TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°106 - janvier-mars 03

 


Edito n°106

 

Gilles Pialoux


 








 

 

Au Sud, le VIH décime des générations entières, raccourcit l'espérance de vie, augmente le nombre d'orphelins et met en péril les rouages économiques et sociaux des pays les plus touchés. Au Nord, l'accès aux stratégies antirétrovirales d'après 1996 a considérablement abaissé la mortalité et la morbidité liées à l'infection VIH mais fait surgir d'autres comorbidités (risque cardio-vasculaire, perturbations du métabolisme glucido-lipidique, anomalie de répartition des graisses, coinfection VHC ou VHB...). Si 90% des personnes atteintes n'ont, en dépit des efforts récents, encore aucun accès aux traitements anti-VIH, il n'en demeure pas moins que Nord et Sud sont (ré)unis dans un même besoin de recommandations. Qu'elles portent sur les aspects de dépistage, d'initiation du traitement, de marqueurs biologiques de surveillance ou des dimensions éthique et sociale de la maladie. Mais "recommandation" ne signifie pas consensus universel. Et ce qui est vrai à Paris peut ne pas l'être à Milan, Boston, Ouagadougou ou Chiang Mai. Qui plus est, les recommandations internationales en matière de "prise en charge des personnes infectées par le VIH" - rapport Delfraissy en France, "Panel on clinical practices" aux Etats-Unis ou atelier d'experts à Gorée - sont souvent basées sur les mêmes études scientifiques, les mêmes données issues de la littérature internationale que TranscriptaseS s'efforce, pas à pas, d'analyser et de critiquer. Une même base scientifique donc, mais qui, comme le démontre le Pr Jean-Louis Vildé (Hôpital Bichat-Claude Bernard, Paris, France) dans cette livraison de TranscriptaseS, peut aboutir à des recommandations divergentes. C'est ainsi que le rôle de la charge virale comme outil décisionnel du traitement antirétroviral apparaît sous-estimé dans les recommandations françaises par rapport aux recommandations américaines - et, pour raisons économiques, absent des recommandations de Gorée. A l'évidence, au Nord comme au Sud, ces recommandations, qu'elles soient issues de groupes étatiques ou associatifs, méritent d'être analysées, décryptées et évaluées dans leurs applications individuelles. Non qu'une recommandation ait valeur de loi, mais on connaît la variabilité des pratiques médicales, ici et là-bas, qui ne saurait se réduire à des différences objectives quant à l'évaluation clinique des personnes atteintes (lire l'analyse d'Isabelle Célérier). L'impact des recommandations dépend en effet de différents processus d'apprentissage et d'appropriation, de l'environnement socio-économique du prescripteur et de la personne atteinte et aussi du degré d'incertitude qui pèse sur les données scientifiques concernées. De cette diversité là il est question dans ce premier numéro de TranscriptaseS qui entend, précisément, rendre éditorialement présente la diversité de la lutte contre le VIH au Nord comme au Sud.