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SWAPS nº 57

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Edito n° 57

par Didier Jayle

Les politiques publiques sur les drogues traversent une période sinon turbulente, du moins riche et contrastée. Sur le front du cannabis, c’est le dossier "THC thérapeutique" qui refait surface. Revenu par la Californie, le flou des indications contenues dans la loi californienne autorisant une large distribution du cannabis sous toutes ses formes. Les médecins ne "prescrivent" pas le produit mais le "recommandent" à certains de leurs patients dans des situations aussi variées que l’insomnie, les vomissements, les douleurs, l’anxiété ' sans preuve de la véracité du symptôme. Si le cannabis, même à usage thérapeutique, reste interdit par les lois fédérales, la décision du gouvernement d’Obama de ne plus poursuivre les contrevenants marque une rupture par rapport à la politique de son prédécesseur. En France, les Etats généraux des usagers de substances (Egus) ont consacré leur 5e édition au cannabis thérapeutique (lire l'article "Cannabis thérapeutique : l’exception française" ). Les médecins français apparaissent comme les grands absents de ce débat. Les études initiées, non sans effet d’annonce, sous la précédente ère Kouchner ont tourné court.

Quant à la prescription médicalisée d’héroïne, la publication des résultats de l’étude canadienne "Naomi" confirme l’intérêt d’une délivrance contrôlée. Les auteurs canadiens ouvrent une nouvelle piste, celle de l’administration d’hydromorphone (un dérivé semi-synthétique de la morphine) injectable, qui donne des résultats comparables à ceux de l’héroïne. Peut-être une alternative prometteuse, plus facilement acceptable par l’opinion publique et surtout par les décideurs, qui restent majoritairement opposés aux programmes d’héroïne. Et ce en France, en Allemagne comme au Canada, malgré le résultat des études (lire l’article de Frédéric Sorge "L’intérêt des programmes d’héroïne confirmé").

Sur le front de la RdR, la commande par la Direction générale de la santé d’une expertise collective de l’Inserm, aujourd’hui à mi-parcours (lire l'article "Un point sur l’expertise collective de l’Inserm"), est une initiative à saluer. Non seulement elle fournira une base de références à la communauté des acteurs, mais elle pourra donner des orientations pour les recherches à entreprendre afin de consolider le socle scientifique, et donner des arguments de poids aux ministres qui veulent sortir de l’immobilisme. Les études ne remplacent pas le courage politique, elles l’alimentent. Roselyne Bachelot n’a-t-elle pas déclaré qu’elle suivrait les conclusions de l’expertise sur les salles de consommation ? Espérons qu’elle sera en position de responsabilité à la sortie de l’étude.