TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°115 - avril/mai 04

 


Edito n° 115

 

Gilles Pialoux


 








 

Le lecteur attentif de Transcriptases l'aura bien noté : rien ne fixe mieux (ou moins bien, c'est selon) un éditorial qu'un bon sens commun proprement écrit ! Pour ne pas déroger à la règle, l'actualité de la 3e conférence internationale sur les microbicides, sise outre-Manche du 28 au 31 mars derniers, nous donne l'occasion d'énoncer tout de go qu'en matière de prévention contre le VIH aussi,
la femme est l'avenir de l'homme…
La recherche de microbicides vaginaux contre le VIH connaît en effet son plein essor : 62 molécules sont en cours de développement, parmi lesquelles 23 ont atteint les phases I, II ou III des essais cliniques menés chez la femme. C'est dire si, depuis l'échec du nonoxynol-9 annoncé durant la conférence de Durban (lire Transcriptase 87), la perspective d'un microbicide efficace contre le VIH - et d'autres agents sexuellement transmissibles - s'est rapprochée. D'aucuns misent en effet sur 2007 (lire dans ce numéro les comptes rendus de cette conférence).
Mais si la recherche d'un microbicide semble avancer plus vite que la recherche vaccinale anti-VIH, il n'est pas certain qu'opposer ou mettre en compétition ces deux stratégies préventives ait du sens. Tout d'abord parce que les questions méthodologiques ou éthiques (comme le précise Nicolas Dodier dans ce numéro, "l'enjeu actuel n'est pas d'opposer une éthique universelle, supposée "impérialiste", et un respect des éthiques locales") qui agitent les essais cliniques propres à ces deux stratégies sont parfaitement connues et communes.
A commencer par la question, qui confine au casse-tête éthique, de la contamination par le VIH des femmes - et des hommes, pour ce qui est de la recherche vaccinale - durant les essais cliniques. Des essais menés, prévalence oblige, dans des pays du Sud où le promoteur n'a, le plus souvent, pas budgété et organisé le suivi des personnes atteintes per-essai - au-delà, bien sûr, des quelques millions de dollars que mobilisent de telles études de phase III.
En matière de microbicides comme de recherche vaccinale, comment s'assurer au passage que, dans ces essais menés contre placebo, l'accès possible à une hypothétique approche préventive n'augmente pas les conduites individuelles d'exposition au risque VIH ? Avec en filigrane un évident conflit d'intérêts pour les investigateurs, augmenter le counselling revenant par la-même à diminuer le "rendement" de l'essai ! Autrement écrit, là où l'expérience de la Thaïlande nous montre des usagers de drogue inclus dans des essais de phase III devenir adeptes, durant l'essai, de la réduction des risques, qu'en sera-t-il des essais de phase III en Afrique, que ce soit avec un microbicide ou avec un candidat-vaccin ?
Enfin, il n'est pas impossible que les deux recherches - recherche d'un microbicide à usage vaginal ou rectal/recherche vaccinale - se rejoignent d'ailleurs en un seul modèle préventif. Par exemple en une combinaison "locale" microbicide+vaccin muqueux, ou par la combinaison des deux approches visant à pallier leurs insuffisances réciproques et, ainsi, à augmenter le niveau de protection des femmes.
Et des hommes. L'avenir, donc.