TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°116 - juin/juillet 04

 


Introduction

 

Mélanie Heard

PISTES

 








 

Le 1er mai, dix pays ont intégré l’Union européenne, dont huit pays issus de l’ancien bloc soviétique : la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, la Hongrie, et les trois pays baltes, Estonie, Lettonie, Lituanie.
Les projections dramatiques de la diffusion du VIH en Russie et en Ukraine sont bien connues. Mais qu’en est-il pour ces huit pays, pour ceux qui sont désormais nos compatriotes ? L’un d’entre eux, l’Estonie, atteint, à quasi-parité avec la Russie, l’un des taux d’incidence du VIH les plus préoccupants au monde actuellement. "Breaking the barriers" : tel était le mot d’ordre de la conférence consacrée au VIH en Europe et en Asie centrale organisée par la présidence irlandaise de l’Union européenne en février. L’Union européenne élargie saura-t-elle tenir ce mot d’ordre en son sein ?
Dans les pays occidentaux, au cours de ces vingt dernières années, les valeurs politiques libérales ont été promues au rang d’outils de santé publique dans la lutte contre le sida. Ce "changement de paradigme" auquel le nom de Jonathan Mann restera attaché, était fondé sur la reconnaissance d’une -synergie entre la promotion des droits de l’homme et la promotion de la santé.
Dans les huit pays adhérents, la promotion des droits de l’homme ne date que de la chute du Mur de Berlin. L’évolution de la santé publique, et particulièrement la lutte contre le sida, ont-elles pu être incluses dans cette transition politique vers le libéralisme ? La question de savoir si l’avènement d’un Etat de droit dans les pays de l’ex bloc soviétique a ou non permis l’émergence d’une philosophie de santé publique basée sur la promotion des droits de l’homme n’est pas aisée à résoudre. Selon le récent rapport du Programme des Nations unies pour le développement sur l’épidémie dans la région, un certain nombre de pays d’Europe centrale, comme la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie ont enregistré des succès importants, enrayant ou arrêtant la progression de l’épidémie. Ils ont réussi à s’appuyer sur les progrès accomplis lors du passage à la démocratie pour proposer des politiques efficaces de lutte contre le VIH/sida. En même temps, une transition relativement réussie ne garantit pas nécessairement une réaction efficace au VIH/sida, comme le démontre le cas de l’Estonie, qui combine l’une des transitions les plus réussies de la région avec des taux de VIH parmi les plus élevés.
Absence de coercition, absence de discrimination, protection de la confidentialité, promotion de l’estime de soi et de la responsabilité : autant de principes que l’Occident a placé au fondement de sa lutte contre le sida, mais qui, pour des sociétés encore marquées par les valeurs de la dictature, représentent de véritables défis.