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SWAPS nº 9

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Etats des lieux : Dossier Sport, dopage et toxicomanie

Prévention du dopage et de la toxicomanie en milieu spécialisé

par Olivier Middleton

La reconnaissance du dopage et des toxicomanies dans le milieu sportif abordé, jusqu'à maintenant, de façon très prudente semble avoir de plus en plus d'échos. De nouvelles publications laissent supposer que le sport et le dopage seraient responsables de conduites addictives. En ce qui concerne le dopage, qui touche une population de plus en plus jeune, son développement ne cesse de s'accroître et il engendre des effets secondaires de plus en plus dramatiques.

C'est à partir de ces constatations que l'association SPORT form, encouragée par la Mission Prévention des Toxicomanies du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis, a initié dans ce département des actions de prévention auprès des dirigeants et des éducateurs sportifs. Méthodologiquement la question est pour elle de savoir si la prévention du dopage peut s'appuyer sur les actions validées dans le domaine des toxicomanies.

Sports-dopages-toxicomanies

Dopage et toxicomanies empruntent un vocabulaire et présentent des produits communs :

Sports/toxicomanies : Qu'en est-il aujourd'hui ?

Le sport reste un outil de promotion sociale et l'objet de nombreux enjeux économiques dans le contexte d'une logique de performance à tout prix. L'ignorance des dangers d'une pratique excessive expose le jeune sportif à la tentation de consommer aussi des substances psycho-actives aux différents moments de son activité sportive :

La masse également touchée

Si les données épidémiologiques concernant l'usage de produits dopants chez les sportifs de haut niveau n'existent pas, quelques voix (De Mondenard*, Benezis, Laure*...) (11) s'élèvent pour dénoncer une situation, dont l'incidence ne cesse d'augmenter. De façon inquiétante le sport amateur, qui concerne environ 13 millions de pratiquants, est également touché. En effet, l'étude effectuée par Patrick Laure à Nancy en 1996 (12), qui porte sur 2000 patients d'un centre de médecine du sport, a mis en évidence qu'environ 10 % d'une population de sportifs âgés de 17 à 45 ans avoue avoir consommé des substances interdites dans le but d'améliorer leur performance sportive. Parmi les produits utilisés, on retrouve les anabolisants, des stimulants (dont les amphétamines), des stupéfiants, la cortisone... Dans 60 % des cas, la voie d'approvisionnement principale est la prescription médicale. Trublin et Talzac en 1991 ont fait apparaître qu'en milieu scolaire, sur 2425 élèves âgés de 12 à 20 ans de la région toulousaine (13), une proportion de 2,2 % avait déjà consommé des produits dopants, voire peut-être dopants pour 7,7 % d'entre eux. Les sportifs de compétition et les sportifs amateurs étaient également représentés.

Quelle prévention envisager ?

La politique de lutte contre le dopage menée par les pouvoirs sportifs, fondée sur les contrôles et les sanctions et confrontée a de nombreuses difficultés (produits interdits indécelables dans les urines, absence d'uniformité dans les sanctions, réglementation qui se heurte à la législation du travail dans les pays anglo-saxons...) bien qu'indispensable, démontre une fois de plus les limites de la répression. S'il y a une place pour mener une politique de prévention, les modèles utilisés pour la prévention des toxicomanies sont-ils transposables à la prévention du dopage ? C'est à cette question que SPORT form s'efforce d'apporter une réponse. Depuis l'apparition du sida, la prévention des toxicomanies a pris un virage déterminant avec la politique dite de réduction des risques. Axée sur l'échange de seringues, la substitution, la formation d'adultes dits " relais " et la multiplication des structures d'accueil et d'écoute, elle a entraîné une tentative de responsabilisation des consommateurs d'héroïne, devenus eux-mêmes acteurs de leur prévention, ainsi qu'une modification des représentations des toxicomanies chez un grand nombre de professionnels.

Vouloir " effrayer " la population a déjà démontré son inefficacité lors des campagnes de santé publique contre l'alcool et le tabac notamment et on peut douter de l'intérêt d'une telle démarche chez des sportifs dont l'objectif est la victoire.

Par ailleurs, tant que le déni de la réalité des phénomènes dopage et toxicomanies restera ancré dans l'esprit des dirigeants et des éducateurs, l'approche prévention sera vouée à l'échec.

La première des actions à entreprendre est donc de faire prendre conscience à cette population de la possibilité de l'existence de ces consommations au sein de leur structure.

Notre expérience en matière de formation auprès des " encadrants " sportifs de Seine-Saint-Denis nous fait dire aujourd'hui qu'il existe une grande méconnaissance des produits et des phénomènes qui s'y rattachent, mais aussi des réseaux d'aide et de prise en charge existants.

Cet état de fait, renforce ou révèle pour certains les mécanismes de défense d'une population de bénévoles déjà en proie à de grandes difficultés dans la gestion administrative et humaine de leur association et qui peut se sentir impuissante face à ces phénomènes.

En donnant la parole aux uns et aux autres, il est apparu que lorsque cette connaissance existait, l'association sportive devenait un outil essentiel dans la régulation et la prévention des conduites à risques chez les jeunes (14).

Si ces cycles de formation déroutent dans un premier temps des participants " naïfs ", ils aboutissent non seulement à une modification de la perception des phénomènes dopage et toxicomanie, mais aussi, et surtout, à l'optimisation de la prise en charge des jeunes, en particulier en les aidant à intégrer le sport dans un projet de vie que l'on pourrait définir par ces quelques mots :" Le sport, y'a pas que ça dans la vie ! ".


(l) Ministère de la Jeunesse et des Sports, liste des spécialités pharmaceutiques françaises contenants des substances dopantes.

(2) C. Losson, (14/01/97), La performance dopée, Enquête sur la face cachée du sport : "je me suis dopé comme je me serais drogué " Libération

(3) C. Leroy, (23/12/97), Brett Favre, le quaterback désintoxiqué des anti douleurs" Libération.

(4) D. Riché, 1991, Le sport est-il une drogue. Sport et Vie n° 5 p 44 à 50.

(5) Pr P. Dewitte 1997, le cyclisme est une drogue. Sport et Vie H.S. n° 6, p.67 et 68.

(6) C. Carrier 1993, la pratique sportive intensive en tant que conduite addictive. Nervure Tome VI n°9 p 51 à 58

(7) C. Marzin, 1995, Bénévole, qu'est-ce-que tu gagnes? Sport et Vie n° 30 p 20 à 25

(8) L. Gourarier, W. Lowenstein, F. Nordmann, mars 1997 Drug use and Sport. Communication VIIIème Conférence Internationale de réduction des risques, La Mutualité, Paris.

(9) R.H. Durant, V.I. Ribert, 1993, Use of multiple drugs among adolescents who use anaerobic steroïds. New England Journal of Medicine, t.328, p 922 à 926 in P. Laure, Le Dopage ch.4 p.200.

(10) A.M. Raphaël, Avril 1997, Du dopant à la drogue dure. Sciences et Avenir n° 602 p.68 et 69.

(11) P. Bienvault, 27/06/96, Atlanta : Le spectre du dopage sur les jeux qui se veulent les plus propres de l'histoire. Quotidien du Médecin n° 5881, p 12 et l3.

(12) Dr M. Gariel, 06/02/98, Le généraliste face au dopage. Le Généraliste n° 1833.

(13) Drs P. Trublin et L. Talzac, 1991 "Etude épidémiologique sur les dopages en milieu scolaire. Thèse doctorat en médecine.

(14) O. Middleton, 1998 "C.R. Soirée de sensibilisation des éducateurs sportifs à Villepinte " Document SPORT form.