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n°107 - avril 03

 


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2003, année cruciale pour le Fonds mondial

 

Hélène Rossert

Aides, Fonds mondial

 








2003 sera une année cruciale pour l'avenir du fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Après une année de mise en route, celui-ci doit se confronter à la mobilisation de nouvelles ressources. Mais aurions-nous pu imaginer que l'engagement enthousiaste qui avait suivi la session spéciale des Nations unies annonçant la naissance du Fonds en juillet 2001 tournerait rapidement en un scepticisme à peine voilé de la part des pays donateurs ?

 

Il a fallu l'investissement personnel de Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, et surtout plusieurs années de combats acharnés menés principalement par l'Onusida et les associations de lutte contre le sida du Nord et du Sud en direction de la communauté des décideurs internationaux, pour avancer vers la création d'un nouvel outil financier de solidarité internationale. Il s'agit, au travers de financements nouveaux, de prendre soin des millions de personnes qui vivent avec le VIH/sida dans le monde, de prévenir l'extension des ravages causés par le sida, de traiter les tuberculoses résistantes, et de protéger du paludisme.
Le Fonds mondial de lutte contre trois pandémies fut lancé en janvier 2002. Il a pour but de financer les besoins en infrastructures, en formation des ressources humaines et en médicaments et outils de prévention des trois maladies. Il voudrait opérer à partir de deux appels à projets par an, jugés par un comité indépendant et financés sur un modèle original de décaissement rapide. Le fonds est lui-même abondé à 90% à partir de contributions volontaires des pays de l'OCDE.

L'absence de financements privés

Alors que ce nouvel outil financier se voulait, à tous les niveaux de décisions et de mise en œuvre, un partenariat public/privé, force est de reconnaître que les financements privés internationaux brillent par leur quasi-absence. En revanche, au niveau national de mise en œuvre de projets, tout espoir est permis de voir se dessiner dans un futur assez proche un nouveau mode de partenariat public/privé au travers des coordinations nationales. Ces coordinations sont l'élément le plus révolutionnaire d'une nouvelle approche des partenariats opérationnels puisqu'en quelque sorte les Etats sont obligés, pour rendre la proposition de leur pays éligible, de passer par une écriture du projet à plusieurs mains incluant nécessairement la société civile, les associations et le secteur privé. Il ne faut, pour autant, pas être naïf sur ce sujet : les coordinations nationales sont encore trop souvent des mascarades de participation, surtout quand des millions de dollars sont en jeu. Cependant, alors que dans quelques pays on voit se dessiner de véritables synergies, dans d'autres l'apprentissage est en cours. Il sera parfois long.
C'est sur le plan de l'abondement du fonds que les choses sont plus inquiétantes. En effet, après la session spéciale des Nations unies annonçant la décision de création du Fonds mondial et le sommet du G8 de Gènes annonçant, en juillet 2001, les premières contributions des pays, le fonds n'a pas eu de nouvel abondement concerté de financements internationaux. Les 2 milliards de dollars couvrent pour deux ans les deux premiers appels à projets déjà acceptés. Le troisième appel lancé en mars 2003 est, quant à lui, à peine financé et, paradoxalement, le décaissement de l'argent est encore bien insuffisant. Si le décaissement ne s'accélère pas d'ici le prochain conseil d'administration, la situation deviendra d'ailleurs très dangereuse avec des pays donateurs fâchés que l'argent qu'ils ont versé stagne encore dans les coffres du Fonds mondial, et des pays récipiendaires fâchés de ne pas avoir encore l'argent dans leurs pays.

Mauvaise foi des bailleurs

Le Fonds a un an. Quand le directeur exécutif est arrivé, en avril 2002, il n'y avait aucune équipe, et aucune architecture de décaissement n'avait alors été dessinée. Tout était à faire. Maintenant, les choses sont en place mais en décalage avec l'attente des financeurs. Il y a tout de même beaucoup de mauvaise foi dans l'attitude des bailleurs : certains d'entre eux ont même mis en place une évaluation du Fonds mondial pour savoir comment ils se positionneraient lors du prochain appel à financement. Evaluer un projet d'une telle ampleur après un an !
Pourquoi tant de mauvaise foi ? Parce que le fonds va coûter cher s'il remplit sa mission, si les bailleurs répondent aux espoirs soulevés lors des promesses faites à la session spéciale. Parce que ce dont rêvent les Etats, c'est d'un fonds ajusté à l'offre (le financement) plutôt qu'à la demande (les projets à financer). Alors, que doivent penser les millions de personnes en attente de traitement ? Qu'il leur faudra attendre l'évaluation britannique du fonds, la remise en état de la machine économique allemande, la fin du scepticisme japonais, un coup de pied dans la bureaucratie de la Commission européenne ? Combien encore seront morts ? Morts d'attendre des promesses non tenues, morts de voir des Etats incapables de pousser une logique jusqu'au bout, préférant saupoudrer les moyens pour plaire à tous ?

Sauver le fonds d'une faillite annoncée

Alors que le G8 d'Evian pointe à l'horizon, il faut à nouveau agiter la mobilisation et les slogans, il faut sauver le fonds mondial d'une faillite annoncée. Mais faillite est-il le bon mot ? Un outil de financement stable et relativement modeste serait satisfaisant pour de nombreux Etats. Les espoirs actuels reposent ironiquement sur deux pays qui peuvent le sauver politiquement et financièrement : les Etats-Unis et la France. La dernière annonce des Américains portant sur 10 milliards de dollars pour la lutte contre le sida dans le monde est l'espoir le plus sérieux. En janvier dernier, ils ont promis un effort très important en matière d'accès aux traitements antisida. Mais le feront-ils à travers leur coopération bilatérale, l'Usaid dont beaucoup pensent qu'elle n'a pas l'expérience pour assurer la mise en place de l'accès aux traitements, ou à travers l'option multilatérale que représente le fonds mondial, d'autant qu'ils viennent d'en prendre la présidence ? C'est sans conteste l'option à favoriser, mais que penser alors d'un fonds qui serait abondé et dirigé par les Américains ? Il faudrait absolument que d'autres bailleurs rééquilibrent la donne, et c'est alors la France qui apporte le plus d'espoirs, plus politiques que financiers car la France ne représente que 4% du produit international, contre 33% aux seuls Américains. La France présidera le G8 de juin et devra pousser ses amis européens à plus de constance dans leur choix financiers internationaux. Pourvu que la situation internationale liée à la guerre en Irak ne ravisse pas toute l'attention de nos décideurs du G8 !

Une année décisive se profile pour le fonds mondial qui devra faire bien des efforts pour faire connaître ses premiers résultats et donner l'image positive qu'il mérite. La voix des pays du Sud sera sûrement nécessaire pour rappeler les promesses et éviter les dilutions d'intérêts de nos décideurs.
En 2001, le monde s'était fixé l'objectif de faire une différence dans l'espoir à apporter à des millions de personnes des pays en développement grâce au fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Qu'on ne l'oublie pas. Eux, en tout cas, ne l'oublieront pas.