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SWAPS nº 9

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Note de lecture

Ecstasy : des données biologies et cliniques aux contextes d'usages

par Isabelle Grémy

Selon un rapport de l'Inserm, publié au mois de juin 1998 : " Depuis une dizaine d'années, on assiste en Europe à un développement du phénomène ecstasy. En France, la proportion de jeunes adultes ayant consommé de l'ecstasy au moins une fois pourrait atteindre 5 %. Les consommateurs d'ecstasy sont principalement des jeunes adultes de sexe masculin, bien insérés socialement. Si la sur-représentation masculine est une constante des usages de stupéfiants, elle apparaît moindre dans le cas de l'ecstasy. La consommation d'ecstasy est souvent associée à d'autres produits, licites ou illicites (alcool, cannabis...). "

Ce rapport de l'Inserm(1) est le résultat d'une expertise collective visant à faire le point sur l'état des connaissances sur l'ecstasy, à partir de l'analyse par des experts de près de 1000 articles scientifiques et médicaux. Il dresse des recommandations de santé publique et de recherche dont voici les grandes lignes :

Informer les usagers d'ecstasy de la toxicité et du danger intrinsèque de la MDMA à court et à long terme et des facteurs aggravant liés à ses conditions d'usage.

La méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA) est le principe actif de l'ecstasy. C'est une molécule dérivée de l'amphétamine. Au début des années 1980, l'usage récréatif de la MDMA, désormais appelée " ecstasy ", se développe aux Etats-Unis, puis en Europe. En 1985, la publication de plusieurs décès associés à la prise de cette substance et les études réalisées chez l'animal conduisent la Drug Enforcement Administration (DEA), agence américaine de contrôle des stupéfiants, à prohiber sa consommation et à la classer comme stupéfiant. Si l'ecstasy désigne théoriquement de la MDMA, elle contient le plus souvent un mélange de substances aux activités différentes. Elle exerce des effets psychotropes, qui se traduisent par une désinhibition, une sensation d'euphorie, un accroissement de l'énergie physique. Ces effets pourraient résulter de l'action du produit sur le fonctionnement de certains neurones en libérant massivement des neuromédiateurs connus pour avoir des effets sur l'humeur : la sérotonine et la dopamine.

Toujours selon le rapport, " l'ecstasy, en raison des propriétés pharmacologiques de la molécule MDMA, est un produit toxique indépendamment de tout abus... L'analyse détaillée d'une centaine de cas d'intoxications liées à la prise d'ecstasy révèle que des complications somatiques, parfois mortelles, comme un syndrome d'hyperthermie ou des hépatites, peuvent survenir aussi bien à la première prise d'un comprimé qu'à la suite de plusieurs bien tolérés. La sévérité de ces complications pourrait être liée au contexte d'usage du produit, une température ambiante élevée, la déshydratation. Une consommation d'autres substances psychoactives (alcool, médicaments) sont autant de facteurs qui peuvent potentialiser les effets toxiques de la MDMA. Tout aussi graves que les complications somatiques, des troubles de nature psychiatrique (psychose, dépression...) ainsi que des perturbations des fonctions cognitives (troubles de la mémoire, de l'audition...) peuvent apparaître plus ou moins longtemps après la prise d'ecstasy. Ces symptômes pourraient être mis en relation avec le risque de destruction irréversible de certains neurones ".

Le groupe d'experts recommande d'informer explicitement les jeunes, usagers, ou non, et leur entourage des dangers que fait courir la consommation de MDMA. Il préconise la mise en place de groupes de travail, comprenant des acteurs de terrain, pour définir les modalités que doit revêtir cette information dans le cadre d'actions de prévention et de suivi.

Attirer l'attention des acteurs de prévention sur la spécificité du produit et ses modes de consommation et mettre en garde notamment sur la pratique du " testing ".

Le rapport souligne qu'il est d'autant plus important d'alerter notamment les acteurs de prévention sur les dangers spécifiques du MDMA que " certains attribuent, à tort, la toxicité de l'ecstasy non pas à la MDMA elle-même, mais à l'impureté des comprimés qui, selon les cas, peuvent contenir des amphétamines, des anabolisants, des analgésiques, des hallucinogènes... Ce type de raisonnement a conduit à préconiser la pratique, sur les lieux de consommation, du " testing ". Cette technique, qui repose sur un test de colorations peu spécifique, présume, tout au plus, de la présence de MDMA dans le comprimé. Dans le cas où le test laisse supposer que le comprimé est exclusivement constitué de MDMA, le risque ne doit pas, pour autant, être écarté car la MDMA est une substance toxique. "

Parce qu'elle entraîne une fausse sécurité pour l'usager et une lourde responsabilité pour le " testeur ", les experts mettent en garde les acteurs de prévention et les consommateurs contre la pratique du " testing ". Ils recommandent qu'une procédure d'évaluation scientifique des actions de prévention destinées aux jeunes soit effectuée, en toute indépendance vis-à-vis des acteurs de terrain et des décideurs institutionnels.

Sensibiliser le corps médical à la reconnaissance des symptômes somatiques et psychiatriques d'intoxication par la MDMA.

Le caractère parfois très aigus et graves des troubles somatiques peuvent relever de l'urgence médicale. La délivrance d'une information complète sur ces différents troubles auprès des services de soins susceptibles d'être confrontés à ces problèmes. Le rapport recommande, de plus, de " sensibiliser médecins généralistes et psychiatres à la reconnaissance des symptômes psychiatriques (troubles anxieux, dépressions, psychoses, troubles du sommeil... ) pouvant apparaître plus ou moins longtemps après la prise d'ecstasy. Il appartient aux médecins d'informer leurs patients des risques que sa consommation fait encourir. Des modules d'enseignement concernant la toxicomanie, et plus particulièrement l'usage et les conséquences des drogues de synthèse, devraient être intégrés au cursus des études médicales ou à la formation médicale continue ".

Inciter à développer des dispositifs d'observation et de recherche.

Le rapport considère que quatre axes doivent prioritairement être développés :


Notes : L'ecstasy dans Swaps

" Rave-parties " et réduction des risques, Swaps n°1, Johanna Maillet.
Dossier L'ecstasy : mythe et réalité, Swaps n°4 :
1. L'éducation anglaise, André Bénézech ;
2. 28e rencontre du Crips sur l'ecstasy, Michel Gandilhon.
Ecstasy, méthadone, antiprotéases, Swaps n°4, Gilles Pialoux.
L'ecstasy au rapport, Swaps n°7, Astrid Fontaine, Marie Bastianelli.

(1)Ecstasy : des données biologiques et cliniques aux contextes d'usages
Les éditions Inserm, 1997