Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 59

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Usage-revente : le long chemin

par William Lowenstein

 

 

 

Selon Mr Antonio Maria Costa, directeur de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc), plus de 350 milliards de dollars provenant du trafic de drogue ont permis au système financier mondial de se maintenir à flots au plus fort de la crise financière de 2008 (The Observer, 5 janvier 2010).

Selon Vincent, rugbyman en 2e division, la vente de produits dopants (testostérone, corticostéroïdes, HG et EPO) lui a permis de payer, en 2008, le loyer de sa maison à Colombes et la pension alimentaire pour l’éducation de ses deux enfants, et de jouer pratiquement tous les matches de la saison malgré ses blessures au genou et à l’épaule (consultation du 11 octobre 2009).

Selon Yolanda, péripatéticienne du nord parisien, la vente de crack à quelques clients "ciblés" lui a permis, en 2008, tout à la fois de fidéliser une partie de sa clientèle, de monter plus facilement les escaliers, d’avoir moins mal au poignet droit et ne plus dépenser un euro pour sa consommation personnelle même si celle-ci a doublé ce dernier semestre (consultation du 21 mars 2009).

Selon Karim, en 2008, la situation d’usager-revendeur de cocaïne n’a pas que des avantages. Malgré une fine sélection de sa clientèle au sein d’un groupe d’amis gays et un certain plaisir à partager leur vie nocturne, il s’est fait "planter" une commande de 50 grammes au dernier instant. Résultat des (non) courses : il a tout consommé et a fini lundi matin aux urgences cardiologiques d’Ambroise Paré (consultation du 2 décembre 2008).

Selon Jean-Michel, DJ dans une boite de nuit du sud de la France, sa consommation d’héroïne (par voie nasale) a triplé depuis qu’il a accepté de "dépanner" quelques clients et célébrités locales avec qui il s’était pris d’amitié. Il réalise que s’il veut stopper sa consommation et ne plus craindre les risques judiciaires de ses "dépannages", il doit changer de travail, de train de vie, abandonner la nuit et perdre ses nouveaux amis. Bref, s’en sortir tout seul ; oui vraiment tout seul ! Vertigineux... (consultation du 8 octobre 2009).

Selon Sixtine, 17 ans, ses parents s’inquiètent vraiment pour rien ! Elle s’est faite arrêter avec 10 grammes de THC (qu’elle devait partager avec cinq ami(e)s du lycée) lors d’un contrôle routier. Cachés à l’intérieur de son casque. Les policiers l’ont emmenée en garde à vue et le lendemain, après un test urinaire attestant (heureusement ?) de sa propre consommation, une injonction thérapeutique a été décrétée (consultation du 22 avril 2010).

Première question : Parmi ces cas cliniques, quel est l’intrus ?

Seconde question : Peut-on espérer qu’un jour change l’image, la représentation des citoyens usagers-revendeurs ? Faut-il pour cela renvoyer aux travaux de P.A. Adler1 qui suggéreraient que nous oublions trop souvent que la recherche d’un certain mode de vie peut impliquer la prise de drogues et non pas seulement accepter le dogme de causalité le plus commun : la prise de drogues produit le style de vie. Cela est fondamental à cerner pour M. Cusson2 car certains usagers-revendeurs seraient moins dépendants aux substances qu’ils consomment - en particulier la cocaïne - qu’au style de vie qui leur est associé.

Comme l’écrit précisément Fabrice Perez (Techno+) dans un mail adressé à l’Haute autorité de santé, le 21 avril 2010, pour la validation des recommandations sur les usagers de cocaïne : "Dans le triptyque drogue-individu-contexte, l’usage-revente peut, selon les cas, pratiquement définir à lui seul le contexte - sa prise en compte est alors primordiale. Les usagers-revendeurs font partie des personnes nécessitant un abord spécifique. Leur vulnérabilité quant à l’abus et à la dépendance ne peut se comprendre totalement qu’à la lumière de ce rapport au produit."

Diantre ! Même en période de crise internationale, nous en sommes bien loin. En attendant de miraculeux progrès sur de tels sujets, une seule chose à faire : commander auprès de l’association Techno+ le flyer (gratuit !) publié sous la direction de Jean-Marc Priez afin que chacun, par des propositions et remarques, puisse apporter un peu de sa pierre précieuse à ce début d’édifice de réduction des risques pour les usagers revendeurs.



1 Adler PA, Wheeling and dealing : anethnography of upperlevel drug dealing and smugglingcommunities, 1985, Columbia University Press, New-York
2 Cusson M, "Le trafic de drogue" : Criminologie actuelle, 1998, PUF, Sociologies