TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°104 - automne 02


Barcelone, un rendez-vous manqué ?

Yves Souteyrand
ANRS (Paris)
Gilles Pialoux
(Transcriptase)








Dans le domaine de la lutte internationale contre le sida, il y a, et il y aura indiscutablement un avant et un après Durban. La première Conférence internationale qui se soit tenue dans un pays d'Afrique, au cœur de l'épidémie, en 2000 donna toute sa force au cri - "Breaking the silence", slogan de la Conférence - de ceux qui n'acceptaient pas la fracture entre le Nord et le Sud. L'absence d'accès aux médicaments antirétroviraux pour des continents en partie décimés par l'épidémie était reconnue non seulement comme un scandale moral, mais également comme une aberration économique et sociale. De fait, ceux qui, aujourd'hui encore, au moyen d'analyses économiques étriquées ou approximatives, considèrent que les ressources de la lutte contre le sida doivent être affectées aux seules et uniques fins de prévention, apparaissent comme les derniers tenants d'un combat d'arrière-garde.
Durant les deux années qui ont séparé la Conférence de Durban de celle de Barcelone, beaucoup de choses semblent avoir évolué : la pression sur les industriels du médicament, jointe à la concurrence des génériques, a permis de faire baisser, dans certaines régions, le coût d'une thérapie antirétrovirale d'un rapport de 1 à 40 ; les poursuites à l'encontre de l'Afrique du Sud et du Brésil ont été abandonnées ; la déclaration de Doha a permis de renforcer les clauses de sauvegarde en faveur de la santé publique prévues dans les accords Trips ; enfin, l'assemblée générale des Nations unies à New York, en juin 2001, a porté sur les fonds baptismaux le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme - même si l'on sait aussi la fragilité de certaines de ces mesures et la difficulté de leur application sur le terrain.
Parallèlement, de nombreuses expériences menées dans différents pays du Sud ont démontré la faisabilité d'une prise en charge par antirétroviraux, comme en attestent les études de cohortes. Ces expériences ont notamment mis à mal les préjugés sur la prétendue inobservance des patients africains, à l'instar des études conduites au Sénégal sous l'égide de l'ANRS. Les causes d'inobservance sont bien moins à rechercher dans les comportements des personnes atteintes que dans l'organisation des systèmes de santé et dans les prix encore beaucoup trop élevés des antirétroviraux.
Mais il n'empêche, les chiffres restent accablants : en 2002, parmi les 28 millions de personnes qui vivent avec le VIH en Afrique (300 fois plus qu'en France), 30000 à peine ont accès aux antirétroviraux (deux fois moins qu'en France). Dans l'agenda du "scale-up" (le passage à l'échelle supérieure), Barcelone est, à ce titre, un rendez-vous manqué. Comme si la prise de conscience ne passait pas encore l'épreuve des discours et des intentions. Les activistes ne s'y sont pas trompés : à Barcelone, ils ont pris pour cible, plus encore que les laboratoires pharmaceutiques, les représentants officiels et les stands des pays du Nord.