TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
Recherche dans les archives Transcriptases avec google.
Les archives contiennent les articles parus dans les N° 1 à 137.
Les articles des n° 138 et suivants sont publiés sur
www.vih.org


n°114 - février/mars 04

 


Edito n° 114

 

Gilles Pialoux


 








 

 

"L'immigration
n'est plus ce qu'elle était"
au-delà de la formule, l'assertion qui figure en titre de l'article de Didier Fassin dans la présente livraison de Transcriptases rend parfaitement compte de l'actualité du dossier que nous consacrons au thème "migrants et VIH".
Actualité politique tout d'abord. L'immigration comme enjeu - voire épouvantail - électoral, avec en filigrane les menaces récentes qui pèsent sur l'AME et sur la CMU. En témoigne l'avis que le Conseil national du sida, sous la récente présidence de Willy Rozenbaum, consacre à ce thème (voir encadré dans l'article "L'immigration n'est plus ce qu'elle était")
Actualité épidémiologique à n'en point douter. Comme le résume France Lert dans ces colonnes (voir "Etat des lieux de l'épidémie VIH chez les migrants en Europe"), la part croissante des migrants dans l'épidémiologie de l'infection à VIH en Europe est avant tout le reflet de la dynamique de l'épidémie dans les pays dont sont originaires ces migrants.
Actualité économique aussi. Il apparaît clairement qu'à l'heure du rebasage par temps de contraintes budgétaires (60 millions d'euros par an pendant 4 ans d'économies pour l'AP-HP), de crise de la recherche et de redécoupage de la carte sanitaire, il y aura, à l'avenir, sans doute encore moins de place pour la santé des migrants - et, plus généralement, des personnes atteintes en situation de grande précarité.
Actualité médicale encore, tant la solidarité internationale, les systèmes de protection sociale occidentaux, l'engagement des équipes soignantes ont permis, sans réelle flambée de la "migration thérapeutique", que les migrants s'approprient les stratégies thérapeutiques anti-VIH les plus opérantes. Reste inévitablement à développer des conditions d'accompagnement, d'évaluation et de relais spécifiques. Le tout dans une singularité française en matière d'immigration qui se résume en un ambivalent équilibre entre valeurs républicaines d'égalité/fraternité/solidarité, réalités discriminatoires et tentations culturalistes.
Une singularité à la fois politique, épidémiologique et sanitaire qui explique sans doute le retard pris par la parole associative pour relayer les attentes et les combats des migrants. À l'heure où le Sidaction fête - si l'on peut écrire - ses dix ans d'existence, en réunissant à la fois les partenaires africains autour d'une convention internationale et six chaînes hertziennes françaises, les 23, 24 et 25 avril prochains, on pourra mesurer le chemin parcouru dans l'espace public depuis les premiers cas de sida rapportés chez les migrants.