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n°106 - janvier-mars 03

 


VIH - NEUROLOGIE

Contrôle sous traitement de la réplication virale du VIH dans le système nerveux central

 

Serge Mrejen

service d'immunologie clinique, Hôpital Européen Georges Pompidou (Paris)

 






Correlates of independent HIV-1 replication in the CNS and of its control by antiretrovirals
De Luca A., Ciancio B.C., Larussa D., Murri R., Cingolani A., Rizzo M.G., Giancola M.L., Ammassari A., Ortona L.
Neurology, 2002, 59, 342-347

Une étude menée à Rome montre l'utilité de la quantification de l'ARN du VIH dans le liquide céphalo-rachidien (LCR), particulièrement chez les patients ayant des pathologies neurologiques, et du choix d'antirétroviraux pénétrant bien dans le LCR dans certaines situations: charge virale élevée dans le LCR, maladie évoluée et pathologies neurologiques notamment.

 

L'objectif de cette étude était de préciser les facteurs associés à la réplication indépendante du VIH-1 dans le système nerveux central (SNC) et de prédire son contrôle thérapeutique. Menée d'octobre 1994 à octobre 2000 dans un service de maladies infectieuses d'un hôpital universitaire de Rome, elle a porté sur une centaine de patients.
La concentration de l'ARN du VIH-1 a été mesurée par PCR sur 134 échantillons appariés transversaux de plasma et de liquide céphalo-rachidien (LCR) de 95 patients prélevés pour diverses raisons (signes ou symptômes neurologiques, classement virologique avant traitement antirétroviral de patients neurologiquement asymptomatiques ou staging d'un lymphome systémique) et sur des échantillons longitudinaux de LCR de 50 patients sous antirétroviraux (dont 39 faisaient également partie de l'étude transversale). La MCP-1 (monocyte chemotactic protein-1), une cytokine chimiotactique inflammatoire produite par les macrophages infectés par le VIH-1 activés et associée au recrutement des monocytes dans le SNC, a été quantifiée dans le LCR par technique ELISA.
Les taux élevés d'ARN du VIH dans le plasma ou dans le LCR n'étaient pas corrélés avec la concentration en ARN du VIH dans l'échantillon biologique apparié. Un rapport LCR/plasma élevé d'ARN du VIH, suggérant une réplication virale indépendante dans le SNC, était associé à une charge virale plus élevée dans le LCR et à des taux plus élevés de MCP-1 dans le LCR. Les taux les plus élevés de MCP-1 dans le LCR étaient également associés à des pathologies neurologiques et n'ont pas été influencés par l'utilisation de traitements de type HAART (définis par toute combinaison d'au moins 3 antirétroviraux).
Un nombre plus élevé d'antirétroviraux ayant une pénétration adéquate dans le LCR, définis par ceux capables d'atteindre des taux dans le LCR supérieurs aux valeurs de l'IC50 (concentration médicamenteuse inhibant 50% de l'activité virale) pour le VIH-1 de type sauvage* était corrélé à une réduction plus importante de la charge virale du LCR, indépendamment de l'utilisation d'un traitement de type HAART seul. La suppression virologique dans le LCR était prédite par un nombre plus élevé d'antirétroviraux à pénétration adéquate dans le LCR et par la charge virale dans le LCR à l'inclusion, tandis que des taux plus bas de CD4 à l'inclusion et des taux plus élevés de MCP-1 étaient associés à un risque plus élevé d'échec virologique.
En conclusion, la quantification de l'ARN du VIH dans le LCR est utile en clinique, particulièrement chez les patients ayant des pathologies neurologiques. La pénétration des antirétroviraux dans le LCR doit être considérée lors du choix du traitement, principalement chez les patients ayant une charge virale élevée dans le LCR, une maladie évoluée et des pathologies du SNC associées à une activation macrophagique significative.

La question du SNC sanctuaire où le VIH se réplique de manière indépendante et où peuvent émerger des souches virales différentes de celles du plasma reste un sujet débattu. Les résultats de cette étude sont d'ailleurs quelque peu en désaccord avec ceux d'une autre étude récente1 selon laquelle les traitements de type HAART améliorent le ralentissement psychomoteur associé au VIH, qu'ils contiennent un ou plusieurs antirétroviraux pénétrant bien dans le LCR.
Comme le concluent A. De Luca et coll., leurs résultats doivent être étayés par de nouvelles investigations combinant l'analyse de la charge virale, de l'émergence de résistance médicamenteuse et la détermination des taux d'antirétroviraux dans des échantillons appariés longitudinaux de plasma et de LCR. Néanmoins, en attendant que les résultats de telles études soient disponibles, il existe de nombreux éléments pour prendre en compte les données virologiques (charge virale et sensibilité des souches de VIH) du LCR et utiliser des antirétroviraux pénétrant bien dans le LCR dans certaines situations : échec du traitement antirétroviral avec des souches plasmatiques sensibles, maladie VIH évoluée et pathologie neurologique notamment.



* Les antirétroviraux répondant à cette définition sont : zidovudine, stavudine, lamivudine, abacavir, nevirapine, efavirenz et indinavir.
1 - Sacktor N, Tarwater PM, Skolasky RL et al.
"CSF antiretroviral drug penetrance and the treatment of HIV-associated psychomotor slowing"
Neurology, 2001, 57, 542-4