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n°109 - juillet-août 03

 


Edito n°109

 

Gilles Pialoux


 








 

 

S’il est trois mots pour résumer la 2e Conférence de l’International Aids Society (IAS) organisée avec l’ANRS, qui s’est tenue à Paris du 13 au 16 juillet, ce sont "politique", "économique" et "succès".
En dépit du format très médico-scientifique de cette conférence internationale, c’est avant tout le discours politique qui fut entendu. De la parole planétaire de Nelson Mandela en séance plénière à la tentative associative de bronca à l’égard de Jacques Chirac en clôture, en passant par le vibrant plaidoyer de Bertrand Delanoë ; et surtout, en ouverture, le discours emblématique de Marie-Josée Mbuzenakamwe (Burundi), pour qui il y a aujourd’hui "deux réalités : l’une faite de mots, qui finissent par n’avoir aucun sens, nourrie d’annonces jamais suivies d’effet; l’autre, celle que nous vivons, dans laquelle le nombre de morts et de contaminations augmente chaque jour un peu plus".
Allusion non voilée à la situation politique et financière du Fonds mondial, en quête de la majeure partie des 10 milliards de dollars nécessaires, chaque année, à la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Reste que l’appel de fonds ne règlera pas tout. Et que les politiques des pays du Sud ont aussi leurs propres responsabilités quant à l’accroissement des capacités d’absorption des fonds demandés et quant à l’adaptation du tissu sanitaire à cette nouvelle donne financière.

Mais la principale information scientifique innovante de cette 2e conférence de l’IAS est indiscutablement venue de la recherche économique. Comme l’a clairement illustré Jean-Paul Moatti en séance plénière, il est économiquement rationnel de développer des programmes d’accès aux antirétroviraux dans les pays en développement : ils génèrent en effet une diminution de la morbidité et de la mortalité, mais aussi moins d’hospitalisations, d’absentéisme et de dépenses de santé*. Où l’on voit poindre l’ingérence économique après celle de l’humanitaire. Une stratégie se dégage même des données économiques : un accès "hybride" aux antirétroviraux en Afrique mêlant importation de génériques – sans poursuite judiciaire des génériqueurs... – et initiatives internationales.

Succès enfin de cette 2e conférence de l’IAS, dont attestent les chiffres (6000 participants, plus de 1000 inscriptions sur place) et les images : du livre d’abstracts épuisé à l’Avenue de la Grande Armée habillée des signes de la lutte contre le sida en plein 14 juillet ! Des images et un succès à la hauteur de l’objectif annoncé de l’OMS : 3 millions de personnes sous traitement anti-VIH en 2005.



* Se reporter au document de l’ANRS : "Economics of AIDS and access to HIV/AIDS care in developing countries. Issues and challenges"
édité par Jean-Paul Moatti, Benjamin Coriat, Yves Souteyrand, Tony Barnett, Jérôme Dumoulin, Yves-Antoine Flori
ANRS, collection Sciences sociales et sida, 2003, 486 p.