Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 65

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Dossier Jeux

Edito

par Didier Jayle et Gilles Pialoux

L’existence même des addictions sans produits reste discutée.
Au delà des questions passionnantes de taxonomie médicale, il en est une, d’addiction, qui se rapproche des toxicomanies que nous connaissons mieux : l’addiction aux jeux de hasard et d’argent ! Véritable lune de miel des premières consommations, conviction qu’on gère la situation même si les mises sont excessives, conséquences sociales, familiales, économiques désastreuses. Violence sociale induite même...

Vaste champ en jachère pour la réduction des risques que cette pratique addictive du jeu, objet central de cette 65e livraison de Swaps. Quand on songe combien l’alcool a du mal, encore en 2012, et depuis l’émergence de la réduction des risques, à avoir simplement droit de cité dans ce champ-là... Comme en atteste sa place modeste –et de rattrapage– dans l’expertise collective de l’Inserm vouée à la RdR.

La question du jeu comme produit addictif n’est pas réductible à sa seule épaisseur épidémiologique, comme parfaitement analysée dans ces colonnes (lire l'article "L’addiction aux jeux de hasard et d’argent en France en 2010") par Jean-Michel Costes, membre de l’Observatoire des jeux a qui l’on doit une partie de l’architecture éditoriale du présent numéro. La prévalence du "jeu pathologique", cadre nosologique qui devrait occuper plus de place encore dans la prochaine édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 5) de l’Association américaine de psychiatrie (AAP), est évaluée en France à 0,4% de la population générale. Gageons que l’ouverture du marché des jeux en ligne, dans le sillage de la loi du 12 mai 2010, devrait "booster" cette prévalence.

L’équipe nantaise, avec Marie Grall-Bronnec (lire l'article "Aspects cliniques du jeu pathologique"), nous rappelle ici les enjeux cliniques, les spécificités psychopathologiques et les facteurs de risques impliqués dans le développement et le maintien d’une pratique pathologique des jeux, basés principalement sur un modèle biopsychosocial. Social qui conduit à souligner un autre point commun avec les drogues qu’est la masse globale d’argent en circulation : 39 milliards d’euros sont engagés par les parieurs chaque année en France. D’où une double composante sociale, celle qui contribue à l’addiction et celle induite par les pertes financières engendrées et leurs retentissements.

Pas étonnant donc que l’Etat s’en mêle. La Révolution puis la République ont tenté la prohibition, totalement inefficace, pour revenir au monopole d’Etat afin de réguler les flux et de ramener un paquet fiscal d’une dizaine de milliards d’euros. Monopole d’Etat remis en question avec la mondialisation et l’explosion d’Internet qui bouleversent le paysage et obligent la puissance publique à s’adapter: c’est le sens de la loi "Trucy" (page l'article "Concilier recettes et santé publique"). Avec en suspens cette question: quels enseignements tirer dans le champ des drogues pour une légalisation contrôlée comme alternative à la prohibition?