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SWAPS nº 65

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Actualités scientifiques

L’arrêt du tabac chez les déprimés,
une analyse globale des données des vétérans américains

par Bertrand Dautzenberg / pneumologue, hôpital Pitié-Salpétrière (Paris)

Comparative Effectiveness of Smoking Cessation Treatments for Patients With Depression: A Systematic Review and Meta-analysis of the Evidence
Gierisch JM, Bastian LA, Calhoun PS et al.
VA-ESP Project #09-010, 2010, Department of Veterans affairs, Washington DC

Le département des synthèses de médecine fondée sur les preuves des vétérans américains vient de publier une synthèse des données de l’arrêt du tabac chez les sujets dépressifs présents ou passés. Les auteurs ont sélectionné 884 études et en ont rejeté 792, pour répondre à 5 questions :

1. Quelle est l’efficacité comparée des différentes stratégies de sevrage tabagique sur les taux d’abstinence pour les patients dépressifs ?
Les résultats de leur méta-analyse montrent que combiner une psychothérapie visant à gérer l’humeur et le traitement de sevrage tabagique est supérieur au seul traitement de l’arrêt (RR=1,45 ; IC 95%: 1,01 à 2,07). Ajouter un médicament antidépresseur donne une tendance, mais qui n’atteint pas la significativité, à améliorer le sevrage (RR=1,31 ; IC 95%: 0,73 - 2,34). Trois des 4 essais de substituts nicotiniques chez les déprimés montrent une amélioration clinique significative du sevrage.

2. Faut-il traiter différemment pour les sevrer les patients dépressifs ?

Le bupropion tend à améliorer le résultat du sevrage des déprimés vis-à-vis d’un placebo, mais la différence n’est pas significative (39% contre 32%) quand il est ajouté a un substitut nicotinique et une prise en charge psychologique. La prise en charge psychologique par courrier successif améliore le sevrage des patients avec antécédents de dépression majeur (38,5% versus 7,4%; p=0,01) à 6 mois, mais n’est pas significatif sur ceux qui ont une dépression actuelle sévère (17,9% versus 8,0%; p=0,15).

3. Existe-t-il une différence de réponse selon le sexe ?
Peu d’études permettent de répondre à cette question. Seul un essai naltrexone montre une amélioration significative chez les femmes sans amélioration chez les hommes.

4. Faut-il conduire le traitement d’arrêt du tabac simultanément ou séquentiellement à celui de la dépression ?
Aucune étude ne permet de répondre à la question, qui reste ouverte.

5. Quelle sont la nature et la fréquence des effets indésirables du sevrage tabagique chez les patients dépressifs ?

Les données sont insuffisantes pour répondre à la fréquence globale des effets secondaires chez les dépressifs. Dans deux des trois études retenues, les effets indésirables ont été plus fréquents chez les patients randomisés pour antidépresseurs que chez ceux recevant du placebo.