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SWAPS nº 57

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Actualité

Quand les politiques s'emparent du débat sur les salles de consommation

par Nestor Hervé

La question de l'ouverture de salles de consommation en France a été lancée au printemps par le collectif "Asud, Anitea, Act Up-Paris, Safe, Sos Hépatites Paris, Gaïa, salledeconsommation.fr", qui a notamment ouvert une salle lors de la journée mondiale des hépatites. Depuis, certains politiques se sont penchés sur la question. Leurs avis sont partagés.

La Ville de Paris a voté lundi 14 décembre une subvention à une association qui sera chargée de réaliser une expertise sur les salles de consommation des drogues pour toxicomanes, une mesure inédite. "Ce vote va être un événement important car on va s’engager dans une étude avec la volonté de déboucher sur quelque chose, les élus sont intéressés par cette question", a déclaré à l’AFP Jean-Marie Le Guen, député PS de Paris et président du conseil d’administration de l’AP-HP (Hôpitaux de Paris), avant la séance de vote au Conseil de Paris.

La délibération votée consiste à allouer une subvention de 26000 euros à l’association Elus, santé publique et territoires (ESPT) présidée par Laurent El Ghozi, pour "mettre en place une réflexion, expertise sur les salles de consommation à moindres risques pour toxicomanes", avant une possible expérimentation de salle.

Il s’agit de "rassembler les données, les résultats et expérimentation. Il existe plus de 80 salles de consommation ou d’injection dans plus de 25 villes européennes. Une fois cette comparaison internationale faite, on va réfléchir aux conditions optimum où nous pourrions créer un lieu sécurisé où les toxicomanes prendraient le chemin de la réinsertion, a encore défendu le député socialiste. Il est temps que la France, qui est en retard sur cette question, réfléchisse à une demande sanitaire."

"La lutte contre la toxicomanie est au point mort parce qu’elle est prise en charge par un petit lobby réactionnaire, la Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie, qui pense que la culpabilisation est une méthode efficace, estime M. Le Guen. Dans ces salles, on peut mettre [les usagers] dans un environnement sécurisé, éviter la transmission du sida et de l’hépatite C."

La création de centres répond également à une demande "très forte des riverains de la place Stalingrad (19e arrondissement) ou de la rue Myrha (18e arrondissement), explique l’adjoint au maire. Les habitants ne veulent plus trouver des seringues sur le trottoir et assister à des scènes de shoot dans leur cage d’escalier en rentrant de l’école."

Selon Véronique Dubarry, maire adjointe et élue Verte de Paris, "ce lancement d’étude pour une salle de consommation est un outil sanitaire et social et rien d’autre, ce n’est pas permissif". Il limitera en outre les tensions entre riverains et consommateurs de drogue. "A la suite de cette étude, j’espère que la municipalité aura le courage d’entrer dans l’expérimentation", a plaidé la conseillère des Verts.

Le groupe UMP au Conseil de Paris a qualifié d’"extrêmement nocif" le "signal" donné par la mairie en votant cette subvention. "Au moment où la consommation et le trafic d’héroïne augmentent, un rapport place la jeunesse parisienne dans les premières du classement en matière de consommation de drogues", rappelle le groupe UMP municipal dans un communiqué.

"Le signal donné par la ville de Paris en permettant l’ouverture de "salles de shoot" et en facilitant ainsi la consommation de drogue est extrêmement nocif. Sortir les jeunes de la drogue, ce n’est pas leur permettre de la consommer, c’est mettre en place une politique de prévention", ajoute le texte signé de Jean-François Lamour, président du groupe UMP et de Philippe Goujon, conseiller UMP et maire du 15e arrondissement.

"Je suis contre l’idée de cacher les toxicomanes dans des centres sous couvert de prise en charge médicale, tranche de son côté Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt). Les propositions de M. Le Guen vont beaucoup trop loin. Nous ne cherchons pas à accompagner les usagers, mais à les sortir de la drogue. Faciliter les usages, c’est une forme de désespérance."

Une position quelque peu éloignée de celle de la ministre de la santé. Interrogée le 4 octobre lors d’une réunion élargie de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, Roselyne Bachelot déclarait en effet : "L’enquête collective que conduit l’Inserm sur la réduction des risques chez les usagers de drogues traitera, à ma demande, des salles de consommation. La décision d’ouvrir ou non, à titre expérimental, une salle de consommation sera prise au vu de ses conclusions."

Or, si les conclusions de cette expertise collective ne sont attendues qu’à la fin du premier semestre 2010, les données sur les salles de consommation issues du travail d’analyse de la littérature scientifique présenté début décembre lors d’une rencontre-débat (lire l'article "Un point sur l’expertise collective de l’Inserm" dans ce numéro) s’avèrent prudemment positives : si les expériences sont très diverses, les effets sur la santé des usagers sont clairement positifs. Ceux concernant l’ordre public sont, eux, plus contrastés. Les salles de consommation doivent être intégrées dans un dispositif plus large, et un consensus entre acteurs locaux s’avère nécessaire. Heureusement, il n’est pas fait état d’un consensus politique...

La Région Ile-de-France aussi

Après le Conseil de Paris, la Région Ile-de-France a voté le 18 décembre un amendement au budget 2010 de 20000 euros, qui vient compléter l’étude commandée par la mairie de Paris à l’association Elus, santé publique et territoires. Le PS, le PC, les Verts, le Nouveau Centre comme l’UMP ont voté pour cet amendement. Christian Saint-Etienne a estimé que "les salles de consommation sont tout à fait dans la tradition d’humanisme du Nouveau Centre". Roger Karouchi (UMP, ancien ministre) s’est lui aussi prononcé en faveur de ce genre de dispositif. Quant à Anne Souyris (Verts), elle a insisté sur le fait qu’il ne fallait plus attendre, et rattraper le retard de la France en expérimentant le plus vite possible des salles de consommation à Paris et dans la région Ile-de-France.

Québec
avis favorable à l’ouverture de services d’injection supervisée

L’Institut national de santé publique du Québec a rendu un avis sur la pertinence de l’ouverture de services d’injections supervisée (SIS) - l’appellation canadienne des salles de consommation - au sein de réseaux de santé ou d’organismes communautaires de prévention accueillant des usagers de drogues par injection. Les données scientifiques montrent que les SIS ont des effets positifs ou neutres sur la santé des usagers et sur l’ordre public et s’avèrent coût-efficace.