Santé
Réduction des Risques
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SWAPS nº 56

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Communication

Quand le gouvernement bat la campagne

par Nestor Hervé (avec AFP)

"Drogues : ne fermons pas les yeux" suscite un très large rejet chez les associations de réduction des risques.

Lancée le 5 octobre par le ministère de la santé, la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) et l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé (Inpes), la campagne "Drogues : ne fermons pas les yeux" vise, selon ses promoteurs, à "combattre l’indulgence face aux drogues en réalertant chacun" mais aussi à "lutter contre la méconnaissance des risques en informant sur les produits". Spots à la télévision et à la radio, jeu sur internet et "films viraux" ont pour but de "parler à tous : grand public, jeunes, parents, professionnels de santé, acteurs de terrain", en "tenant un discours en phase avec la réalité et ce que vivent les gens", et renvoient vers le site www.drogues.gouv.fr ainsi que vers le numéro de Drogues info service : 0 800 23 13 13.

Cette campagne constitue le premier volet d’un dispositif qui inclura en novembre une "campagne judiciaire" rappelant que la consommation de drogues est interdite et passible de condamnations, puis, au second semestre 2010, une campagne sur le rôle des adultes, et en particulier des parents, dans la prévention.

"Régression" et "stigmatisation"
Les réactions des associations de réduction des risques sont unanimes. Ouvrant le feu, l’AFR condamne une campagne allant à contre-courant des évolutions internationales, et "jetant l’opprobre" sur les consommateurs de drogues. Act-Up relève que la campagne "n’a fait l’objet d’aucune consultation des usagers de drogues et des acteurs du champ de la toxicomanie", et parle de "régression" et de "stigmatisation". Asud et l’Anitea estiment que cette campagne décline "des idées toujours aussi anciennes et confuses". Elles s’interrogent sur les "discordances de communication" gouvernementale en faisant un parallèle entre la répression et la prohibition des drogues et l’ouverture à la concurrence prônée par le gouvernement des jeux d’argent en ligne, qui relèvent également des addictions. Asud et l’Anitea soulignent que "des responsables de premier plan, sur la scène internationale, soulignent l’échec des politiques de prohibition et autres différentes guerres à la drogue".

De leur côté, les Verts dénoncent une prévention gouvernementale "démagogique" qui constitue "un grand retour en arrière". Comme les associations, ce parti s’indigne de la séparation "arbitraire" entre drogues licites et illicites puisque la campagne gouvernementale ""oublie" le tabac et l’alcool, responsables de plus de 100000 décès par an en France" alors que ces produits sont "les plus consommés par les jeunes".