Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 59

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Edito n° 59

par Didier Jayle et Gilles Pialoux

 

 

 

Ce 59e numéro de Swaps pourrait-il être le dernier ?
Depuis son lancement, il y a quinze ans, Swaps a été soutenu financièrement par les laboratoires Schering-Plough. L’aide de l’Etat, à travers la Mildt, s’est interrompue il y a deux ans et Schering avait en partie compensé ce retrait, dans l’attente d’une reprise d’un soutien "étatique" de la Direction générale de la santé ou de l’Inpes.

Les outils de la réduction des risques et leurs promoteurs n’échappent ni à la mondialisation ni à la crise, et encore moins aux restructurations qui l’accompagnent. A partir du 1er juillet, le Subutex® ne sera plus commercialisé par Schering-Plough, qui a revendu aux laboratoires Reckitt Benkiser les droits d’exploitation du produit. D’où le doute qui plane actuellement sur l’avenir des principales publications centrées sur la réduction des risques et qui, comme Swaps, étaient soutenues par Schering-Plough.

Cette 59e livraison se penche néanmoins sur deux phénomènes peu étudiés, conséquences indirectes de la prohibition. Celui de l’usage-revente, un des mécanismes essentiels au développement du marché des drogues illicites qui permet à celles-ci, et singulièrement au cannabis, d’avoir une disponibilité quasi équivalente à celles du tabac ou de l’alcool. Phénomène complexe, à l’origine d’un marché formidablement ramifié, difficile à combattre pour les forces répressives, où la frontière entre usager et trafiquant devient parfois imperceptible, d’où la difficulté d’appliquer la loi qui est censée protéger les victimes de la drogue et lourdement condamner les dealers. Les usagers dealers, ceux qui font le plus peur aux parents, sont pourtant aussi des victimes du système de l’économie de la drogue et les laissés pour compte de la RdR. Vincent Benso nous plonge dans cette réalité aux multiples visages.

L’autre objet étudié ici est le coupage des produits, autre caractéristique du marché illicite et conséquence de l’absence de contrôle de qualité de toute substance illégale. Ce phénomène indissociable du trafic a des conséquences importantes sur l’économie de la drogue mais aussi sur les risques encourus par les consommateurs. Jimmy Kempfer nous livre une enquête détaillée sur les processus d’adultération, Emmanuel Lahaie, de l’OFDT, fournit les dernières données issues de Sintes sur la pureté de l’héroïne – 7% en moyenne ! –, Gilles Pialoux apporte l’éclairage de l’infectiologue et Fabrice Olivet celui des usagers.

Parce que nous ne pouvons imaginer qu’une revue comme Swaps ne puisse pas continuer ses missions de formation, d’information et de débats, le prochain numéro de Swaps devait être consacré à la loi de 1970, qui va bientôt fêter ses 40 ans. Une loi qui se trouve plus que jamais sur la sellette.