Santé
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SWAPS nº 62

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Edito n°62

par Didier Jayle et Gilles Pialoux

Une fois n’est pas coutume, Swaps fait dans ce numéro un focus sur l’alcool ! Avec une question centrale qui anime cette 62e livraison : le concept de réduction des risques, qui a fait la preuve de son efficacité pour les opiacés injectés et le VIH, est-il soluble dans l’alcool ? En clair, le produit psychotrope le plus consommé dans les pays industrialisés est-il toujours au seuil des politiques de réduction des risques - et si oui pour quelles raisons techniques, sociétales ou politiques ?

La réduction des dommages attribuables à l’alcoolisation excessive - qu’on en finisse avec l’ivresse ! - devrait pourtant figurer parmi les priorités de politique publique de santé dans les pays industrialisés. Une résistance à la RdR bien illustrée dans l’imposante expertise collective de l’Inserm sur la réduction des risques chez les usagers de drogues (2010) où précisément l’alcool fait absence. Même si Pierre Poloméni, qui en fut l’un des artisans, justifie dans son article "Pourquoi l’évaluation de l’Inserm sur la RdR n’a pas abordé la question de l’alcool" cette absence par un problème de méthode. En effet, comme l’explique très clairement dans l'article "L’alcool au seuil de la réduction des risques", Philippe Batel, psychiatre, alcoologue et addictologue, l’intégration de l’alcool dans un programme de réduction des risques se heurte à la difficulté de l’évaluation du dommage et du seuil dommageable, notamment compte tenu de nombreux cofacteurs viraux, toxiques, génétiques pouvant influencer les impacts négatifs de l’alcool sur l’organisme et sur les comportements.

L’inertie décrite ici ne saurait se résumer à un problème méthodologique, et il convient bien évidemment de rappeler le poids culturel, social et politique du lobby viticole dans un pays où la consommation d’alcool - et notamment de vin - est inscrite au patrimoine national. De même que la réduction des risques liés à l’alcool doit aussi intégrer la perte de chance que constitue en France le fait d’être consommateur d’alcool dès lors que l’on veut accéder à un traitement de l’hépatite C ou plus encore à une greffe hépatique, quelle qu’en soit la raison.

Reste que la mise en place des Csapa peut, par-delà le choc des cultures né du rapprochement entre CSST et CCA finement décrypté dans l'article "Csapa : le choc des cultures" par Jean-Pierre Couteron et Patrick Fouilland, constituer une opportunité unique pour enfin conjuguer la RDR avec l’alcoologie.