkok en position de "figurants"