Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


Recherche dans SWAPS avec google
   

SWAPS nº 64

vers sommaire

Actualités scientifiques

Etre orphelin et sans domicile majore considérablement le risqué d’être contaminé par le VIH

par France Lert / Inserm UMRS 1018 (Villejuif)

HIV seroprevalence among orphaned andhomeless youth : no place like home
Hillis et al
AIDS, 2011, ahead of print.

Alors que le visage de l’épidémie se transforme et que les espoirs d’un contrôle de l’épidémie VIH pointent jusque dans les pays les moins affectés, nos proches voisins en Europe voient des minorités ethniques ou socialement marginalisées porter un fardeau très lourd d’infection VIH lié à l’absence de programmes de réduction des risques et à la vulnérabilité croissante des populations marginales.

La dénonciation de l’abandon des usagers de drogue par les gouvernements s’était fait entendre très fort lors de la conférence internationale sur le sida de Vienne en 2010. L’étude publiée dans une récente livraison de AIDS ajoute un éclairage complémentaire sur cette situation.

Dans trois grandes villes d’Ukraine, Kiev, Odessa et Donetsk, une équipe du CDC américain associé à une ONG ukrainienne a réalisé une enquête auprès des jeunes de rue de 15 à 24 ans. La population cible était les jeunes de 16 à 17 ans rencontrés dans la rue avec pour critère supplémentaire, un des suivants : non scolarisé régulièrement, vivant en dehors d’un foyer familial, s’identifiant comme jeune de la rue ou passant la plupart de son temps dans la rue ; pour les 18-24 ans, ces deux derniers critères étaient seuls retenus. Classiquement les chercheurs ont identifié les sites fréquentés par ces jeunes, défini un technique d’échantillonnage (time-site sampling) et contacté ces jeunes pour leur passer un questionnaire, leur offrir un dépistage associant test rapide et counseling et une orientation médicale en cas de dépistage positif. Les jeunes recevaient des vêtements, de la nourriture ou des préservatifs en cadeau pour leur participation.

Les répondants ont été caractérisés pour deux critères, être orphelin (avoir perdu au moins un de ses  deux parents) et être sans domicile (dormir hors d’un domicile personnel au moins deux fois par semaine). Parmi les 929 jeunes gens (97% des jeunes contactés), 20% n’étaient ni orphelins, ni sans domicile, 37% étaient sans domicile seulement, 11% orphelins et 32% étaient à la fois orphelins et sans domicile. Le pourcentage de cas positifs pour le VIH était de 7%, 16%, 17% et 28% respectivement dans ces 4 groupes. On retrouve associés à chacun de ces groupes des niveaux élevés et croissants selon ce même gradient d’entrée précoce dans la sexualité, d’un nombre de partenaires élevés dans les 12 derniers mois, d’ivresses fréquentes, de consommation de drogue, de recours à l’injection et de partage des seringues. L’injection est un prédicteur indépendant (toutes choses égales par ailleurs) de l’infection VIH.

Pourquoi faire ressortir ces observations ? Vivre très jeune dans la rue est une situation d’extrême vulnérabilité, chacun le sait. Mais le nombre d’orphelins augmente dans le monde, les programmes sociaux sont en déshérence, et alors qu’on se targue des nouveaux paradigmes de la prévention combinée, ce que l’on sait efficace depuis plus de 20 ans : les programmes d’échange de seringues, les traitements de substitution, les programmes d’aide à bas seuil manquent toujours et de fait condamnent une fraction très importante de ces très jeunes gens dans des pays, tout proches de nous, où ils n’auront pas non plus accès aux traitements antirétroviraux.