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SWAPS nº 55

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Dossier géopolitique

L'Onudc s'alarme de la prolifération des drogues de synthèse

Selon le rapport annuel de l'Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc) rendu public fin juin, la production et la consommation d'héroïne, de cocaïne et de cannabis tendent à se tasser dans le monde, alors que l'ecstasy et les drogues de synthèse prolifèrent dans les pays en développement.

"Les marchés mondiaux de la cocaïne, des opiacés et du cannabis sont stables ou en déclin, mais une hausse de la production et de l’usage des drogues synthétiques est redoutée dans les pays en développement", souligne l’Onudc.
La production de pavot à opium est retombée l’an passé au niveau de 2006, affirme le rapport, grâce à un recul de 19% des surfaces cultivées en Afghanistan, pays qui assure 93% de la production mondiale. Cela s’est traduit, en raison de hausses des rendements, par une baisse de 6% de la production, à 7700 tonnes d’opium.
De même, l’agence onusienne annonce que la production mondiale de cocaïne est tombée à son plus bas niveau depuis cinq ans, grâce principalement à une baisse de 18% des surfaces cultivées et de 28% de la production effective en Colombie, qui produit la moitié de la cocaïne en circulation dans le monde. Des chiffres néanmoins contestés par certains experts (lire l'article "La Clat s’ouvre à la géopolitique" dans ce numéro).
La consommation de cocaïne, dont le marché mondial est évalué à 50 milliards d’euros, est en baisse en Amérique du Nord, où son prix a augmenté au cours des derniers mois tandis que sa pureté était en baisse, et s’est stabilisée pour la première fois en Europe occidentale, relève l’agence.
Le tableau est plus contrasté concernant le cannabis, le stupéfiant le plus consommé au monde : sa production et sa consommation sont stabilisées, mais les concentrations en THC, sa substance active, croissent.

L’essor des produits synthétiques
Le point le plus préoccupant du rapport concerne la production de drogues synthétiques, qui a pris un tour industriel dans la région du Mékong, dans le sud-est asiatique, où des "quantités massives de méthamphétamine, de crystal meth et d’autres substances comme la kétamine" sortent des laboratoires, selon l’agence.
Au Proche-Orient, l’Onudc relève une explosion de la consommation de captagon, une sorte d’amphétamine. En 2007, l’Arabie saoudite en particulier "a enregistré un tiers de toutes les saisies d’amphétamines au monde, soit plus que la Chine et les Etats-Unis cumulés", selon le rapport.
Alors que l’ecstasy semble gagner du terrain parmi les étudiants dans certains pays en développement, on assiste dans les pays riches à une stagnation, voire un léger recul. L’utilisation d’ecstasy et d’autres substances similaires semble ainsi s’être stabilisée depuis 2003 en Europe occidentale et centrale, note le rapport, alors qu’en Europe de l’Est elle a augmenté pendant la même période.
D’une façon générale, l’agence estime à 41 % le volume de la cocaïne mondiale saisi contre 19% pour les opiacés. La palme revient à nouveau à l’Iran, important pays de transit avec 84% des saisies mondiales d’opium et 28% d’héroïne en 2007, selon les derniers chiffres publiés par l’Onudc.

Une "erreur historique"?
Reconnaissant que l’accentuation de la répression du marché de la drogue "a généré un marché illicite d’ampleur macro-économique qui recourt à la violence et alimente la corruption", le directeur de l’Onudc Antonio Maria Costa a mis en garde, lors de la présentation du rapport, contre toute légalisation de ces substances car ce serait une "erreur historique". "Les drogues représentent un danger pour la santé. C’est pourquoi elles sont et doivent rester interdites", a-t-il souligné, ajoutant qu’il faut lutter en premier lieu contre les trafiquants et non les consommateurs. "Les personnes consommant de la drogue nécessitent une aide médicale et non pas un traitement pénal", a déclaré M. Costa, en relevant que l’incarcération de toxicomanes représentait, pour la police, "un gaspillage d’argent" au détriment de la lutte contre les trafiquants. - (avec AFP)