Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 63

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Edito n°63

par Didier Jayle et Gilles Pialoux

Mobiliser les médecins et les chercheurs du VIH et du VHC sur la réduction des risques liés à l’usage de drogues n’est pas acquis. A Rome, qui accueillait cette année les 4000 participants à la conférence de l’International Aids Society (IAS), la très exiguë miniroom 1 était réservée à la session "Approche combinée de la RdR chez les usagers de drogues". Avec des grandes pointures dont Don Des Jarlais lui-même, Julio Montaner et son équipe de Vancouver. Public ? 25 personnes au pic, notamment pour l’expérience aussi étonnante que peu transposable de Vancouver, où l’on conjugue dans un quartier de la ville canadienne tout ce qui est disponible ou presque : dépistages, TSO, échange de seringues, TASP (treatment as prevention) dans le VIH... Et bientôt, peut-être – les Canadiens comme l’ANRS y réfléchissent –, le TASP dans l’hépatite C.

La Conférence mondiale s’est terminée par une intervention en plénière de Nora Volkow, directrice du NIDA (National Institute on Drug Abuse), qui a souligné que "si la voie intraveineuse est le principal véhicule de la transmission du VIH, d’autres types de drogues peuvent augmenter la possibilité d’infection en raison d’une altération de la capacité de jugement qui peut conduire à un comportements à risque". Sujet sur lequel nous reviendrons dans Swaps, mais déjà abordé dans le présent numéro avec la poussée inquiétante du GBL en "milieu festif" (voir l'article "GBL en milieu festif : une expansion préoccupante").

Dans cette mini-room 1, à Rome donc, c’est sans doute l’intervention sur les prisons en Malaisie qui a connu la plus faible audience ! C’est précisément le thème de cette 63e livraison de Swaps. La réduction des risques en prison est en panne alors même que le nombre d’usagers incarcérés pour des raisons diverses ne cesse de croître. Comme le dénonçait en 2009 le Conseil national du sida (CNS), il existe "des disparités très fortes dans l’accès aux soins et à la prévention entre le milieu ouvert et le milieu carcéral. En particulier les usagères et usagers de drogues injectables incarcérés ne bénéficient d’aucun accès au matériel stérile d’injection et les programmes d’échange de seringues sont absents de tous les établissements pénitentiaires français".

Les premiers résultats de Prévacar et plus encore de Pri2de mettent en lumière, malgré l’amélioration drastique mais disparate de l’offre de TSO, une insuffisance de mise en oeuvre en milieu carcéral des outils de réduction des risques, tout comme l’existence bien réelle de pratiques à risques encore mal quantifiées (voir l'article "Risque infectieux en prison : un réel enjeu de santé publique"). D’où un débat sur les priorités pour la RdR en prison (voir l’interview de Catherine Paulet (voir l'article "Il y a fort à faire pour lever les freins à la mise en oeuvre des mesures de RdR en prison") et le point de vue de l’un de nous (voir l'article "Quelles priorités pour la RdR en prison ?").

Insuffisance dont le voyage de notre envoyé spécial Nestor Hervé à Beyrouth, pour la Conférence internationale sur la réduction des risques, permet de peser la relativité : A la prison de Roumieh (4000 détenus), même les préservatifs restent interdits...