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SWAPS nº 59

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Actualité

Liverpool, l'heure des bilans ?

par Nestor Hervé

 

Vingt ans après, l'International Harm Reduction Association a tenu fin avril sa conférence annuelle sur les lieux où elle fut créée. L'occasion de mesurer le chemin parcouru, mais aussi de reconnaître certains échecs, avant de se tourner vers la "prochaine génération". Premières impressions.

 

Le choix d’organiser la 21e Conférence internationale sur la réduction des risques1 à Liverpool était tout sauf anodin. Non bien sûr à cause des Beatles ou du valeureux club de football de la ville (bien que sa déconfiture financière fasse étrangement écho au manque critique de fonds alloués à la RdR), mais bien parce que c’est sur les rives de la Mersey que, dans les années 1980, émergea un des tous premiers programmes d’échange de seringues, ainsi que les fondements de la politique de réduction des risques, Loin de tomber dans la nostalgie, les organisateurs se sont résolument tournés vers le futur, vers la "prochaine génération" de la RdR. Sans omettre le bilan, contrasté, comme l’a reconnu lui-même Gerry Stimson, directeur exécutif sortant de l’IHRA.

D’un côté, "l’idée radicale d’hier est devenue une orthodoxie", et la politique de réduction des risques est maintenant reconnue par l’ONU et soutenue par 93 pays. De l’autre, elle est attaquée financièrement et politiquement malgré ses résultats indéniables, notamment en Grande-Bretagne, où la campagne électorale a vu les deux grands partis classiques adopter une rhétorique populiste, mais aussi dans d’autres pays où on pouvait la croire solidement implantée, comme le Canada.

D’un côté, le nombre de pays où sont implantés des programmes d’échange de seringues et/ou sont disponibles des traitements de substitution aux opiacés augmente chaque année. De l’autre, dans une grande majorité de pays, ces programmes restent en nombre très insuffisant2...

D’un côté, la RdR a évité un nombre inestimable de contaminations par le VIH. De l’autre, seuls 4 usagers de drogues séropositifs pour le VIH dans le monde sur 100 bénéficient d’un traitement antirétroviral...

D’un côté, l’Onusida et le Fonds mondial reconnaissent le caractère indispensable de la RdR dans la lutte contre l’épidémie de sida. De l’autre, les fonds dévolus à la prévention de l’injection de drogues sont dramatiquement trop faibles pour lutter contre l’extension de l’épidémie en Asie, comme le montre un rapport de l’IHRA présenté lundi 26 avril dans le cadre de la conférence. Selon cette étude3, qui chiffre pour la première fois le total des sommes engagées dans la RdR, celles-ci correspondent à 3 centimes de dollars par jour et par usager dans le monde, alors que les besoins sont vingt fois plus importants...

D’un côté, comme l’a rappelé Margaret Hellard, du Burnett Institute, les usagers de drogues peuvent être traités avec succès contre le VHC. De l’autre, alors que 90% des infections par le VHC sont liées à l’usage de drogue, les usagers sont exclus de la plupart des essais thérapeutiques, et bon nombre d’entre eux ont un moindre accès au traitement.

"Nous ne sommes pas des malades !"
D’un côté, l’emblématique Pat O’Hare - sans doute l’unique personne à avoir assisté à toutes les conférences de l’IHRA - peut affirmer : "Nous avons changé la façon dont le monde regarde les usagers de drogues." De l’autre, plusieurs usagers se sont, comme Eliot Albert, insurgé contre un modèle médicalisé de l’addiction "qui produit de la stigmatisation" : "Nous ne sommes pas des malades !"

D’un côté enfin, l’obstacle maintes fois dénoncé de la criminalisation de l’usage et de la "guerre à la drogue" semble se lézarder outre Atlantique, où changement de gouvernement, lobbying et - surtout - difficultés économiques font apparaître un paysage dans lequel la légalisation du cannabis devient envisageable. De l’autre, la crispation sécuritaire paraît avoir encore de beaux jours devant elle dans la plupart des pays.

Mais s’en tenir à cette thématique d’un bilan forcément mi-figue mi-raisin serait injuste et lacunaire. Au-delà des retrouvailles propres à ce type de rencontres, la conférence de Liverpool a aussi permis de débattre et de s’informer sur des sujets de première importance comme la décriminalisation, l’épidémie VIH, la RdR en prison, le statut de l’usager, la géopolitique des drogues... Swaps compte bien y revenir dans ses prochaines livraisons.



1
www.ihra.net
2 voir les chiffres précis sur
www.idurefgroup.com
3
www.ihra.net/Liverpool/AbstractsandPrensentations