TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°114 - février/mars 04

 


500 NOUVEAUX CAS RECENSES AU 15 NOVEMBRE 2003

Premiers résultats de la notification obligatoire de l'infection à VIH

 

Gilles Pialoux

Pistes (Paris)

 








 

 

Ce fut une déclaration anonyme si attendue et l'objet de tant de polémiques (voir Transcriptase n° 77) que les premiers résultats de la notification obligatoire de l'infection à VIH se devaient de figurer dans nos colonnes. Les données au 15 novembre 2003, récemment rendues publiques par l'InVS et le ministère, sont assurément préliminaires, mais donnent la mesure du travail déjà effectué et de la tâche à accomplir. La notification VIH a été en effet l'objet d'une mise en place progressive depuis le 29 janvier 2003 :
- fin mars : 25 notifications ;
- avril-juin : 600 notifications dans 64 départements ;
- juillet-septembre : plus de 1200 notifications ;
- octobre-novembre : plus de 900 notifications dans 85 départements.
Au 15 novembre 2003, près de 3000 fiches ont été reçues par l'InVS, même si un petit nombre de fiches ont pu être analysées à ce jour (voir tableau ci-dessous).



Cette mise en place d'un système de déclaration obligatoire, garantissant la protection de l'anonymat, a permis d'ouvrir la surveillance épidémiologique des nouveaux cas d'infection à VIH. Les données actuellement disponibles sont, bien entendu, à prendre avec prudence compte tenu du caractère préliminaire de l'analyse de 510 premiers diagnostics nouveaux. Néanmoins, il est permis de dresser quelques constats :
- les femmes représentent près de la moitié des nouveaux cas d'infection à VIH (42%). Parmi ces nouveaux cas féminins, 68% sont originaires d'un pays d'Afrique subsaharienne. Rappelons que le critère retenu ici pour indiquer l'origine est la nationalité ; le système de déclaration adopté ne permet pas de comptabiliser aussi les femmes de nationalité française, mais originaires de pays de forte endémie ;
- les rapports hétérosexuels constituent désormais en France le premier mode de contamination par le VIH (64% de l'ensemble des 510 fiches analysées). Parmi les personnes contaminées lors de rapports hétérosexuels, une personne sur deux a la nationalité d'un pays d'Afrique subsaharienne. Les rapports homosexuels constituent 32% des modes de contamination et l'usage de drogue 4% ;
- globalement, les personnes ayant la nationalité d'un pays d'Afrique subsaharienne représentent plus d'un tiers (37%) des nouveaux cas d'infection à VIH.
Les conditions qui ont conduit au diagnostic d'une nouvelle infection à VIH sont ainsi décrites :
- 39% des cas devant l'apparition des signes cliniques de la maladie, ce qui constitue à l'évidence un constat d'échec tant ce dépistage tardif est une "perte de chance" pour la personne atteinte par le VIH ;
- 22 % à la suite d'un événement considéré par la personne comme "une prise de risque" ;
- dans 17% des cas, le test de dépistage a été effectué dans le cadre d'un "bilan" notamment prénuptial ou pré-opératoire.
Enfin, plus de la moitié (56%) des nouveaux cas ont été diagnostiqués en Ile-de-France.

La situation française s'est donc profondément modifiée au fil des ans, pour faire des rapports hétérosexuels le premier mode de contamination par le VIH, comme c'est le cas en Afrique ou en Asie. La situation des cas de sida au 30 juin 2003 illustre cette évolution, et montre également qu'elle est essentiellement soutenue par la forte progression du VIH et du sida chez les personnes ayant la nationalité d'un pays d'Afrique subsaharienne. Ce groupe de transmission représente ainsi 29% des cas de sida en 2003 contre 7% en 1996. Autre élément marquant, la persistance d'un retard au diagnostic : 8 cas de sida sur 10 sont diagnostiqués chez des personnes qui n'ont pas reçu de traitement antirétroviral.