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n°107 - avril 03

 


CONCOURS

Scénarios d'Afrique

 

Propos recueillis par David Heard


 








En 1993, à l'initiative du Crips Ile-de-France, le concours 3 000 scénarios contre un virus a connu un vif succès. Ouvert à tous les jeunes de 15 à 25 ans, le concours visait à réunir des groupes de parole autour d'un projet cinématographique ayant pour thème le sida. Sur 1 550 scénarios reçus, 31 ont été réalisés. Largement diffusés en salles et sur le petit écran, utilisés dans des kits de prévention au sein des lycées ou d'autres collectivités, ces courts-métrages ont créé une rupture par rapport aux messages de prévention institutionnels. Depuis 1997, le bureau africain d'une ONG anglaise, Global Dialogues, a entrepris d'organiser un événement similaire sur l'Afrique francophone. Rebaptisé Scénarios du Sahel en 2000, puis Scénarios d'Afrique en 2002, le concours a cette fois-ci reçu 7248 scénarios impliquant plus de 20000 participants (les trois quarts ayant travaillé en équipe), envoyés par 25 pays africains (Niger, Sénégal, Togo, Burkina Faso, Mali et Ghana principalement). Si la moitié des candidats ont entre 15 et 19 ans, les moins de 15 ans ont également largement adhéré au projet (27 % des participants). Abdon Goudjo, responsable du pôle Afrique migrants au Crips et membre du jury international de Ouagadougou, nous fait part de ses impressions.

 

Comment les 3000 scénarios contre un virus sont-ils devenus les Scénarios du Sahel en 2000 puis les Scénarios d'Afrique en 2002, organisés par Global Dialogues ?
Abdon Goudjo : le concept de concours d'idées a été lancé telle une bouteille à la mer jetée à destination des lycées, principal point d'ancrage du Crips chez les jeunes. L'opération a eu le succès qu'on lui connaît. Cette première étape a permis de démontrer qu'une démarche participative des adolescents, en matière de prévention du VIH, pouvait fonctionner. En accord avec la "Charte d'Ottawa", les jeunes étaient les auteurs/acteurs des messages qui leur étaient destinés.
Le concours reposait alors sur deux principes : d'une part, prendre le relais de messages institutionnels, souvent mal perçus, par des fictions à forte charge identificatoire et émotionnelle ; d'autre part, réaliser d'authentiques œuvres de cinéma à partir des idées lauréates.
De leur côté, Kate Winskell et Daniel Enger, de Global Dialogues, cherchaient des idées pour faire des films en Afrique sur la thématique du sida. Ils ont découvert par hasard, lors d'une commission européenne à Strasbourg, le film l'Anniversaire (de Patrick Volson, avec Elodie Bouchez). Ils ont immédiatement adhéré à l'idée du concours, et ont proposé de l'organiser en 2000 sur la région du Sahel. Le Crips a alors volontiers transmis sa méthodologie et s'est associé à la diffusion du projet en achetant des cassettes des Scénarios du Sahel et en les distribuant avec un kit de prévention spécial Afrique.
L'édition 2002 a ensuite étendu le concours à toute l'Afrique francophone et à quelques pays lusophones et anglophones d'Afrique et associe désormais de nouveaux partenaires (TV 5, Planète Jeunes, Comic Relief, Pfizer et le Crips). L'objectif est de mobiliser encore plus de participants, au-delà de l'Afrique de l'Ouest, mais aussi d'augmenter la diffusion des films.

Quelle a été l'implication du Crips dans cette édition 2002 ?
C'est à la conférence de Barcelone, en juillet dernier, que Global Dialogues nous a proposé d'être associés à l'édition 2002. Les délais étaient très courts, mais le Crips a accepté de monter dans le train en marche. Nous avons décidé d'ouvrir le concours à la France et à la Belgique, de manière à inclure les enfants de la diaspora africaine, et nous avons engagé une campagne de communication spécifique à l'attention de cette cible. Malheureusement, les gros moyens mis en œuvre (réseau associatif, médias, lycées...) n'ont permis de récolter que peu de contributions valables. Non seulement nous nous y étions pris très tard, mais en plus la plupart des participations reçues se révélèrent hors concours car il fallait impérativement être originaire d'un pays africain.

Comment expliquer que le concours ait été si mal compris en Europe, et qu'il y ait eu si peu de réponses ?
Il y a eu des réponses, mais peu venaient d'Africains. Les classes, par exemple, n'ont pas su se lancer ensemble dans un projet qui n'était pas ouvert à tous. Cette discrimination positive a été mal perçue, mal acceptée par ceux qu'elle voulait cerner. Elle a également contribué à couper le Crips de sa "base", les lycées et CFA, déroutés par le règlement du concours. Cette vision très "communautariste" de la prévention, incluse dans le réglement, n'est pas partagée par le Crips mais elle était voulue par Global Dialogues. Ce serait sans doute là un élément à revoir pour de prochaines éditions : garder la thématique Afrique, mais accepter toutes les contributions.

Pour quelle raison la remise des prix va-t-elle avoir lieu à Paris ?
Le fait que la lauréate vive en Europe, que son scénario ait été collecté par le Crips, que le prix soit offert par TV 5 et qu'un de principaux partenaires, Planète Jeunes, soit installé à Paris, menait tout naturellement à organiser la remise des prix ici. Cette décision a d'ailleurs été approuvée à l'unanimité par le jury.

Quels étaient les critères du jury pour sélectionner le gagnant ?
Ils étaient très précis. Les quatre axes principaux étaient : le film délivre-t-il un message de prévention et peut-il aider à la prise en charge des personnes atteintes ? Ce film ne risque-t-il pas de heurter des personnes vivant avec le VIH ? Est-il original, innovant, n'est-il pas redondant avec des films déjà réalisés dans le cadre du précédent concours ? Raconte-t-il vraiment une histoire, s'apparente-t-il bien à un film de fiction ?

Quels ont été les principaux thèmes abordés par les participants ?
Les canevas d'histoires proposés dans le règlement du concours n'ont pas tellement été suivis, surtout par les participants résidant en Europe. La majorité ont opté pour la "participation libre". Beaucoup de scénarios traitaient de l'exclusion et de la discrimination - c'est le cas du scénario gagnant. La problématique du lévirat - quand un père de famille meurt, son frère épouse sa veuve - et les questions liées aux mutilations génitales féminines ont également été abordées.

Les Scénarios d'Afrique reprennent les critères de participation du concours de 1993. A la lumière de ces deux expériences, ne faudrait-il pas en faire évoluer certains pour mieux répondre à la problématique africaine, notamment en élargissant la tranche d'âge de participation ?
Certainement, et c'est ce que nous avons fait dans nos deux derniers concours, qui s'adressaient à l'ensemble de la population et plus seulement aux jeunes - tout en gardant deux prix, un pour les plus de 21 ans, un pour les moins de 21 ans.

Le Crips s'associera-t-il à l'édition 2004 ?
Pour l'avenir, tout est possible. Le Crips sera de toute façon automatiquement partenaire, ne serait-ce qu'en tant que "grand-père" du projet. Notre pôle Afrique/migrants reconduira vraisemblablement son expérience auprès des jeunes de l'Europe francophone, mais cette fois-ci en proposant la thématique Afrique à tous - jeunes et adultes - et non pas seulement à ceux issus de la diaspora. Nous souhaitons également impliquer de nouveaux pays africains francophones, pour élargir la participation et la diffusion. Bref, nous tirons les enseignements et nous améliorons le projet d'année en année, convaincus que le concours des Scénarios d'Afrique est destiné à remporter de plus en plus de succès.