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n°116 - juin/juillet 04

 


Pose et utilisation du préservatif féminin

 

Mélanie Heard

PISTES

 






Pose et utilisation du préservatif féminin : résultats d’une étude menée entre 1999 et 2001 en centres MST et en CDAG à Paris
F. Deniaud, A.S. Salmon, R. Porcher, R. Jdid, J.P. Escande, P. Morel, N. Dupin, M. Janier
BEH, 2004, 11

 

Le préservatif féminin en polyuréthanne est un dispositif médical récent, destiné à la contraception et à la prévention des infections transmises par voie hétérosexuelle. Depuis une quinzaine d’années, des études d’efficacité in vitro, de tolérance, d’acceptabilité et des essais cliniques ont montré une inocuité quasi totale et une efficacité au moins égale à celle du préservatif masculin. En France, il a été commercialisé courant 1998-1999, mais il demeure peu diffusé et mal connu des personnels de santé.
Une étude prospective menée à Paris entre 1999 et 2001 et parue dans le BEH visait à évaluer la pose et l’utilisation du préservatif féminin pour l’élaboration de recommandations. Sur les 91 hommes et femmes inclus, 8 femmes sont perdues de vue après avoir essayé le préservatif féminin, et 19 femmes décident de ne pas l’utiliser, principalement par appréhension ou par défaut de partenaire. Au total 54 femmes et 8 hommes participant à l’étude en tant qu’utilisateurs réguliers rapportent 550 utilisations.
Les deux accidents d’utilisation les plus fréquents sont l’enfoncement de l’anneau externe dans le vagin (fréquence : 4% du total des utilisations), et le glissement du préservatif vers l’extérieur du vagin (2,3% du total des utilisations).
Les utilisations ont été vécues comme "très agréable", "agréable" ou "assez agréable" par 38 personnes (34 femmes, 4 hommes) sur 62 : plusieurs femmes disent que la sensation est la même qu’avec un préservatif masculin. L’appréciation "désagréable" a été portée par 13 personnes (10 femmes, 3 hommes) sur 62 : liée à l’aspect du préservatif féminin ("trop large, avec des plis"), au refus du partenaire, ou au manque de sensation. Les 11 personnes restantes ont une opinion changeante, selon la période d’utilisation ; chez 6 des 10 femmes, cela est lié à un changement de partenaire.
Le type de relation avec le/la partenaire, le dialogue entre partenaires sur la sexualité et la prévention et la sensibilité du partenaire masculin au préservatif féminin semblent influencer de façon complexe son utilisation. La majorité des personnes l’ont utilisé avec un partenaire dit "régulier". Le fait de parler de sexualité et de prévention au sein du couple n’est pas significativement lié aux utilisations, mais l’est en revanche, et de façon inversement proportionnelle, aux essais de pose : moins une femme communique activement avec son partenaire, plus elle aura tendance à faire des essais de pose préalables. A l’occasion de ces essais, elle parlera du préservatif féminin à son partenaire dans deux cas sur trois, et dans ces cas-là, le fait d’en parler est significativement lié à la probabilité de l’utiliser. Au final, il semble que la relation de la femme à son partenaire influe sur l’utilisation du préservatif féminin, et qu’il faille passer par un événement intermédiaire, l’essai de pose, pour initier une démarche d’appropriation du préservatif féminin par la femme et de mise en confiance.
Les auteurs concluent par une série de recommandations, visant notamment l’amélioration de la formation des médecins et des pharmaciens sur le préservatif féminin. Ils militent également pour que son coût soit abordable au même titre que le préservatif masculin.