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n°104 - automne 02


"Nous sommes contraints de réussir", Esther vu par Anne Petitgirard, directrice du GIP

Abdon Goudjo
Crips (Paris)








Quelle est la réalité fonctionnelle du GIP-Esther ? Son budget ? Son staff ? Ses recommandations ? Autant d'interrogations qui émanent non seulement d'associations du Sud, légitimées par leurs engagements premiers et souvent solitaires dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/sida, mais aussi des réseaux ville-hôpital qui, de leurs expériences en France, ont acquis un savoir-faire en matière de lien entre la cité et l'hôpital. Elles viennent également d'associations généralistes de lutte contre le VIH/sida dont les engagements aux côtés des malades du Nord et du Sud font avancer, au jour le jour, la cause d'une prise en charge globale des personnes vivant avec le VIH/sida. Elles ont été portées à la connaissance du Dr Anne Petitgirard, directeur du GIP-Esther.
Selon Anne Petitgirard, l'équipe restreinte opérationnelle du GIP (une quinzaine de personnes) est actuellement en cours de recrutement, mais le conseil d'administration doit être le plus actif possible dans la conduite de ses missions. Les recommandations que donnera le GIP sont, de même, encore en cours d'élaboration.
Interrogée sur la réalité ou la virtualité d'Esther, Anne Petitgirard, qui n'est pas dupe, répond : "Il est bien tôt, à mon sens, pour savoir dans quelle réalité concrète cette initiative va s'ancrer. L'initiative Esther a été lancée il y a quelques mois et le GIP, organe de pilotage qui se met en place progressivement dans un contexte de changement politique, de transition et de passation de pouvoirs, a été tout récemment créé - le premier conseil d'administration (CA) s'est tenu à la fin d'avril. Actuellement, nous travaillons intensément à sa mise en place, au recrutement du staff, à sa localisation, à son plan stratégique pour mener cette initiative de santé publique, et à son fonctionnement. A titre d'exemple, je mets en place un comité d'examen des projets qui sera composé de certains membres du CA - dont Coordination Sud, bien sûr - et dont le rôle consultatif sera d'émettre un avis sur les projets et de les enrichir de commentaires, critiques et suggestions qui amélioreront la qualité des projets soumis à ce comité. Les acteurs d'Esther ne décident pas seuls de la validité de leurs projets. Nous souhaitons agir en équilibre avec les diverses approches représentées au sein du CA, et je garde le souci de coordonner les efforts avec ceux déjà entrepris - depuis 1997, bien des actions ont été menées."
Cependant, d'après Eric Fleutelot, d'Ensemble contre le sida (ECS), par ailleurs membre du CA du GIP-Esther, le comité d'examen des projets ne s'est encore jamais réuni et le projet Sénégal (comme les autres projets en cours) a été lancé suite à une décision d'Esther en interne. Petite distorsion au sein du GIP ! A suivre...
Quant à la méthodologie d'intervention financière, elle semble claire. Selon Anne Petitgirard, l'essentiel des financements d'Esther est destiné au Sud et les structures du Nord ne doivent pas en attendre beaucoup. Elles ont d'autres sources de financement. Cependant, dans le cadre de leurs projets, un regard sur les frais engagés pour mettre en place un dispositif de solidarité entre leurs structures et leurs partenaires au Sud sera envisagé, sans que les frais du Nord n'amputent le budget d'Esther au Sud.
"Esther ne sera pas une banque prête à financer ou non un projet qui lui sera soumis. Nous tenons à être entièrement partenaires du projet et à l'accompagner", précise-t-elle. Une critique en creux de feu le FSTI ? "Le FSTI s'arrête, confirme Anne Petitgirard. Le GIP-Esther est chargé d'intégrer les personnels dans sa structure. Esther assumera également la pérennité des projets du FSTI en cours et les poursuivra jusqu'à leur terme". Et de poursuivre : "Tout le monde me parle de l'échec du FSTI. Qu'en est-il en réalité ? J'attends l'évaluation qui en sera faite pour me prononcer."
Autre engagement d'Anne Petitgirard : Esther sera en relation permanente avec le Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Une rencontre organisée à Barcelone avec Richard Feachem, directeur du Fonds mondial, augure ainsi, d'après le Dr Petitgirard, de relations futures convergentes des "twin projects".
Interrogée sur le droit essentiel à la santé et sur l'éventuelle capacité d'Esther à mieux l'imposer, Anne Petitgirard précise qu'outre le souhait d'être à l'écoute de tous et de mettre de la souplesse dans le fonctionnement de la structure, cette réflexion éthique est en cours.
Enfin, à une dernière question sur le devenir d'Esther en 2004 (le GIP a été créé pour trois ans), elle répond, avec un sourire empreint de gravité : "Esther est contraint de réussir. Il est évident que si nous ne réussissons pas, en 2004, nous disparaîtrons."