TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°103 - septembre 2002


Edito n° 103

Gilles Pialoux
Hôpital Tenon (Paris)








Une fois n'est pas coutume, cette dernière livraison de Transcriptase s'ouvre sur une polémique - il est vrai à partir d'une analyse critique de la littérature scientifique (lire les articles de F. Lert et B. Spire, concernant deux publications du BEH et de AIDS). Deux associations de lutte contre le sida, et non des moindres (Act Up et Aides), s'affrontent dans la presse sur une problématique de santé publique : faut-il, à l'heure d'un indiscutable relâchement des comportements individuels de prévention et de recrudescence de certaines MST, introduire... " une dose de proportionnelle " dans la prévention du risque VIH, ou au contraire, promouvoir - encore et encore - le seul préservatif ?
A l'origine de cette polémique transassociative sans précédent (lire Libération du 30 août et du 6 septembre), une expérience d'Aides-Provence mise en place dans un sauna de Marseille.
Des dépliants publicitaires (flyers) à prétention prophylactique expriment au recto un message type "tu baises sans capote ? mets au moins du gel !" ou bien "sans capote, mieux vaut se retirer avant d'éjaculer". Au verso, le document en question reprécise des messages plus classiques : "le préservatif, utilisé avec du gel à base d'eau, reste le meilleur moyen de se protéger". Ce à quoi Act Up rétorque : le préservatif n'est pas le "meilleur" moyen de se protéger mais le seul ! L'association activiste pense même qu'il "n'y a pas de risque tolérable" de contaminer ou de se faire contaminer, suivant ainsi une ligne strictement "no risk" a priori moins suspecte de "généraliser une nouvelle norme de comportements sexuels qui exclut d'emblée le préservatif". Quitte à stigmatiser au passage les personnes atteintes qui ont des comportements à risque...
La démarche d'Aides s'oppose point par point à celle d'Act Up, Aides entendant sortir du discours "100 % capote" qui "n'aide pas ceux qui prennent des risques à en prendre moins, mais au contraire les culpabilise et les enferme dans le silence". Conforté dans cette voie par l'expérience-test du sauna marseillais qui a montré qu'il n'y avait aucune baisse de consommation de préservatifs après la distribution des brochures et donc pas d'incitation, induite par la campagne, à moins de protection. Aides en appelle par là-même à dénoncer "les établissements de consommation sexuelle qui ne font pas ce qu'il faut pour la prévention", mais aussi "l'atonie, l'absence ou la censure des campagnes des pouvoirs publics".
Reste que les positions de part et d'autre manquent cruellement d'évidence scientifique. Nulle étude de comportement qui, par exemple, montrerait que l'adage "réduction des risques = plus ou moins de contaminations" en matière de relations sexuelles a un sens ou pas. Telle est, au delà des pratiques de "bareback", LA question.