TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
Recherche dans les archives Transcriptases avec google.
Les archives contiennent les articles parus dans les N° 1 à 137.
Les articles des n° 138 et suivants sont publiés sur www.vih.org

n°105 - décembre 02


HEPATOLOGIE

Le BILN 2061, molécule anti-VHC novatrice, pointe son nez

Stéphane Lévy
Service d'hépato-gastroentérologie, Hôpital Robert Debré (Reims)








Le congrès de l'Association américaine pour l'étude des maladies du foie, qui s'est tenu à Boston du 1er au 5 novembre, a été marqué par la présentation des résultats (très) préliminaires (très) prometteurs de l'utilisation d'un nouvel inhibiteur de protéase, le BILN 2061, dans le traitement de l'infection par le VHC.

Le traitement simple, efficace et bien toléré d'une maladie chronique constitue le rêve de tout médecin - et en particulier, actuellement, de ceux en charge de l'infection par le virus de l'hépatite C (VHC).
La réunion de l'AASLD (American Association for the Study of Liver Diseases) 2002 a été le cadre des premières révélations sur les effets d'une antiprotéase spécifique administrée à des sujets monoinfectés par le VHC. Trois communications et/ou posters étaient consacrés à cette molécule. Le laboratoire est allemand ; quant aux investigateurs, ils venaient d'Allemagne, d'Espagne, des Pays-Bas et de France.

Dimanche, en "amuse-gueule", une communication affichée1 nous expliquait que le BILN 2061 était un inhibiteur d'une sérine protéase du VHC située dans la région NS3 (codant pour des protéines non structurales), que cette molécule était petite et administrée par voie orale et "prometteuse dans le traitement de l'hépatite C". On n'en saura jamais plus par la suite sur le mode d'action du composé (l'orateur s'abritant derrière le "secret industriel"...).

Lundi, en teasing, une communication orale2 révélait les résultats de l'utilisation du BILN 2061 (200 mg per os en 2 prises) chez 8 patients ayant une fibrose évoluée (mais sans cirrhose) et de génotype 1 (donc les plus résistants au traitement combiné actuel par interféron pégylé et ribavirine). Il s'agissait d'une étude de phase I incluant 8 patients traités pendant 48 heures (2 sujets étaient traités par placebo avec le même schéma). Le suivi était de 10 à 14 jours et l'adhérence au traitement était de 100% (!).
Les résultats étaient prometteurs, avec une cinétique de décroissance de la virémie C impressionnante en 24 à 48 heures (>= 2 log) et un retour aux virémies basales en 1 à 7 jours (voir figure). Les effets secondaires étaient mineurs.

Mardi, à l'heure des œufs brouillés et du sirop d'érable, la même équipe présentait une étude ouverte de phase I3 concernant cette fois-ci les résultats du BILN 2061 administrés à 25 sujets monoinfectés par le VHC de génotype 1 avec une fibrose peu évoluée (25, 200 ou 500 mg per os en 2 fois). Six sujets recevaient dans le même temps un placebo ; 14 sujets sur 31 n'avaient jamais reçu de traitement antiviral. Le suivi était de 10 à 14 jours et l'adhérence au traitement était de 100%. Là encore, la courbe de la cinétique de décroissance de l'ARN du VHC au cours des 48 heures de traitement laissait la salle réveuse : décroissance de 1 log chez 78% (7/9), 100% (8/8) et 100% (8/8) des patients traités respectivement par 25, 200 ou 500 mg et de 3 log chez 7/9, 8/9 et 8/9 aux 3 posologies respectives. Le retour à la virémie basale était observé 1 à 7 jours après l'arrêt du BILN 2061. Aucune augmentation concomittante des transaminases n'était notée. Là encore, la tolérance était satisfaisante.

A côté du BILN 2061, l'ISIS 14803 fait pour l'instant pâle figure. Il s'agissait des premiers résultats de l'administration d'un oligonucléotide antisens - empêchant la synthèse de protéines du VHC - chez des sujets monoinfectés par le VHC4. Vingt-huit patients (86% génotype 1, 86% antérieurement traités) recevaient une perfusion sur 2 heures de 0,5, 1, 2 ou 3 mg/kg d'ISIS 14803. La décroissance de la virémie C (>1 log) était inconstante et transitoire. De plus, une augmentation importante des transaminases (sans insuffisance hépatique ni aspect histologique d'hépatite toxique) était notée chez 5 patients.

Au total, ces résultats sont prometteurs mais il est impossible de prédire actuellement l'avenir respectif des antiprotéases ou des molécules antisens (voire d'autres classes d'antiviraux) dans le traitement de l'hépatite C. Les résultats des traitements plus prolongés, avec des effectifs plus importants et un plus long suivi, sont attendus (par les patients et les médecins) ; le nom de baptême du BILN 2061 ne sera cependant pas connu avant plusieurs années. Quant aux résultats de traitements combinés...



1 - poster 464
Lamarre et al.
"The discovery of BILN 2061 - an orally bioavailable small molecule inhibitor of the HCV serine protease and a promising antiviral for treament of hepatitis C"
Hepatology, 2002, 36, 4, 179A
2 - oral com 563
Benhamou Y et al.
"Safety, tolerability, and antiviral effect of BILN 2061, a novel HCV serine protease inhibitor, after oral treatment over 2 days in patients with chronic hepatitis C, genotype 1, with advanced liver fibrosis"
Hepatology, 2002, 36, 4, 304A
3 - oral com 866
Hinrichsen H et al.
"First report on the antiviral efficacy of BILN 2061, a novel oral HCV serine protease inhibitor in patients with chronic hepatitis C, genotype 1"
Hepatology, 2002, 36, 4, 379A
4 - oral com 562
McHutchison JG et al.
"A phase 1b dose escalation trial of ISIS 14803, an antisens inhibitor of HCV, in patients with chronic hepatitis C : final report"
Hepatology, 2002, 36, 4, 303A