TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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Les archives contiennent les articles parus dans les N° 1 à 137.
Les articles des n° 138 et suivants sont publiés sur
www.vih.org


n°109 - juillet-août 03

 


VIOLENCES SEXUELLES

Femmes, violences sexuelles et vulnérabilité

 

Sélection établie par Agnès Durmort

Crips, Paris

 








 

 

Un protocole de l'Union africaine
A l'occasion de la tenue de son second sommet, du 4 au 11 juillet 2003 à Maputo, l'Union africaine a adopté un protocole relatif aux droits des femmes en Afrique, qui exige des gouvernements africains l'élimination de toutes les formes de discrimination et de violence à l'égard des femmes en Afrique et la mise en œuvre d'une politique d'égalité entre hommes et femmes.
Il les contraint à intégrer à leurs décisions politiques, à leur législation, à leurs plans de développement, à leurs actions, la notion de discrimination fondée sur le sexe ; ils sont également tenus de veiller au bien-être général des femmes.
Le protocole entrera en vigueur lorsque quinze Etats l'auront ratifié. Parmi les dispositions du protocole figurent le droit à la vie, le droit à l'intégrité physique et à la sécurité des personnes, le droit de participer à la vie politique et aux processus de décision, le droit à l'héritage, le droit à la sécurité alimentaire et à un logement décent, la protection des femmes contre les pratiques traditionnelles dangereuses et la protection lors des situations de conflit armé.
www.africa-union.org

Une "dangereuse privation de ressources"
Dans un article du 3 juillet 2003, le Quotidien (Dakar) a rendu compte de travaux réunissant des experts de 10 pays d'Afrique de l'Ouest pour travailler à une meilleure mise en œuvre de la Convention pour l'élimination de toutes les discriminations à l'égard des femmes (Cedef). La directrice régionale du Fonds de développement des Nations Unies pour les femmes (Unifem), Micheline Ravalonarisoa a cité "les pratiques pernicieuses enracinées dans les cultures et les traditions, trop souvent utilisées comme prétexte pour asseoir le pouvoir de groupes minoritaires", indiquant que "le viol est une des manifestations les plus visibles et les plus odieuses des discriminations et de violence contre les femmes", et faisant remarquer que le viol "prend aussi la forme d'une dangereuse privation de ressources, d'une privation d'accès à l'éducation, à l'information, la privation aux soins de santé - surtout ceux de la reproduction".
www.lequotidien.sn

De nouvelles ressources
Le réseau des femmes séropositives en Afrique du Sud a travaillé, avec le partenariat de l'Unifem et du Réseau des jeunes contre le sida, à impliquer les femmes séropositives, les parlementaires, les activistes et les femmes en charge de personnes vivant avec le VIH/sida à travers l'organisation d'une réunion qui s'est tenue en mai à Cape Town (Afrique du Sud).
"Le statut inégalitaire des femmes dans les nations africaines contribue à élever les taux d'infection à VIH à des niveaux sans précédent. Le manque de droits des femmes associé à leurs responsabilités économiques et familiales significatives sont les facteurs de la transmission rapide du VIH/sida dans la région, a déclaré madame Heyzer. Le seul vaccin qui existe aujourd'hui pour réduire la transmission de la maladie est l'émancipation pour les femmes."
L'Unifem s'est engagé à procurer le soutien et les ressources pour aider à intégrer les réalités féminines dans les programmes nationaux de lutte contre le sida, à plaider pour que les lois existantes et les mesures liées à la prévention, la prise en charge et le traitement du VIH/sida traduisent les engagements nationaux et internationaux des gouvernements concernant l'égalité des femmes, et à encourager la sensibilisation à travers la compilation des expériences de femmes, de matériels de formation, d'exemples d'initiatives de terrain réussies.
www.genderandaids.org

Un numéro spécial
Le premier numéro de la revue HIV/AIDS and STI news, daté mars 2002, est consacré au thème "Violence sexuelle et VIH/sida".
Il propose trois comptes rendus de travaux de recherche. Le premier, intitulé "Violence sexuelle, pression et VIH : résultats préliminaires du projet "halira" (health and lifestyles of rural adolescents), Tanzanie" distingue trois types d'agressions :
le viol (reconnu et puni comme tel par la communauté), les rapports sexuels violents et forcés (non connus ou reconnus par la communauté), et les rapports sexuels forcés mais non violents.
Le deuxième, "Une histoire d'abus sexuel et infection au VIH précoce", expose le lien qui existe entre abus sexuel subis dans l'enfance et comportements à risque à l'âge adulte, du fait notamment de l'absence d'estime de soi et du sentiment de vulnérabilité ou de honte provoqué par l'agression sexuelle passée.
Le troisième, "Violence des clients contre les prostituées travaillant dans la rue ou hors de la rue : comparaison entre Leeds, Glasgow et Edimbourgh au Royaume-Uni", indique que 63% des prostituées interrogées ont déclaré avoir été victimes de violences, y compris de tentatives de viol, que le travail de rue est plus risqué qu'en maison close, et fait quelques propositions pour protéger cette population.

Un guide pour l'accueil
On trouve, sur le site de Santé Canada, un guide mis en ligne en septembre 2002 sur "Le VIH et la violence sexuelle envers les femmes" destiné en premier lieu aux conseillères qui accueillent des femmes "survivantes de violence sexuelle". Ce guide détaille les liens entre violence sexuelle et VIH/sida, qui ne sont pas seulement dus au risque de transmission si l'agresseur est séropositif, mais aussi à une proportion plus grande de comportements à risques chez les personnes ayant subi une agression dans le passé : "Selon de nombreuses études, les abus sexuels pendant l'enfance et les agressions sexuelles répétées sont associés à des activités à risque qui augmentent la vulnérabilité des femmes face à l'infection à VIH".
Par ailleurs, la soumission d'une femme à un partenaire violent peut l'exposer à des pratiques augmentant le risque d'exposition au VIH : impossibilité de négocier une méthode de prévention, relations sexuelles violentes ou non désirées, relations sexuelles à plusieurs ou prostitution sous la contrainte.
A l'inverse, l'annonce par une femme séropositive de son statut sérologique à un compagnon violent peut aggraver sa vulnérabilité par crainte de violences supplémentaires ou d'abandon.

La vulnérabilité des adolescentes
Human Rights Watch a publié en novembre 2002 un rapport intitulé "Suffering in silence, the link between human rights abuses and HIV transmission to girls in Zambia" sur la grande vulnérabilité des mineures face au risque de transmission du VIH en Zambie du fait de la perte d'un ou des deux parents et des violences sexuelles dont elles sont les victimes. Réalisé à partir de nombreux entretiens, il détaille les facteurs de cette grande vulnérabilité : pratiques traditionnelles favorisant la sexualité masculine (relations sexuelles obligatoires pour les veuves avec un membre de la famille, "dry sex", initiation prénuptiale), inceste, croyance dans les vertus préventives ou curatives des relations sexuelles avec de très jeunes filles, impunité des violeurs que leurs victimes n'osent pas dénoncer, prostitution occasionnelle en échange de vivres, d'argent ou de protection, pressions économiques ou de l'entourage menant à la prostitution, augmentation du nombre des enfants des rues, obligation de quitter l'école très tôt, accès limité à l'information sur le VIH/sida, viols perpétrés par des enseignants, des conducteurs de bus scolaires ou des individus croisés sur le chemin de l'école, spoliations d'héritage... Les auteurs analysent ensuite les lacunes du système juridique zambien et les insuffisances de la politique gouvernementale en matière de protection des filles en général et des orphelines en particulier.
www.hrw.org

Conflits armés et violences sexuelles
En décembre 2002, l'organisation des femmes centrafricaines (OFCA) appelait le gouvernement à prendre en charge les femmes et adolescentes victimes de viols lors de la dernière tentative de coup d'Etat, le 25 octobre 2002. L'OFCA mettait l'accent sur les risques de transmission du VIH et de grossesses non désirées pouvant résulter de ces agressions. A la suite de cette appel, une commission a été mise en place par le ministère des affaires sociales pour recenser les victimes et tenter de leur apporter de l'aide. (AFP.)
Si l'utilisation du viol comme arme de guerre n'est pas un fait nouveau, la volonté de reconnaître et de juger ce type de crime, elle, date de moins de dix ans, note Mercedes Sayagues dans un article du 7 avril 2003 pour IPS (Inter Press Service) à propos des violences faites aux femmes par la milice au Zimbabwe.
www.ipsnews.net
Un article du Quotidien (Dakar) du 10 mars 2003 consacré au sort des femmes dans les guerres a rendu compte des propos tenus par Micheline Ravalonarisoa, directrice régionale de l'Unifem à Dakar, à l'occasion d'une séance de témoignage sur le sort des femmes dans la crise ivoirienne : "La prévalence des guerres dans le monde n'épargne pas la santé des femmes. Ces dernières constituent, en effet, des victimes d'infection volontaire par le VIH/sida, "un signe de mort lente et douloureuse". Mais les guerres ne constituent pas toujours la source des violences extrêmes dont souffrent les femmes pendant les conflits. Ces violences extrêmes demeurent, en effet, "des continuations des violences que subissent les femmes en situation de paix". Même les jeunes filles, en période de crise, sont gagnées par la prostitution. Une pratique à laquelle elles s'adonnent pour "obtenir leur nourriture et les moyens élémentaires pour survivre", faute d'alternative. Les gouvernants, les humanitaires et les familles de ces femmes-là sont souvent considérés comme les complices de ces situations."
www.lequotidien.sn