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n°115 - avril/mai 04

 


Circoncision et transmission du VIH : une étude indienne, une de plus ?

 

Emmanuel Lagarde


 






Male circumcision and risk of HIV-1 and other sexually transmitted infections in India
Reynolds S.J., Shepherd M.E., Risbud A.R. et al.
Lancet, 2004, 363, 1039-1040

 

Une étude prospective conduite auprès de 2298 hommes fréquentant une clinique IST à Pune en Inde vient enrichir les nombreuses publications sur le sujet de la relation entre la circoncision et le risque d'infection par le VIH. Depuis maintenant plus de 15 ans, ces travaux se succèdent, montrant pour la plupart une prévalence, et plus rarement une incidence d'infection à VIH plus faible chez les hommes circoncis1.

Pourquoi le comité de rédaction de Transcriptases a-t-il choisi de vous parler de cette récente étude indienne ? D'abord parce qu'il s'agit de la seule étude réalisée à ce jour dans ce continent. La totalité des autres travaux proviennent d'observations faites en Afrique subsaharienne. Ainsi, si le prépuce a quelque chose à voir avec la transmission du sida, cette étude nous rassure sur un point : le prépuce africain n'a rien de particulier et si son ablation doit réduire le risque d'infection par le VIH, ce sera vrai pour un Kenyan, comme pour un Indien ou un Thaïlandais.
La deuxième raison qui rend cet article intéressant est qu'il rapporte les résultats d'une étude particulièrement bien menée : les infections par le VIH et par d'autres infections sexuellement transmissibles (gonorrhée, syphilis, HSV-2) ont été dépistées tous les 3 mois, le statut de circoncision a été déterminé lors d'un examen clinique et, enfin, les comportements sexuels ont fait l'objet d'un recueil auto-déclaratif à l'aide d'un questionnaire standardisé.
Les résultats de ces travaux sont impressionnants : les hommes circoncis ont une incidence d'infection à VIH 6 à 7 fois moindre que les hommes non circoncis, même lorsque l'on tient compte des comportements sexuels. D'ailleurs, la circoncision semble n'avoir aucun impact sur les autres infections sexuellement transmissibles, ce qui confirme que des comportements sexuels différents entre hommes circoncis et non circoncis n'expliquent pas à eux seuls les résultats.
Il faut remarquer cependant que religion et circoncision sont très liées parmi les 2298 participants indiens de cette étude. Les musulmans constituent 62% des circoncis et seulement 0,1% des non circoncis. Lorsque les 121 musulmans sont exclus de l'analyse, la relation entre circoncision et incidence du VIH n'est plus significative. Cela peut bien sûr s'expliquer par un manque de puissance statistique puisqu'il ne reste alors plus que 72 circoncis.
Si par sa puissance et son caractère prospectif, cette étude constitue une contribution importante, il faudra encore attendre les résultats des 3 essais randomisés en cours (l'un en Afrique du Sud financé par l'ANRS, un autre au Kenya et un troisième en Tanzanie, financés par le NIH américain) avant d'envisager de mettre en place des interventions qui incluent la promotion de la circoncision comme moyen de lutte contre l'épidémie.


1 - Weiss HA, Quigley MA, Hayes RJ
"Male circumcision and risk of HIV infection in sub-Saharan Africa : a systematic review and meta-analysis"
AIDS, 2000, 14, 2361-70