TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°116 - juin/juillet 04

 


Edito n° 116

 

Gilles Pialoux


 








 

Quel peut-être le slogan qui résume au plus juste l’ampleur de la question VIH pour les huit pays1 issus de l’ancien bloc soviétique qui nous ont rejoints au sein de l’Union européenne ? "Breaking the silence", slogan propre à la très historique conférence de Durban, en 2000 ? "Breaking the barriers", mot d’ordre de la récente conférence de Dublin, ou bien le thème central de la réunion mondiale de Bangkok : "Access for all" ?
Reste à savoir si l’Union européenne, a fortiori élargie à 25, pourra s’en tenir à un seul mot d’ordre en matière de lutte contre le VIH. Rien n’est moins sûr, tant les nouveaux membres – dont l’Estonie et la Lettonie avec des taux d’incidence par million d’habitants parmi les plus élevés au monde – semblent manquer cruellement d’attention internationale. Et donc de mot d’ordre. Il n’y a pas encore, par exemple, d’appel de l’OMS à l’instar du projet "3 by 5", ciblé essentiellement sur l’Afrique, qui rende compte de la complexité de la lutte contre le VIH/sida à l’Est.
A commencer par la difficile équation, une fois le rideau de fer définitivement relevé, entre promotion des droits de l’homme et promotion de la santé pour tous.
L’exemple de l’Estonie illustre combien ce double "changement de paradigme" ne va pas forcément de soi puisque ce petit pays conjugue à la fois une transition politique plutôt réussie et un taux d’incidence du VIH parmi les plus élevés.
Transcriptases s’est pour la première fois levé à l’Est dans le sillage du passage à 25 de l’Europe. L’occasion de revenir sur les thèmes centraux abordés dans nos colonnes: réduction des risques, accès aux traitements, prise en charge globale, protection des personnes atteintes...
Tant il est vrai que l’impact de l’épidémie VIH dans les pays de l’ex bloc soviétique pourrait bien être comparable à terme à celui que connaît le Botswana : les pays de l’Est qui connaissent actuellement des prévalences dites "faibles" pourraient de ce point de vue être superposables à la situation africaine d’il y a 10 ans.
Mais l’histoire récente de ces pays, le regard international, dégagé ici de tout néocolonialisme, et les particularités de l’épidémiologie, en font un modèle épidémique particulier dans l’histoire du sida. Avec ses faiblesses – archaïsme des structures sanitaires, limites des systèmes de surveillance – mais aussi ses forces, qui résident notamment dans l’émergence de la société civile et l’engagment déterminé d’associations de lutte contre le VIH, de réduction des risques (la méthadone n’est-elle pas disponible depuis 1990 en Lituanie ?), ou encore de promotion des droits des patients, en particulier de la confidentialité du dépistage, et de protection des libertés civiles.